I. Essais, II, XXVII. Couardise, mère de la cruauté
l4 PENSEURS LIBRES ET LIBERTÉ DE PENSÉE
contrainte. S'il a tous les défauts qui résultent d'une telle éducation, il en a aussi toutes les qualités aimables et brillantes, comme par exemple l'aisance parfaite, avec laquelle, étant enfant, il jouait la comédie au collège. Il n'y a que les enfants gâtés, jamais contraints, pour avoir cette {( assurance de visage », cette « souplesse de voix et de geste », qui fait les bons comédiens. Montaigne avait aussi cette originalité, ce charme personnel, qui manque généralement aux gens trop élevés, je ne dis pas trop bien élevés. C'était le contraire d'un enfant appris. « Mon âme, dit-il, avait, à part soi, des remuements fermes et des jugements surs et ouverts autour des objets qu'elle connaissait ; et les digérait seule, sans aucune communication ; et, entre autres choses, je crois, à la vérité, qu'elle eût été incapable de se rendre à la force et violence ' .» Voilà la dignité personnelle dont je parlais plus haut, la fierté et bravoure d'esprit, si remarquable en Montaigne, qui est, chezlui, à la fois naturelle et acquise , et qui ne le quitte point. Mais laissons le caractère de Montaigne et considérons son esprit, puisqu' aussi bien c'est par là qu'il est réputé le plus grand. Quelle fut, dans l'ordre intellectuel, l'influence de son éducation .►^ Remarquons d'abord qu'elle n'eut point pour