IX.— Folie
C'est la mort intellectuelle précédant la décomposition du corps, la fin de l'esprit devançant celle de l'être qu'il animait, éclairait et conduisait ; c'est le règne des intérêts réels et grossiers, en un mot, l'animalité se développant de plus en plus à mesure que la raison et les sources de Tintelligence se tarissent.
Il y a eu dans ces derniers temps une opinion soutenue en France par des aliénistes de grand talent, à savoir qu'en cherchant bien, on devrait trouver dans tous les cas d'aliénation menialey une tare héréditaire chez les ascendants des fous. Le docteur Pichon par exemple (1) soutient que, chez les derniers, cette tare héréditaire est bien une réalité clinique indéniable, produisant en médecine mentale des résultats cent fois plus terribles qu'en pathologieordinaire. Il n'est pas, dit-il, un aliéniste qui n'ait observé et déploré ces faits, en étudiant les descendants d'une famille névropathique (2).
« Cent fois, ajoute-t-il, cette hérédité s'est manifestée devant nous avec la plus extraordinaire précision, se retrouvant avec les mêmes caractères, la même forme, quelquefois durant toute une longue lignée d'ancêtres ; sans que les siècles aient modifié cette épouvantable loi de la fatatité. »
Nous croyons cependant que cette opinion est trop absolue et aussi trop décourageante, et pour la famille songeant avec inquiétude à l'avenir le plus sombre de l'être frappé et pour le médecin reconnaissant tristement son impuissance, devant une influence fatale difficile à conjurer ou combattre !
Ce préjugé est si puissant que j'ai vu bien souvent des parents refuser leurs jeunes filles à de riches propriétaires, à
(1) Folies passionnelles, Docteur G. Pichon. Dentu, éditeur.
(2) La famille névropathique. Féré, Archives neur.
de brillants officiers, à des magistrats éminents, parce qoe leurs familles comptaient un aliéné parmi leurs ancêtres ou leurs collatéraux. Et cette croyance s'est infiltrée, non seulement chez les gens instruits, aimant à s'occuper des maladies mentaleSy aTOcats, magistrats, jurisconsultes mais dans les classes les plus modestes de la société. Tous voyant avec eflfroi dans la folie la main de la fatalité croient à l'influence héréditaire et s'imaginent qu'il n'y a contre elle qu'un seul traitement utile^ nécessaire même, l'internement. Quant à l'isolement, la douceur, l'absence d'émotion, l'influence heureuse du calme et de la vie à la campagne, comme moyens capables d'amener la guérison définitive, on se refuse à y croire avec ce parti pris d'un atavisme fatal.
Au lieu de l'influence héréditaire nous croyons, nous, que quatre-vingt-dix fois sur cent, on trouvera en cherchant bien, comme causes principales, les excès passionnels, le surmenage intellectuel, les chagrins, les déceptions, l'obsession par une idée fixe devenant peu à peu la maîtresse et plus tard la folle du logis, l'alcoolisme Tabsinthisme et le morphinisme.
De cette pensée découle cette conséquence consolante que les autres membres de la famille, mis à l'abri des mêmes entraînements et se gardant des mêmes fautes passionnelles, resteront à l'abri des stigmates inquiétants d'une folie acquise, et cette autre non moins satisfaisante, qu'avec l'influence prédominante des causes passionnelles de la folie, il en résulte que celle-ci est curable quand telle est son origine, avec l'éloignement de la cause qui l'a déterminée.
Au nombre toujours croissant des neurasthéniques, des névrosiques et des déséquilibrés, menaçant de submerger le monde des Penseurs et les générations futures, on peut opposer heureusement deux digues puissantes préservant la Société, deux soupapes de sûreté, par lesquelles s'échappera le trop-plein de ces agités et qui en empêcheront l'accroissement indéfini, le suicide et la folie. Le premier en élimine un nombre considérable, pendant la première moitié de leur existence, et la seconde en imposant l'obligation de les confiner
dans un établissement, les met hors d'état de nuire et de procréer de nouyeaux malades.
Et néanmoins le nombre des fous augmente d'année en année. Beaugrand (i) en rappelant la statistique recueillie par Esquirol dans la maison de Charenton, relativement à la fréquence de Taliénation mentale, suivant les professions, nous dit que sur 1264 admissions, pendant huit années, les professions dites libérales figurent pour 16i, c'est-à-dire 12,6 p. 0/0. D'autre part, Parchappe (2) nous dit que cette classe de personnes est celle qui fournit le plus de fous (3,10 p. 0/00 de la population donnée par les recensements), tandis que la classe qui donne le plus d'aliénés après celle-là^ celle des marins et des militaires, ne présente que le rapport de 1,99 p. 0/00, et la plus favorisée, celle des commerçants, 0,42.
En décomposant cette catégorie de professions libérales, nous trouvons :
Pour les artistes et les littérateurs. . . 9,60 p. iOOO Ils occupent donc le premier rang.
Pour les juristes 8,41 —
Pour les ecclésiastiques 4,13 —
Pour les médecins et pharmaciens . . . 3,85 — Pour les professeurs et hommes de
lettres 3,56 —
Pour les fonctionnaires publics 1,37 —
En Belgique, les résultats sont les mêmes :
4,41 aliénés pour 1000 pour les intellectuels, et seulement 6,92 pour les professions agricoles.
Depuis, cette marée montante de la folie qui ne connaît pas de reflux a atteint un chifiFre encore bien supérieur avec les progrès inquiétants de Talcoolisme. Consultons pour en avoir la preuve, la statistique de Paris où un contrôle vigilant permet de donner des chiffres exacts.
En 1883, au 31 décembre, il y avait dans les établissements
(1) Beaugrand. Dict. encycl.^ vol. cité, p 215.
(2) Pa:rghappe. ArU aliénationy t. III, p. 40.
particuliers d'aliénés et dans les asiles départementaux 8.907 l'uus. Dans le cours de l'année 1884, il y a eu tant à Paris qu'en province 4.295 aliénés admis dans les hospices et 13.202 traités dans les établissements particuliers.
Sur ces chiffres. 3.810 ont été guéris ou sont morts, de sorte que le nombre des aliénés restant en traitement était de 9.392. Il y a donc eu 485 aliénés en plus en 1884 qu'en 1883. En y ajoutant les enfants devenus fous qu'on a remis à leurs familles avec un secours en argent pour les y faire traiter, on arrive à une augmentation de 500 fous existant en 1884 de plus qu'en 1883. Quant à l'excédent de dépenses il a été de 249.725 francs. En 1898 le chiffre des dépenses et des internes s'est élevé à un tiers en plus, voilà les tristes résultats du genre de vie de la Société actuelle si tourmentée, et de cette civilisation dont nous sommes si fiers ; avant 50 ans, je l'ai prophétisé plus d'une fois, le tiers de la population sera renfermé par les deux autres tiers, désirant se mettre à l'abri de leurs impulsions maladives !
Nous venons de voir que les Penseurs, et particulièrement les artistes, étaient plus éprouvés par la folie, et cela dans une proportion considérable. Mais bien avant Lombroso et Moreau de Tours, Aristote avait dit que les grands philosophes, les grands politiques, les grande poètes, les grands artistes, étaient mélancoliques, et qu'il n'y a pas un grand esprit qui ne soit hanté par un grain de folie.
