I. Disc, de la Mêth., 2<= partie
Non seulement la raison individuelle est supérieure, en ce sens, à la raison commune, mais encore il ne lui manque, pour être parfaite, que d'être rendue à elle-même et dégagée des déformations ou adultérations qu'elle a subies du fait de son contact prolongé avec la raison commune. « Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu'il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu'ils auraient été, si nous avions eu l'usage entier de noire raison dès le point de notre naissance, et que nous n'eussions Jamais été conduits que par elle\ »
En posant ce principe, Descartes prévoit l'abus qu'on en peut faire. Tout en rendant la raison individuelle juge de toute vérité, il lui assigne son domaine propre. « Un particulier » n'a pas à ({ réformer l'Etat » ni « le corps des sciences ou l'ordre établi dans les écoles pour les enseigner » ; il n'a pas même à rejeter ou à condamner en bloc les opinions qu'il a admises sur la foi d'autrui, mais seulement à les examiner et à les « ajuster