X PRÉFACE
atteints de manie aiguë, et toutes les personnes initiées à l'observation pénitentiaire savent combien le cachot noir trouble et déprime les détenus. Les courbes annuelles de la criminalité, du suicide et de l'aliénation mentale sont exactement traduites par celles des variations périodiques de la luminosité... »
Comme à toute règle il îy a des exceptions, on ne sera pas surpris que certains ne puissent, au contraire, avoir des idées que dans l'obscurité ; de même, si la plupart des écrivains produisent dans la plénitude de leur santé physique, il en est d'autres à qui la maladie semble donner le coup de fouet de l'inspiration.
La sœur du fantaisiste littérateur Gh. Lassailly avait remarqué que, dans l'état de santé, son frère ne pouvait pas travailler : a la maladie, selon l'expression d'Alfred de Vigny, était la lampe qui illuminait sa tête, »
Encore faudrait-il s'entendre sur la nature de la maladie. Un fait avéré, c'est qu'on a observé la guérison d'une affection cérébrale, survenant en même temps que se manifestaient les symptômes d une fièvre typhoïde ; des maniaques sont revenus à la raison à l'article de la mort ; un idiot, atteint de rage, raconta un fait assez compliqué dont il avait été témoin longtemps auparavant et qui semblait n'avoir fait aucune impression sur lui.
Un autre observateur a vu trois faibles d'esprit que Ton n'avait jamais entendu parler, et qui, dans le cours d'une pneumonie ou d'une scarlatine, prononcèrent des paroles raisonnables (1).
D'autres fois, l'auteur a besoin, pour calmer ses passions, pour « s'en purger », de les jeter sur le papier.
Kotsebue se délivra de l'obsession du suicide, en composant Misa.nthro'pie et Repentir ; Gœthe se guérit de sa mélancolie, en écrivant Werther. Dans une de ses lettres à Sainte-Beuve, G. Sand lui raconte qu'elle se repose de son amour tragique avec Alfred de Musset, par la composition littéraire : « Je travaille beaucoup à des choses calmantes comme Valentine (je dis calmantes pour moi)... »
(1) Çh. Féré, Patliologie des Emotions.