Diderot, dans son article sur les théosophes, s'écrie de môme :
« Oh 1 que le génie et la folie se touchent de près! Ceux que le ciel a signés en bien ou en mal, on les enferme et on les enchaîne, — ou bien on leur élève des statues. »
Jean-Jacques Rousseau. « Quand la nature forma Rousseau, disait la marquise de Créquy, la sagesse pétrit la pâte, mais la folie y jeta son levain. »
Tout nous prouve que c'est parmi les intellectuels que la folie choisit ses victimes les plus distinguées et opère les chutes les plus éclatantes.
Et comment en serait-il autrement?... Gomment un grain de
folie ne s'infiltrerait-il pas dans leur cerveau, présentant chez presque tous quelque fêlure révélée antérieurement par ce qu'on appelle par euphémisme, originalité ou excentricité, fêlure par où elle pénètre, tantôt insidieusement, tantôt largement. Leur existence n'est-elle pas du reste pleine de contrastes et de hauts et de bas inattendus ?
Quand Méry, inconnu avant la Villéliade, eut fait paraître son poème dont tout le monde et l'opposition surtout s'engoua, il déjeunait avec trois sous et habitait une chambre qui n'avait de lumière que par la porte, le lendemain, il avait un appartement de 500 francs par mois s'achetait une toilette d'argent chez le plus riche orfèvre du Palais-Royal et vivait sur le pied d'un revenu de 40.000 francs par an !
Croit-on qu'un cerveau moins bien trempé que le sien n'aurait pas sauté à ce coup de fortune ! Que de gens sont devenus fous en apprenant qu'ils ont gagné le gros lot? Combien de musiciens ont été frappés de folie après le succès triomphal d'un de leurs opéras ?
L'asile de fous, ou pour nous servir d'un vocable euphémique, une maison de santé est pour les Gens de Lettres ou pour les Artistes un échouage encore plus triste que l'hôpital. De ce dernier on sort quelquefois sur ses pieds, ce qui est la meilleure manière de le quitter, de la première on s'échappe rarement et encore plus rarement indemne. Le cabanon laisse presque toujours sur l'homme sonempreinte inéluctable.
Les littérateurs en sont les pourvoyeurs les plus nombreux ; après eux, viennent les artistes, puis les inventeurs, les hommes de science et les politiciens ; en un mot, ceux qui sont à la recherche de chimères et de rêves difficiles ou irréalisables.
Ce qui fait perdre la raison en général aux artistes, et surtout aux artistes dramatiques ou aux chanteurs, c'est l'orgueil et la haute opinion qu'ils ont de leur personne.
Ces bravos, cette musique, cette foule de lorgnettes braquées sur eux aussitôt qu'ils font un pas sur la scène et ouvrent la bouche, les grisent, les affolent, et un beau jour l'orgueil les conduit en train express sur le chemin de la folie.
Bataille, fils d'un honnête médecin dont le rêve était devoir
son enfant lui succéder un jour, brilla, surtout en chantant V Etoile du Nord^ dans son rôle de Pierre le Grand. Il y fut salué par de tels applaudissements qu'il en perdit la tête et jamais autocrate de toutes les Russies ne fut aussi fier, aussi empereur que le devint Bataille. L'Opéra-Comique ne lui suffisait plus — il aspira à jouer un rôle politique, il demanda et obtint la place de sous-préfet d'Ancenis et il se promenait gravement dans sa bonne ville, la poitrine chamarrée de décorations. Cela ne lui suffit pas encore et la mégalomanie achève bientôt son œuvre, il essaye de brûler vif un enfant qu'il chérissait, en chantant une des strophes prophétiques qu'il avait composées :
Joyeux enfants de la Bohême, Rions du sort et de ses coups !
Sa Société qui nous aime Nous garde pour l'heure suprême
Quand même,
A tous, Un lit à rhôpital des fous !
Robert Schumann^ ce grand musicien, si original et si profond, meurt îo\ï...Morère, ténor toulousain d'un grand mérite, crée à Paris, au Grand Opéra, le rôle de Don Carlos de Verdi, et enivré par son triomphe s'exalte et perd presque subitement la raison.
La foule qui acclame ces artistes, la vie factice et théâtrale qu'ils ont eu en partage, l'éclat resplendissant des lumières, leur identification profonde avec les situations pathétiques qui les inspirent, finissent par déséquilibrer ces natures d'élite sans cesse en vibration et ces cerveaux fatigués par la création et usés par les émotions. Un beau jour, la fée pondératrice qui les animait, abandonne le logis et laisse à la place du génie, disparu, le vide et la désolation.
André GUI qui en réalité s'appelait Gosset de Guines, montra dès sa jeunesse quelques signes de déséquilibration, et ce n'était point surprenant, car il avait le cerveau asymétrique et comptait parmi ses ascendants des aliénés. Vainement on avait essayé de le mettre chez un architecte : sur le papier des plans
qu'on lui donnait à reproduire, il dessinait des caricatures. Il fallut le laisser suivre cette voie où il excella, faisant des charges spirituelles sur toutes les célébrités de TËmpire. Il dessina successivement dans la Lune, l'Eclipsé, la Lune rousse, fut sous la Commune. membre de la délégation des beaux-arts et eut môme grand'peine à se sauver des mains des soldats. Entre temps, laissant le pinceau pour la plume, il écrivit une idylle exquise, aUn dimanche sous la commune», projeta un grand panorama, le Tout-PariSy qui devait défiler sur la place de la Concorde, mais éprouva un très grand chagrin de n'avoir pas exécuté cette œuvre — le premier coup était porté et la blessure était profonde — dès ce moment-là, dit M. Ed. Carjat, dans le Journal^ la monomanie des grandeurs le hanta, il rêvait des combinaisons impossibles qui taisaient de lui un millionnaire ; enfin, devenu tout-à-fait fou, à Bruxelles, il fut conduit à Charenton par ses amis. Quelque temps après, il en sortait et envoya au salon un tableau représentant un fou au fond d'un cabanon. Cette peinture était saisissante de réalisme, mais malgré son mérite, on la relégua dans une galerie extérieure, ce qui navra le peintre artiste et le fit réintégrer l'hospice ; à noter encore que dans une pièce charmante qu'il fit paraître en collaboration avec Richepin t L'Etoile », il avait retracé un r6le de fou (encore !) avec une précision, une exactitude surprenante pour tout autre qu'un médecin aliéniste, Hélas ! le pauvre garçon s'était inspiré de lui-même et de ses souvenirs d'aliéné. Il ne devait plus sortir de l'asile et le 1®^ mai 1885, André Gill succombait sous les atteintes de la paralysie générale, laissant quelques tableaux retracés à grands traits et quelques œuvres poétiques démontrant ce qu'il eût pu produire s'il n'avait pas été un déséquilibré di primo cartello (ij.
Nous citerons de lui les vers qui terminent sa dernière pièce, l'Ouvrier :
Ainsi que font le miol i)our autrui les abeilles, La laine les brebis, le sillon les grands bœufs, Toute grande œuvre naît de la sueur des gueux !
(1) Je possède de lui deux tableaux symboliques, Paris 1871 et la Fournaise^ attestant bien le désordre de cette haute intelligence.
