I. Essais. I, XXV
l'avènement a la vie personnelle i5
effet de le distinguer des autres esprits par la nature de l'instruction ou la matière des connaissances : Montaigne apprit ce qu'on apprenait de son temps ; il l'apprit seulement d'une autre manière ; il fut élevé avec des soins et selon des méthodes particulières. A l'en croire, il n'a rien appris que de lui-même ; on ne lui a jamais rien appris. Il a trouvé cela fort bien, et a posé en principe qu'iln'y a pas d'autre façond'apprendre. Selon lui, le savoir qu'on tient des au 1res n'est pas un savoir véritable ou proprement dit ; la science ne s'emprunte pas, ne se communique pas ; il faut qu'elle s acquière librement, spontanément. On peut bien exciter l'appétit intellectuel ; mais c'est l'esprit qui cherche et trouve lui-même sa nourriture, qui se l'assimile et la digère. « Il n'y a tel que d'allécher l'appétit et 1 affection ; autrement on ne fait que des ânes chargés de livres ; on leur donne à coup de fouet en garde leur pochette pleine de science ; laquelle, pour bien faire, il ne faut pas seulement loger chez soi, il la faut épouser ^ )) C'est là une idée fondamentale chez Montaigne ; il l'a reprise et répétée sous cent formes différentes. Il fait profession de mépriser la science des livres et des pédants, l'instruction au sens matériel du terme, le bagage de connaissances