‹ Penseurs et poètes --Chapitre 7 sur 54 · Paris, Lemerre, in-douze · texte numérisé non relu

Paris, Lemerre, in-douze

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et ce r&veur se trouva fitre un esprit politique et pratique. Regu avec honneur par les plus hauts fonctionnaires de l'lnde, familterement m6l£ aux plus humbles couches des populations soumises, il 6tudia curieusement les ressorts du gouvernement anglo-indien , mesura les forces oppos6es dont la sourde lutte a pu, jusqu'dt present, dans cette machine £norme et compliqu^e, 6tre maintenue en 6quilibre, et signala les vices ou les fissures qui peuvent un jour amener des arrets ou des explosions.

II revint de Hnde connaissant mieux les hommes, ayant agrandi en tous sens le champ de son experience et de sa pens6e.

Ce grand labeur dans le domaine des etudes orientales et sp^cialement iraniennes, qui aurait absorbs ou depasse les forces de tout autre, lui laissait des loisirs qu'il employait & satisfaire d'autres besoins de son esprit. Si,

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de la v6g£tation luxuriante de sa jeunesse, une des tiges s'6tait d6velopp6e jusqu'i devenir un arbre puissant, aucune ne se dess6cha : il resta ce qu'il 6tait de naissance, un penseur, un patriote, un poete, un Scrivain en mfime temps qu'un savant. Une facility de travail prodigieuse, que je n'ai vue k. ce degr6 chez aucun autre homme, lui permettait d'associer sans fatigue les occupations intellectuelles les plus di verses. Parmi celles qui revinrent le plus souvent dans sa vie, il faut compter ses nombreuses etudes sur la poSsie anglaise. Cette po6sie, qui suggere plus qu'elle n'exprime, convenait merveilleusement k sa nature propre, qui resta toujours, en ce qui n'etait pas purement scientifique, envelopp6e pour les autres et pour lui-mfime d'un certain mystfcre, et qui n'arriva jamais a s'exterioriser compl&ement et k se formuler avec la precision ch&re au g6nie latin. II a 6crit sur cette po6sie des pages exquises et trop peu connues % entre autres une 6tude sur Wordsworth, — ce po6le si ferme k la plupart des lecteurs fran*

1. E&ais de literature anglaise. Paris, Delagrave, in-douze 1888. — Nouveaux Essais. Paris, Calmann L6vy, 1896.

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gais, — qui est une merveille d'intelligence sympathique. II a donng une Edition de Macbeth qui est aujourd'hui classique dans plus d'une haute 6cole anglaise, et qui est pr6c6d6e d'une magistrate introduction sur le d6veloppement du genie de Shakspeare * . II a le premier chez nous prononc6 le nom de celui qu'on a surnomm6 le Shakspeare moderne (mais un Shakspeare de cabinet), Robert Browning, et v6\6\6 k la France ce po&ne d'Hervd Mel, qui doit nous 6tre doublement cher : en 1871, quand la nation anglaise envoya k notre Paris pantelant et affam6 la magnifique souscription (trois millions) qui soulagea tant de mis6res, Browning y contribua en imprimant dans une revue ce petit po&me oh il chante le trait d'hgroisme simple, trop oublte chez nous, d'un obscur marin du Croisic. On ne peut lire non plus sans Amotion les pages d&icates et m6lancoliques que Darmesteter a consacr&s k miss Toru Dutt, cette jeune Hindoue, morte k vingt ans, dont la petite 4me de gazelle saigna tant

lk Cette pr&ace est reproduite dans les Essais de literature anglaise. II faut y joindre le volume sur Shakspeare qui fait partie des Classiques populaires de Lecene et Oudin.

des malheurs de la France, et qui avait traduit en anglais un choix de nos poesies avant d'essayer de rappeler k la vie quelques-unes des vieilles l£gendes de son pays.

Mais le chef-d'oeuvre de James Darmesteter en ce genre est la preface qu'il Scrivit, en 1888, pour sa traduction das poesies de Miss Mary Robinson f . Jamais l'originalite d'un poete, toujours si difficile k rendre, n'a 6t6 saisie avec plus de force et de finesse, £pous£e avec plus de sympatbie, exprimee avec plus de bonheur; jamais, peut-6tre, une ame n'a 6t6 plus intimement p£n6tr6e par une autre ame.

Un volume de Miss Robinson 6tait parvenu jusqu'a lui pendant qu'il sgjournait k Peshawer : lus dans sa solitude lointaine, ces vers, d'une gr&ce si profonde et d'une musique si p6n&trante, £veillerent tous les Schos de sa pensfe et de son coeur. Rentrt en Europe, il connut Tauteur de Darwinisms et du Verger (T Avignon, et ces deux destinies, que tout semblait devoir s6parer, s'unirent pour une destinge commune, bien courte, helas ! mais ou vibr£rent pendant

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