Ce qui dérange encore le plus souvent les cervelles des littérateurs, c'est la peine qu'ils se donnent pour rechercher et polir leurs phrases, c'est la recherche des mots à efïets,* le sertissage des vers, la trouvaille d'un mot pictural, la poursuite patiente de la phrase harmonieuse et, comme l'a si bien dit mon confrère Cabanes (1), l'appétit de l'individualisme. Etre un original, un être à part, voilà le tourment de ces esprits d'élite, avides de sensations uniques où s'affirme, où s'hypéresthésie le sens affectif, mais où se morcelle et se désagrège Tintellect. Ils croient, ces amoureux de l'idéal, s'affranchir de leur guenille ; ils oublient que le cerveau s'émiette par l'usure, que ceux qui vivent par l'idée sont condamnés à en mourir, comme si l'ange devait se brûler les ailes, quand il approche de trop près le flambeau divin I
Songeons, en outre, qu'ils sont, et parfois depuis de longues années, rivés à une besogne quotidienne infernale, qu'ils doivent chaque jour donner leur esprit en pâture pour ne pas déchoir I Déchoir? Quel tourment, alors que la décadence confine à la chute I Et le prestige du nom? et le souci de la gloire? Sont-ils jamais en repos? Comme noblesse, leur œuvre oblige. Gare aux défaillances. La critique impitoyable les marque au passage d'un trait aigu ineffaçable. S'il leur restait au moins le droit de se faire oublier? Mais non !. . . L'engrenage les a saisis, ils ne peuvent reculer. Les déserteurs sont rayés des cadres et tout un passé glorieux ne saurait les protéger.
Comment s'étonner dès lorsqu'ils ne sachent pas se résigner et qu'ils se rebellent, accusant la fatalité et l'injustice du sort, que, dans le naufrage de leur raison, ils cherchent encore une planche de salut. En vérité, le nombre de ceux qui ont fini de cette façon s'appelle légion (i).
J'ai vu, dit Ch, Audebrant, Charles Bataille, Amédée Rolland, Jean Du ^o^/^ faisant, dans le café des journalistes que j'ai déjà cité et au milieu de nuages de fumée de tabac, leur cour à Baudelaire, jappant contre les vieux et aboyant
(1) Docteur r.abanès. Causerie du Journal de médecine de Paris, 27 dt*combro 1891.
LES PENSEURS 2t4.i
très haut: «Place aux jeunes!» Tous les quatre sont morts fous... Parmi ces enfants de la Bohême, citons encore Jehan Watter, tour à tour écrivain au Tintamarre, au Charivari, au Paris-Journal et enfin au Figaro, Comme tant d'autres, il en est sorti pour aller à Charenton. Le café, le tabac, la beuverie, les veilles, l'épuisement les ont empoisonnés, intoxiqués comme tant d'autres irrémédiablement perdus !
Un chansonnier de cette catégorie, puisqu'il était attaché au café du Chat Noir, Dominique Bounaud. a pris, lui aussi, la route de l'asile des fous. « Journaliste de talent, dit Louis Schneider, poète exquis, ironiste délicat, Dominique Bounaud s'était lancé dans la chanson politique qui avait si bien réussi à Jules Jouy et surtout à Jacques Ferny. Qui ne se rappelle ses élucubrations mordantes, ses satires si spirituelles sur la visite du tsar à l'académie, sur la visite aussi d'une concierge à la Bodinière, sur tous les sujets enfin que l'actualité dévorante voulait bien lui fournir?
« Hélas! cette gaieté cachait un tempérament triste, une nervosité due à des souffrances physiques terribles. Bounaud s'était mis au régime de la morphine. Dans la dernière tournée qu'il fit avec Rodolphe Salis, il dut, à la mort du « seigneur de Chatnoirville », remplacer le maître dans ses boniments. Il y réussit du reste à la perfection. Mais il n'était pas de force à résister aux fatigues du voyage à travers la France, où chaque soir, après la représentation, il fallait boucler sa valise et repartir pour une autre ville. Il se remit à abuser de la morphine, et comme un de ses camarades, un vrai médecin, le docteur-chansonnier Montoya, avait remarqué les ravages terribles que le poison faisait sur lui, Bounaud prétexta une maladie, se fit délivrer par un médecin de province une ordonnance qui lui prescrivait du laudanum. On sait que le. laudanum contient de la morphine. Bounaud absorba force laudanum. Le résultat ne s'est point fait attendre : le chansonnier est devenu fou.
(( Paris, ville qui attire les papillons, qui exerces ta fascination sur tous ceux que la nature a comblés de ses faveurs,
242 us pmsEums
André Gill, Jules Jooj, DomiDÎqae Boanaad, ToOà ce qu'on te donne, Toilà ce qoe tu nous rends ! »(l)
Citons encore parmi les artistes l'exemple de Labussiére^ cet acteor coorageox mis en scène dans Thermidor par Vietorien Sardon, mais qoi, en réalité, a sons la Terrear et an péril de ses jours (car le tribunal réTolutionnairene plaisantait f^ère en semblable matière), sauvé un grand nombre d'innocents, n'a pu résister à l'horreur de ces hécatomties humaines et poursuivi plus tard par l'odeur et la rutilance de ce fleuve de sang inondant tous les jours la place de la Révolution ; enfiévré, délirant, il est mort fou, fou à lier, ne voyant autour de lui que des persécuteurs et des bourreaux, a[Nrès avoir été pendant quelque temps mélancolique.
Folie chez les Politiques. — Chacun sait qu'avoir en soimême une confiance imperturbable, avoir autant d'ambitioB que de ténacité, oser parler et agir, se croire digne d^arriver à tout, voilà le moyen de parvenir en politique. Léonce Chipoê, dit de MontpayroUfX, en est, ainsi que beaucoup d'antres de ses compatriotes Auvergnats, la preuve évidente.
Parti du fond de sa province où il moisissait, il commença par ajouter à son nom bourgeois et fort répandu surtout depuis des siècles, avec Tencre de la petite vertu, la particule aristocratique « de Montpayroux » et débuta à Paris comme rédacteur et chef de L'Ane rùuge^ une feuille du Quartier Latin qui s'efforçait d'être aussi méchante que ranimai dont elle portait le nom. Ce fut le premier pas dans la carrière littéraire de ce jeune homme que les lauriers et la fortune de de Morny, de Houher et de tant d'autres autochtones du Puy-de-Dôme empê- (^haient de dormir.
Malheureusement un peu trop fier, il se brouilla avec Rouher ; mais répudié par le ministre, il ne craignit pas de relever le gant et de lutter contre lui de puissance à puissance. Au premier abord, cela fait songer an duel du rat et de féléphant^ mais Léonce était ambitieux^ bardé de f^et bâti comme il le disait avec du quarts et du silex dans les os. Il se présenta fièrement à la députation comme candidat de Kopposition dans (1) S(.HNEiDER, in journal le Soleil.
le pays qui lui avait donné] le jour, la charabie pétrée et sa faconde, son aplomb imperturbable aidant, il réussit à prendre place parmi les 70 députés que comptait Topposition à la fin de l'Empire.
