‹ Penseurs et savants: leurs maladies, leur hygièneChapitre 3 sur 34 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

puiser ; le plan général, aux modifications de détail près, que nous l'engagerions à suivre.

Un des vétérans du journalisme scientifique, bien placé pour en juger, parlant, dans une de ses alertes chroniques, de la fatigue causée par le travail cérébral, dont Texcès use rapidement le tempérament le plus robuste, en donnait cette explication :

« Toute tension prolongée de l'esprit a pour conséquence la fatigue du cerveau ; cette fatigue est un phénomène chimique, qui modifie la composition du sang et, par reffet de la circulation, retentit sur les autres organes ; la fatigue du cerveau exerce une action générale sur le corps.

« Les muscles perdent ainsi de leur vigueur fonctionnelle, non seulement par eux-mêmes, mais encore parce que les impulsions motrices partant d'un cerveau fatigué sont inférieures à celles d*un cerveau dispos. »

Ces observations sont pleinement confirmées par les travaux des physiologistes. L'activité cérébrale, si nous nous en rapportons aux expériences de Kornfeld, fait varier d'une manière sensible la pression sanguine. Il est bien démontré aujourd'hui que toutes les excitations augmentent la pression sanguine, non pas proportionnellement à Tintensité de l'excitation, mais plutôt suivant les phénomènes psychiques dont elle s'accompagne : attention, surprise, émotion. La pression sanguine, pourrait-on dire, caractérise la disposition d'esprit dans laquelle se trouve le sujet, et à chaque disposition correspond une pression spéciale.

Tout travail psychique, comme tout travail corporel, élève la pression sanguine. Pour un même point de départ, la pression s'élèverait d'autant plus que l'individu se comporte plus activement, met plus d'attention, plus d'énergie à accomplir son acte. Il y aurait là comme une mesure commune pour le travail corporel et psychique, qui autoriserait, jusqu'à un certain point, à admettre leur équivalence.

Ce sont, sous une autre forme et par un autre procédé d'expé^ rimentation, les conclusions auxquelles était arrivé jadis un chimiste de grand mérite, prématurément enlevé à la science,

PRÉFACE VÏI

le docteur Byasson, dont l'étude si originale : Sur la relation qui existe à Vètat physiologique entre Vactivité cérébrale et la composition des urines, n'est pas suffisamment connue.

Est-il possible, s'était demandé Byasson, de déterminer expérimentalement, lorsqu'un homme travaille du cerveau (et par travail du cerveau ou activité cérébrale, Byasson entendait plus spécialement « ce qu'on est convenu d'appeler la pensée dans ses divers modes »), qu'il s'effectue, dans cet appareil, une dépense provenant de la combustion organique ; dépense représentée en partie par les produits de désassimilation, déversés à Textérieur par les urines ?

Déjà, en 1866, des considérations d'un autre ordre avaient amené l'Allemand Moleschott à émettre cet aphorisme, par trop absolu :

« Sans le phosphore, point de pensée. »

Comme Moleschott, Byasson cherche à établir que, lorsque le cerveau entre en activité, il y a une dépense organique dont nous retrouvons les traces manifestes, dépense qui se rapporte incontestablement à l'accomplissement de la fonction cérébrale.

A cet effet, il avait institué diverses expériences, qui méritent d'être rapportées, au moins les principales.

L'expérimentateur avait adopté pour unique boisson l'eau ; comme aliment solide, un pain ou gâteau, composé ainsi qu'il suit : farine de blé, 1 kilogramme ; œufs, 6 ; beurre, 125 grammes ; sucre, 60 grammes ; eau, quantité suffisante. Il ajoutait une pincée de sel marin à ces divers ingrédients.

Byasson s'était ensuite attaché à doser l'urée, l'acide urique, l'acide phosphorique, le chlore, la chaux, etc., en un mot les éléments contenus dans l'urine, en notant, par vingt-quatre heures, la quantité de liquide émise, la densité, etc., dans les trois états différents de : repos, travail musculaire, travail cérébral.

Mais nous avons hâte d'arriver aux conclusions, que l'auteur formulait ainsi :

« L'exercice de l'activité cérébrale proprement dite ou de la pensée s'accompagne de la production plus abondante et de l'apparition simultanée, dans les urines, d'urée, de phosphates et de sulfates alcalins»

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