Advinrent les événements de 1870. La partie était belle pour eux. Ils commencèrent par se saisir du pouvoir. Eux avant tout et tous! Or, Montpayroux n'était ni le moins hardi, ni le moins ambitieux. Flairant d*où venait le vent, il fit la cour la plus assidue à Thiers, le soleil levant de l'époque. Il était devenu de la maison et se donnait beaucoup de mouvement. Réélu député, il devint Tami de Girardin et écrivit dans plusieurs journaux, il devint même rédacteur en chef du Cour^ rier de France. Mais il y avait chez lui un défaut de la cuirasse, l'âpreté au gain. Adjudicataire du livret de l'Exposition universelle en 1867, il avait été accusé d'avoir un peu trop tiré la couverture à lui. Il fut, trois ou quatre ans après, appelé devant les tribunaux, pour répondre aux accusations dont il était Tobjet. Et comme se blanchir n'était pas facile et que, fataliste, il croyait au mauvais sort et à la guigne noire, il se défendit mal et, tourmenté au-delà de toute mesure par tout le bruit qui se faisait autour de lui, il se réveilla un beau matin en proie à la folie des grandeurs et des millions. Il porta gravement à la tribune un projet de libération de l'Alsace et de la Lorraine au moyen de nouveaux milliards qui devaient être fournis par souscription nationale — il voulait encore fonder un grand journal sur le forujat du Times avec un capital de 5 millions. On dut, à la fin, le conduire dans une maison de santé, qu'il ne quitta plus que pour être porté au cimetière, cinq ans après. L'ambition l'avait tué !
Folie intermittente.
Quand la cause occasionnelle de la folie a été violente, par exemple, une ruine subite, une profonde blessure d'amourpropre, la perte d'une position éminente, la folie peut éclater
soudainement avec une intensité excessive, mais habituellement les Penseurs ne deviennent pas fous d'emblée et la plupart du temps ils n'ont au début que des intermittences de folie alternant avec des retours à la lucidité.
Ainsi, Gérard de Nerval^ avant do se pendre dans une ruelle obscure de Paris, était resté quelque temps en traitement dans une maison de santé de Paris. Ses crises, comme il appelait ses accès de folie, ne se montraient que par moments et le reste du temps il était calme et lucide, pas méchant du reste, en sorte qu'on le laissait sortir pour se rendre au café des Journalistes, rue des Martyrs, dont j'ai parlé plusieurs fois. Il était heureux, de venir dans cette brasserie, prendre l'air du logis et s'encanailler avec de nombreux camarades ; cette douche de bel esprit, de libations, de tabac et d'étrangetés tintamaresques ne lui faisait guère de bien, aussi rentrait-il à Passy plus malade qu'il n'en était sorti !
Citons encore le cas d'un homme qui n'était point un Penseur mais qui avait des goûts d'artiste.
Armand^ grand tailleur sous l'Empire, un mégalomane ne pouvant supporter que dans la rue on lui parlât « habits ». « Je ne suis tailleur que chez moi » répondait-il alors ! Homme du monde, ami des lettres, il avait des goûts d'artiste et les tapis les plus beaux, les plus moelleux de Paris : (on y entrait jusqu'au ventre). Fou de musique, il tenait tous les jours à quatre heures, un cercle où il recevait des jeunes littérateurs ; il fut, après ces préludes bizarres, qui se montrèrent d'une façon intermittente, subitement atteint de la folie des grandeurs le jour où il lut dans VEvénement^ un article laudatif que Gaiffe avait fait paraître sur lui.
Il en a été de môme pour Maupassant, bavard et hâbleur toujours ; il racontait avoir fait une visite à M. Duperré sur son navire amiral où, lui, Maupassant, avait été salué à coups de canon chargés avec de la mélinite et coûtant des centaines de mille francs. Tout cela n'existait que dans son imagination. Plus tard, croyant fermement qu'il était né avec trente-six quartiers de noblesse, il exigeait, comme nous Pavons dit, qu'on l'appelât « M. le Marquis. » Il préludait lui aussi par
ces accès de folie passagère à la crise complète qui emporta un jour sa raison ! On remarquera peut-être que parmi les causes ordinaires de la folie, nous n'avons pas mentionné Tamour où le désespoir amoureux. C'est que généralement, bien qu'on se serve volontiers de cette expression, « fou d'amour », pour exprimer l'intensité de sa passion, les chagrins amoureux conduisent plutôt au suicide qu'à la folie Cependant les exemples de cette dernière survenant après des peines amoureuses ne sont pas rares — et tout le monde connaît l'histoire d'un monsieur de Neuilly épris de Mme Sarah-Bernhardt.
Il y a une quinzaine d'années, M. Bénâtre — c'est le nom de ce personnage — était, à la suite de revers de fortune, entré comme employé auxiliaire à la Caisse municipale. C'était un commis modèle, ponctuel, exact, très estimé de ses chefs.
Un soir, sa mauvaise chance le conduisit voir Hernani, au Théâtre-Français. Le talent de Dona Sol l'enthousiasma. Il sortit amoureux fou de la tragédienne. Il en rêva toute la nuit et, le lendemain, en arrivant à son bureau, son premier soin fut de lui écrire, sur le plus beau papier de l'administration, une longue déclaration, terminée par l'offre de sa main et le « partage légitime de sa modeste, mais honorable situation. »
Il est probable que Sarah Bernhardt ne fît pas grande attention à cette épître. Mais le lendemain elle en reçut une seconde, puis une troisième — toujours quatre pages pleines, grand format.
Un beau jour Sarah, agacée de cette correspondance quotidienne, prit la lettre qu'elle venait de recevoir et l'envoya au trésorier- payeur municipal de la Ville de Paris en le priant de mettre fin à cette obsession.
Au reçu de la lettre, le grand chef bondit. Il se rendit au bureau de Béuàtre et le trouva en train de calligraphier sa quarante-troisième déclaration, commençant par ces mots : c Mademoiselle et grande artiste. »
Inutile de dire que l'employé reçut une verte semonce. On lui déclara net qu'il se couvrait de ridicule.
Lui, pauvre ver de terre amoureux d'une étoile...
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en prenant pour écrire à cette étoile, le tetops qu'il devait à l'administration.
Le pauvre homme fut atterré. Il devint morose, taciturne. Son cerveau se troubla et, quelques semaines après, on dut l'interner à l'asile de Ville-Evrard.
Il y a passé quinze ans, attendant toujours que Sarah vînt le chercher pour se marier avec lui. Il est mort, et à son lit de mort, il n'avait perdu ni son amour ni ses espérances I
Quelquefois l'examen du cerveau d'un fou ou d'un monomane révèle l'existence d'une altération de la substance grise ou blanche, d'un épanchement, ou d'un ramollissement partiel ou total de la pulpe cérébrale, l'adhérence de la pie-mère, mais que de cas où la recherche la plus minutieuse et l'étude microscopique la plus attentive ne décèlentaucune lésion ! et d'ailleurs qui prouverait que la folie est due à cette lésion et ne l'a pas plutôt occasionnée ?
C'est sur l'existence (assez rare cependant) de ces lésions nécroscopiques, que Lombroso s'appuie pour prouver que beaucoup de crimes sont le résultat fatal, obligatoire d'un état maladif du cerveau et que les criminels ne sont pas coupables, le plus grand nombre étant des déséquilibrés, des inconscients qu'on ne devrait point condamner à morl, mais tout simplement chercher à guérir. Leur conscience s'est éclipsée, dît-on, au moment de la perpétration du crime, et ils ont obéi à une impulsion morbide trop vive.
Ne soyons pas assez simples, pour prendre au sérieux de pareils moyens de défense ou de semblables excuses I Cette théorie n'est qu'un ballon rempli de vent que dégonflera le plus petit coup d'épingle donné par la réflexion.
N'avait-il donc pas conscience de ce qu'il faisait, l'anarchiste Emile Henry que n'ont arrêté ni les cris, ni la mort de ses victimes, ni la peur de désespérer sa mère ? Pourquoi fuyait-il, s'il ne comprenaitpas d'avance qu'il commettait uncrime?Comment? ce garçon-là cultivait des mathématiques transcendantes, il les raisonnait et il ne se rendait pas compte qu'il arrachait de la vie, nombre d'existences qu'il n'avait pas le droit de supprimer ? Haineux, détraqué rageur, furieux d'être inconnu^ oui,
mais inconscient? non et s'il était conscient, il devenait responsable et cette responsabilité appelait sur sa tète un juste châtiment, la peine capitale !
On se demande parfois^ lesquels sont les plus malheureux, des neurasthéniques ou des fous? et je réponds sans hésiter, que ce sont les neurasthéniques ; leur vie est une série de coups d'épingle douloureux, quand ce ne sont pas des coups de poignard. Pour moi, ils sont mille fois plus à plaindre, car ils conservent avec toute leur intelligence, une hyperesthésie qui en fait des martyrs de toutes les minutes.
Tandis que les fous qui croient posséder réellement ou plutôt qui ont l'iliusion absolue de la possession de tous les biens de la terre, qui jouissent de la grandeur de leur personnalité et d'une richesse fantastique sont mille fois plus heureux. Pendant que le neurasthénique gémit, pleure, voit tout en noir, le fou, lui, tour à tour, Rothschild, Régent dé la Banque de France, Gouverneur du Crédit foncier, Maître d'un paradis peuplé de houris. Roi ou Dieu, ne vit pas dans ce monde ; il plane immortel dans les cieux éthérés ; l'or, il le sent, il le voit, il y plonge ses doigts avides ; les honneurs, les uniformes brillants, il s'en croit revêtu ; il passe, dédaigneux, au milieu de la foule immonde, ignorant les châtiments de cette vie misérable dont il est une des victimes. Quant à la mort, elle ne le trouble point dans sa quiétude céleste ; elle n'a pas pour lui de souffrances aiguës, et quand elle l'arrache à ses rêves radieux, il ne s'en aperçoit point. Qu'importe en effet sa guenille périssable? son âme, depuis longtemps, n'habitait plus notre sphère misérable...
Traitement moral de la folie, — Quand on la redoute chez des prédisposés ou des descendants de fous, on ne doit pas les diriger du côté des carrières libérales ou intellectuelles mais en faire des agriculteurs et les faire séjourner à la campagne. — Si la folie est acquise et due à une cause passionnelle, on peut espérer la guérir et quand la période aiguë ne se calme pas de même avec l'éloignement de la cause qui Ta déterminée, l'isolement, le silence, la réflexion, l'éloignement du monde, les soins sympathiques du médecin suffisent le plus
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souvent pour ramener à la certitude cette intelligence vacillante et apeurée.
On a abandonné aujourd'hui, même pour les fous invétérés, cet ancien traitement qui consistait à placer sous une douche abondante et glacée, le malheureux aliéné et à l'y laisser jusqu*à ce que, épuisé par le froid et la fatigue, cet être privé de raison en eût recouvré assez pour reconnaître qu'il avait tort d'avoir du délire, des peurs, ou des penchants à faire du mal. On ny réussissait guère, maison recommençait le lendemain les mêmes cruautés bien faites pour exaspérer ces malheureux au lien de les guérir.
Aujourd'hui, à l'exception de quelques symptômes particuliers qui réclament uue intervention thérapeutique, l'insomnie, par exemple, c'est en montrant constamment de la complaisance et de l'intérêt en écoutant leurs plaintes, c'est en gagnant leur confiance, leur amitié, en étudiant le genre de leurs troubles mentaux, qu'on rappelle chez les fous cette flamme intérieure qui jadis éclairait leur cerveau ;
L*û|ïium à petites doses, le bromure de potassium, mes dragées et mon sirop sédatif à petites doses réussissent à calmer l'agitation des fous, et c'est ainsi qu'on arrive lentement, mais presque sûrement et dans beaucoup de cas, à suggestionner le malheureux aliéné, à faire jaillir dans la nuit obscure où il est plouçè, quelques étincelles de pensées consolantes. Livré à luim^me^ calme, surtout s'il vit à la campagne, y trouvant la paix, il se reprend, se raisonne, le cercle de ses idées s'agrandit et la Uniuère se fait tous les jours plus grande dans son esprit.
Cùiii surtout dans les folies acquises, c'est-à-dire dépendant de causes connues, appréciables, que réussira le traitement morat: sans doute ses résultats seront moins brillants dans les folies héréditaires, mais il n'en constituera pas moins le facteur le [îlus important de leur traitement.
§ X. — L'Arthritisme chez les Penseurs
Plus encore peut-être que le reste du genre humain, les Penseurs sont sujets à cette diathèse dont le domaine est si grand et qui comprend le rhumatisme, la goutte, la gravelle, Tasthme, la migraine, la sciatique, la dyspepsie et la plupart des diabétiques.
Il est héréditaire, mais il envahit en outre Téconomie sous l'influence de causes innombrables; (froid, humidité, arrêt de transpiration, vie trop sédentaire ou trop tourmentée, privation ou surabondance de nourriture, émotions trop vives, fatigue cérébrale, soucis des affaires, passion déçue). On voit parla que ses causes sont multipliées et il n*est point étonnant qu'avec leur existence agitée et les hauts et les bas auxquels ils sont sujets, les Penseurs y soient exposés encore plus que lés autres classes ou professions.
« L'arthritisme, a dit M. Emile Gauthier (1), n'a pas d'organe favori, ni de siège exclusif d'élection. Tantôt il affecte les muscles, tantôt les articulations, tantôt les viscères du for intérieur, les poumons ou les reins, tantôt les organes des sens, l'œil ou Toreille, tantôt la peau, tantôt la vessie, ou encore, comme dans la névralgie sciatique, telle ou telle partie du système nerveux. Parfois même il se porte au cœur; c'est la péricardite ou l'endocardite, dont les conséquences sont souvent mortelles.
« Quel qu'en soit le siège, ses origines sont toujours les mêmes, ainsi que son mécanisme. C'est un empoisonnement, provenant de ce qu'une fraction des déchets des combustions vitales, au lieu d'être brûlés complètement et de s'éliminer, par les urines et les sueurs, sous les espèces et apparences de la substance inoffensive qu'on nomme l'urée, restent et stagnent dans réconomie à l'état d'acide urique, qui, moins soluble, a tôt fait d'encombrer les tissus et de souiller le sang,
(1) Arthritisme^]^3iT Emile Gauthier. Petit Journal, avril 1901.
Sans compter que, si la nutrition marche mal, c^est comme si un poêle ne tire pas bien et rabat : il se forme dans l'organisme un tas de saloperies composites qui se combinent avec Tacide urique ou surajoutent leur action malfaisante à la sienne. )»
La goutte est extrêmement commune en Angleterre et en Irlande, entretenue par le climat humide de ces pays, parles influences héréditaires, par le genre de nourriture très azotée et épicée dont font usage les Anglais et enfin par une cause opposée, la misère chez les Irlandais décimés souvent par la famine. La plupart des grandes familles et des lords anglais s'adonnant par trop aux boissons spiritueuses (porto, wisky, porter) sont atteintes par Tarthritisme.
Jules Janin^ qui était un littérateur heureux aimant à bien vivre et par-dessus le marché, un des hommes les plus spirituels de son temps, avait de fréquents accès de goutte au pied, ce qui ne lui avait point enlevé sa belle humeur ni sa gaieté. « C'était, disait-il, un brevet de vie pour dix ans ! > Une bonne table et le bourgogne qu'il adorait avaient hâté chez lui le développement de la podagre à laquelle il était voué du reste, car son grand-père était également goutteux. — Ck>ndamné à être guillotiné et ne pouvant marcher, on fut obligé de le traîner à Téchafaud .
On sait que les émotions morales vives provoquent également Tarthritisme. En apprenant les premières victoires de Napoléon, Pitt mourut d'un violent accès de goutte et Fréron eut le même ennui en apprenant que son journal était supprimé. L'auteur des Maximes^ de La Rochefoucauld était un goutteux di primo cartello et, dégoûté sur le tard de Tamour qui remplit sa jeunesse et de la politique qni l'avait fort agité, il ne voulut jamais s'astreindre au régime de vie sévère qui lui fut conseillé par tous les médecins qu'il consulta et dont le dernier fnt le spécialiste anglais Talbot, pour écarter ses accès de goutte. Les plaisirs de la table étaient devenus pour lui une véritable passion, et cette passion a abrégé ses jours. Il est mort à67 ans ; son cadavre était à peine refroidi que deux docteurs qui l'avaient soigné, l'abbé Bourdelot, premier médecin de la reine Christine
de Suède, et le célèbre Fagon, se prirent de querelle sur la façon dont il était mort. Fagon affirmait que c'était le cerveau qui, tout inondé d'une sérosité maligne, avait causé le dernier étouffement ; Bourdelot soutenait mordicus que la cause du trépas était enfermée principalement dans le thorax (1).
Du reste, donnez à un homme bien portant et nullement arthritique beaucoup de viandes rouges ou des mets fortement épicés, du vin de Bourgogne, du café et de l'eau-de-vie à dis^ crétion : coUoquez-le dans une étude, un appartement où il ne fera aucun exercice et il y a 100 à parier contre 10 qu'avant trois mois, il aura une attaque de goutte, de gravelle ou de rhumatisme.
Traitement médical et hygiénique de Varthritisme, — L'arthritisme étant occasionné par la diminution dans le sang des principes alcalins et l'augmentation de l'acide urique qui l'altère profondément, on peut le prévenir en combattanl l'acidité des urines et la formation ou l'accumulation dans le sang et plus tard dans les articulations d'un biurate insoluble. Débarrassé de son excès d'acide urique, le sang redevient normal et le malade guérit. Pour cela^ il faut recourir au vin si anciennement connu et si actif du docteur d'Anduran, à la dose de 2 à 3 cuillerées à bouche par jour et à des Uniments calmants (chloroforme, laudanum, belladone et menthol), voilà les moyens de combattre et atténuer l'accès.
Mais il vaut encore mieux attaquer la cause première du mal et on y parvient en évitant de manger des viandes noires, en abandonnant le Bourgogne pour le vin de Bordeaux, en se mettant au régime végétarien^ en buvant aux repas de la Perle-de-Vals 7» degré ou l'eau des Gélestins de Vichy et en prenant tous les trois mois, pendant 10 jours, une cuillerée à café de vin de d'Anduran tous les matins à jeun dans de l'eau ou de la tisane de feuilles de frêne. Le reste du mois on prendra tous les jours deux pilules prophylactiques de d'Anduran. Avec ce traitement, les goutteux les plus invétérés n'ont pas, s'ils le suivent, la crainte de voir repa-
^1) Note du docteur Callamand de Saint-Mandé.
raître leurs accès. En provoquant les sueurs, les urines ou les gardes-robe, ce vin et ces pilules, purifient le sang et débarrassent Téconomie des principes morbides qui l'intoxiquaient — le régime végétarien est le plus convenable pour les arthritiques. Nous conseillons aux arthritiques d'abandonner ces médicaments dangereux : les salicylates, la pipérasine, etc. qui ont parfois un retentissement dangereux sur le cerveau et d'autres organes.
§ XI. — Diabète chez les Penseurs
Voilà une maladie dont on ne parlait point du temps de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV (on ne la soupçonnait même pas) ; mais, par notre temps d'agitation fiévreuse, elle est devenue de plus en plus fréquente. Et cela ne doit pas nous surprendre, cette affection reconnaissant pour principales causes des émotions vives, des ennuis profonds, la peur dans une chute, quelquefois des affections catarrhales de l'estomac ou de l'intestin, une inflammation du foie ou l'atrophie du pancréas, sorte de glande abdominale fournissant un suc destiné à émulsionner les aliments gras dans l'intestin. Ajoutons enfin que le rhumatisme et la goutte sont ses cousins germains, aussi l'observe-t-on souvent chez les Penseurs.
Le diabète est rarement reconnu par ceux qu'il afflige et qui ne soupçonnent sa présence que lorsque le mal a déjà depuis longtemps ruiné leur constitution.
Il est souvent la conséquence du surmenage et des orages de la vie ; on lutte, on travaille avec rage, mais on veut en même temps puiser largement à la coupe du plaisir, sans se douter que l'heure de la désillusion et de la maladie sonnera bien vite. Napoléon III était diabétique et calculeux, il avait trop aimé le plaisir... Aussi n'a-t-il pas pu supporter l'opération delà lithotritie qui, pour un autre, n'eût pas été mortelle : mais ses
organes étaient usés, finis ; le moindre choc, la plus petite plaie pour un diabétique avancé entraîne souvent la mort .
Diabétique était aussi son redoutable adversaire Qarabeita^ qui adorait d'autant plus la table, à la fin de sa courte carrière, qu'il avait été plus sobre au début. Eh bien ! jeune, celte sobriété forcée lui avait donné succès, honneur et fortune ; quand, parvenu au faîte des grandeurs, il contracta Thabilude de bien vivre et de manger beaucoup, il devint diabétique. Le choix qu'il fit du premier cuisinier de France, l'illustre Trompette, acheva d'en faire un remarquable gourmet, malt; aussi un parfait diabétique, en sorte qu'une blessure légère le conduisit au tombeau plus sûrement que son appendicite, mEiladie dont on a tant parlé depuis !
Gomme il s'agit d'une maladie de plus en plus répandue et traîtresse dans ses début, en ce sens qu'on ne s'en aperçoit que lorsqu'elle est avancée, difficile alors à contenir, j'énumère rapidement ses premiers symptômes (défaillance physique et morale, affaiblissement, goût pour le repos et Timmobilité, soif vive, gastralgie, quelquefois fringale, eczéma, démangeaison aux parties génitales, affaiblissement de La vue, urines abondantes tachant le pantalon, le poissant et altinint les mouches, troubles nerveux, etc.).
Citons quelques exemples de littérateurs diabétiques:
M. de Pontmartin, dans un feuilleton de la Gazelle de France (21 avril 1889), a flétri, dit le docteur Cabanes, l'ciuteur des Bretons et àeMarte {Brizeux) de l'épithète d'ivroj^^uc. Nous avons tout lieu de croire qu'il a été mal renseigné. Le poète était atteint de la maladie qui donne soif, le diabète, qui tourmenta ses dernières années. Telle est l'origine de la légende qui l'accusa d'être « intempérant », mais de là à être alcoolique, il y a loin ! (1).
Taine est mort diabétique ; on a prétendu dans le cam[i ikt ceux qui se font une gloire de ne croire à rien, que sa conversion, si fort en opposition avec les idées irréligieuses tjull professa toute sa vie, est due à l'affaiblissement de sa raison,
(1) Docteur Cabanes, Journal de Médecine de Paris. 1892.
â51 LES PENSEURS
Il n'en est rien. Jusqu'au dernier jour^ il pot jouir d'un raisonnom eut fort juste et très sensé. Seulement, quand il sentit la Tie lui échapper, peut-être ses idées métaphysiques sur le néant des choses humaines s'évanouirent-elles en songeant à Tan^^delà et ne rencontrant que vanité dans les idées qu'il avait professées jusque-là ; il trouva dans la religion protestante qui lui làisBait une liberté d'examen et de critique très large, une satinlaction s'accordant très bien avec ses dernières opinions? Le catholicisme, malgré les efforts de son ami M. de Vogué, lui imposait sans doute un cadre de croyances trop rigoureux, trop borné et un contraste trop saillant avec ses habitudes de critique fouillant au fond des choses ; il s'arrêta à mi-chemin ; el fessant de se faire gloire d'une incrédulité complète, il se convertit au protestantisme.
Parmi les victimes du diabète, notons les médecins suivants: Lassègue, mort à 67 ans. Béhier, Tardieu et Ad. Wuriz.
Tî'iiitenient médical et hygiénique du diabète. — Pas de I6cn lents. Pas de sucre. Pas de fruits, à l'exception des noix, des amandes et des noisettes. Pain de gluten ou de soya tous les jours. Frictions sèches sur tout le corps. Flanelle. Exercices du corps. Travaux manuels. Marche. Escrime. Vin de Bor- (ieanx. Pas de boisson fermentée. Prendre à chaque repas 2 à il bi4s de Guibert (médication simple, commode et efficace taisant tomber rapidement à zéro la quantité de sucre quelle «qu'elle soit).
§ XÏI. — L'Alcoolisme chez les Penseurs.
t^Kir nous, l'alcoolisme n'est pas seulement une cause de rnuijidies, c'est une maladie spéciale, ayant ses prodromes souvent inaperçus malheureusement et dont le sujet n'a pas conscieerce, puis ses symptômes généraux ; sa marche est tantôt nigiic, tantôt fort lente et elle se termine par des complications thi cùLé des organes essentiels (cerveau, foie, cœur ou poumon)
iKS PENSEURS â55
OU par des désordres do système nerveux qui lui sont tout-àfait particuliers (le dèlirium tremens et l'épilepsie).
Comment des Penseurs, des .hommes intelligents, au-dessus du niveau général de la société, deviennent-ils les victimes en même temps que les adorateurs des boissons spirilueuses ? C'est ce que Tétude de chaque classe de Penseurs va nous faire comprendre.
Passons en revue d'abord les auteurs, c'est surtout l'absinthe qui leur est fatale et qui aide à cette définition de la littérature : « Pégase est un coursier qui porte son cavalier à l'hôpital! » Avons-nous besoin de citer parmi eux Musset, Mûrger, Gérard de Nerval, Lebailly-Privat, d'Anglemont et tant d'autres? Mais tout en les passant en revue, nous plaiderons les circonstances atténuantes !
MontjQie^ Taimable auteur de tant de vaudevilles d*nne gaieté folle [LaPanthèredeJavayVHommeentredeuxairs), décrivait en deux lignes les causes de sa passion pour Tabsinthe. « Tout ce que j'ai aimé est mort; il ne m'est resté que moi et je n'ai pas le courage de m'attacher à si peu. Un instant, je me suis vu bien près d'adorer un chien, mais il s'est chargé de me guérir de ma passion en me mordant. Alors, j'ai aimé l'absinthe ! » Il l'aimait tellement qu'il avait trouvé avec elle un moyen économique pour vivre. Il trempait son pain dedans, de cette manière, pas de frais de restaurant, ni de cuisine I
Il en but tant qu'il lui fallut prendre le chemin de l'hôpital. Heureusement que la Société des Auteurs dramatiques paya sa pension au pavillon Gabrielle de Saint-Louis. Ce n'était que justice, car ses vaudevilles avaient assez i^apporté à la caisse du droit des pauvres !
Ah ! la liste en est longue de ces intelligences d'élite qui ont eu leurs jours de gloire et de succès, un cénacle attentif à les écouter dans les cafés, des applaudissements et des félicitations bruyantes au choc des bocks remplis jusqu'au bord, mais que la Fée aux yeux verts a, par une pente insensible conduites à l'hôpital et à la fosse commune.
La génération passée, qui s'était engouée des romances sentimentales, se souvient sans doute de Louis Abadie, l'auteur
de V Amoureux de Pantoise et de Feuilles mortes, une romance qui a fait le tour du monde :
Quand vous verrez tomber, Tomber les feuilles mor-or-ortes.
Il était également l'auteur des Plus beaux yeux de Castille, qu'on chante encore aujourd'hui :
C'est que vois-tu, ma gentille, Il est sous ton voile noir, Les plus beaux yeux de Castille, Les plus beaux qu'on puisse voir.
Eh bien, Abadie est lui aussi mort à l'hôpital, après avoir failli dans ses dernières années mourir de tristesses absinthiques, car elle ne donne guère de gaieté, cette perfide charmeuse.
Encore quelques autres I
De Concourt, un sage, celui-là, que l'amitié fraternelle a sauvé du danger, car elle lui suffisait presque et, à coup sûr, éclairait sa vie, écrit à Flaubert en 1861 : « Ces jours-ci, Guichardet, un Imaginatif étincelant se réveille avec le délirium. Il croit avoir trop bu la nuit, avoir couru une bordée avec des camarades. Ses amis empoignent cette belle illusion et lui disent : (( ... Oui, nous avons fait la noce, cette nuit, un peu trop fort... Il faut nous retaper... C'est de la fatigue... Allons manger une soupe à l'oignon à la Halle. » Et ils l'emmenèrent dans un fiacre à l'hôpital Necker. Il est allé à la mort, comme on va chez Baratte. C'est assez joli de faire avaler l'éternité à un monsieur, dans l'idée d'une soupe à l'oignon!... »
Pierre Dupont était encore un alcoolique. Al. Daudet le dépeint ainsi (1) : « Vieux à quarante-cinq ans, gras et voûté, et son bel œil de bœuf de labour visible à peine sous ses paupières alourdies, il essayait à la brasserie de la rue des Martyrs, coudes sur table, de chanter quelques-unes de ces chansons
(1) Les Débuts d'un homme de lettres (Marpon et Flammarion).
politiques ou rustiques au rythme d'or, toutes frémissantes des beaux rêves de 1848, toutes résonnantes des mille bruits des métiers de la Croix-Rousse, tout embaumées des mille parfums des vallées lyonoaises. Mais la voix n'y était plus ; brûlée, enrouée par Talcool, elle ressemblait à un râle. y>
Dupont est mort tristement et misérablement à Lyon, quelques jours avant la déclaration de guerre. « Il te faut Tair des champs, mon pauvre Pierre », lui disait Gustave M athieu'. encore un gai compagnon, le chantre des Bons vins, du Coq gaulois et des Hirondelles.
Quant à Alfred de Musset^ c'était un alcoolique conscient, il savait très bien ce qu'il faisait et ce qu'il cherchait eu s" enivrant, et avait pour agir ainsi, selon moi, deux motifs \ le premier, c'était la recherche de l'inspiration que son imagination appauvrie, fourbue, ne trouvait qu'au fond du verre ; cet excitant cérébral, mais fatal, l'alcool lui donnait une ivresse spéciale (1), une sorte de catalepsie, à travers laquelle lui arrivait distinctement tout ce qui se passait autour de lui, mais comme s'il l'eût écouté d'un autre monde. Il faisait son choix daue le» images bizarres flottant à sa portée, comme un pêcheur qui jette sa ligne dans une eau poissonneuse. A mesure que les matériaux lui parvenaient, il les mettait en œuvre immédiatement avec autant de sang- froid et de facilité qu'un maçon perché sur son échafaudage. Artificiellement, mais violemment concentrée, son imagination leur donnait sur place le deruier coup de ciseau, et telle était la netteté de sa mémoire que le lendemain, lorsque les fumées du poison s'étaient dissipées, il n'avait conservé d'autre souvenir que celui des vers composés par lui la veille et qu'il écrivait couramment sans retoufhes ; car du moment qu'il ne se trouvait plus sous l'influence de sa muse alcoolique, l'illustre poète n'était plus qu'un simple mortel s'élevant à peine au-dessus du médiocre (2) ».
Une fois chez lui, A. de Musset pouvait noter avec une incroyable précision de mémoire les hallucinations que lui [^ro-
(l)Docteur Cabanes, Journal de médecine de Paris, 1894. V alcoolisme dans la littérature.
(2) Rev., brit., loc. cit., 435, 436.
L ES PENSEURS l!^
258 LES PERSECRS
curait la fièvre de l'absinthe. C'était chez lui un don de nature, développé par une certaine éducation, ou plutôt, une faculté singulière, réserrée à un petit nombre d'esprits d'élite, capables de transformer en CE^uvre de génie des rêyasseries alcooliques.
Gomment se procurait- il cette excitation factice? C'est ce qu'un homme qui Ta bien connu, pour s'être assis souvent à sa table de whist du café de la Régence, nous rapporte en ces termes :
( Le plus souvf nt^ un garçon lui apportait une assiette de cigares et un épouvantable mélange de bière et d'absinthe, qu'il avalait d'un trait avec cette grimace de dégoût que provoque une médecine répugnante. Assurément la sensualité ne jouait aucun rôle dans cette abominable intoxication. Une fois drogué de la sorte, Alfred de Musset s'établissait solidement contre le dossier du divan, allumait un cigare, puis un autre jusqu'à ce que l'assiette fût vide (1).
€ Personne n'aurait osé troubler le poète dans sa rêverie. Le vide se faisait autour de lui. Il était seul avec sa pensée. A orne heures et demie le garçon faisait avancer uiie voiture de louage? menait le poète par le bras, puis Tinstallait dans le fiacre. Il se laissait mener docilement à la maison, une vieille bonne l'aecueillait et le couchait comme un enfant (i). >
(1) Revue britanniqvLe, 1873^ p. 434.
(2) Sainte-Beuve avait conté un jour devant Goncourt, qui, on sténographe consciencieux, nous Ta conservée, cette anecdote, assez dévêtue, sur Musset : le docteur Véron avait demandé au poète un feuilleton pour le ConsHtèttion'nei, Musset lui répond qu'il a en tête une fantaisie, mais qu'il lui faut 4.ÛÛ0 francs. Véron cousent à les lui doimer et, triant parole, les lui apporte un matin. Le soir, il va dîner chez Véry. Il voit les escaliers décorés de fleurs rares, de plantes de haut prix. Quel est le nabab qui peut donner une telle fête ? Yéron le magnifique en est tout humilié.
— C'est M. de Musset, répOTid le garçon avec un visage tout émerillonné.
Il nu)nte voir. Et ici nous demandons la permJâslofi de noos sLbviter derrière nos auteurs : « C'était tout un lupanar, auquel le chantre de Rolla payait une fête de 4.000 francs. Et quand les femmes arrivèrent, le poète était si saoul, qu'il ne put pas même jouir de soft oïgie. »► Jouarnal des Goncourt, 2* volume, 1887, p. 218.
LES PENSEURS i^^
La seconde raison pour A. de Musset, de se jeter à corps perdu dans l'alcoolisme, c'était sa tristesse si bien décrite dans les Confessions d'un enfant du siècle, tristesse à laquelle il était prédestiné et aussi son chagrin d'avoir rompu a\ec George Sand, qu'il aimait passionnément. Ce qui me ferait croire que ce poète a cherché à se suicider lentement, sciemment avec Talcool, c'est la publication par M. E. Aucaute dans la Bévue de Paris de« dernières lettres inédites de Otiorge Sand à Alfred de Musset. Citons les :
De ces lettres, Tune des plus eurieases est celle do i9 avril 1834, où George Sand décrit à Mtisset sa vie à Venise, dans Pextravagant intérieur de cette maison Mezzanî, habitée par PagellOy son frère et sa sœur, et troublée par les scènes des amies du docteur, « dooJton sentimental^ cjui s'est trouve tout à coup quatre femmes sur les bras ». Les plus poignantes sont celles qui suivent le retour à Paris, la rupture avec Paj^^eïlo et le douloureux essai de réconciliation avec le poète :
(( Non, non, c'est assez ! pauvre malheureux, je t'ai aimé comme mon fils, c'est un amour de mère^ j'en saigne encore. Je te plains, je te pardonne tout,^ mais il faot notts quitter. J'y deviendrais méchante. Tu dis que cela vaudrait mieux et que je devrais te souffleter quand tu m'outrages. Je ne »ai« pas lutter. Dieu m'a faite douce et cependant fière. M^on orguerT est brisé à présent, et mon amour n'e»t plusi que de la pitâé^ Je le le dis, il faut en guérir. Sainte-Beuve a raison.
« Ta conduite est déplorable, impossible f Mon Dieu, à quelle vie vais-je te laisser! l'ivresse, le vin! les filles, et enct^re, et toujours ! Mais puisque je ne peux plus rien po«r l'en préserver, faut-iï pmloH'geF cette honte pour moi et ce supplice pour toi-même ?M^es larmes t'irritent ! Ta folle jalou&îe a tout propos, au milieu de tout cela! Plus tu perds le droit d'être jaloux, plus tu le deviens! cela ressemble à une punition de Dieu sur ta pauvre tète. Mais, mes enfants, adieu, adieu^ malheureux que tu es, m«s enfants, mes enfants I... »
George Sand aursit voulu que lettres de Musset fussent publiées en même temps que les siennes ; Mme Lardin de Musset s'est opposée à cette publication ; mais elle a communiqué' à la
Revue les trois poèmes suivants, qui sont extraits de cette correspourlaEice et, par conséquent, inédits: