‹ Penseurs libres et liberté de penséeChapitre 17 sur 77 · I. Ibid. Cf. Principes de la philosophie, i^e partie, i · texte numérisé non relu

I. Ibid. Cf. Principes de la philosophie, i^e partie, i

au niveau de sa raison ». Ce n'est point la société, ce sont ses opinions, et elles seules, qu'il entend réformer, et il demande qu'on ne s'y méprenne point. « Jamais mon dessein ne s'est entendu plus avant que de tacher à réformer mes propres pensées et de bâtir dans un fond qui est tout à moi. » Limiter ainsi le domaine de la réflexion personnelle, ce n'est pas s'effrayer des conséquences du principe posé, ce n'est pas détruire ou affaiblir ce principe, c'est au contraire le renforcer et le préciser. Descartes est si jaloux, pour ainsi dire, de son autonomie intellectuelle, du caractère personnel ou intime de la réforme qu'il a entreprise, qu'il souhaite de n'avoir ni imitateurs ni disciples, et renie d'avance tous ceux qui s'adjoindraient à lui. Le passage est curieux, et vaut d'être cité en entier :

Je crains que (mon dessein) ne soit que trop hardi pour plusieurs. La seule résolution de se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues auparavant en sa créance n'est pas un exemple que chacun doive suivre. Et le monde n'est quasi composé que de deux sortes d'esprits, auxquels il ne convient aucunement, à savoir de ceux qui, se croyant plus habiles qu'ils ne sont, ne se peuvent empêcher de précipiter leurs jugements, ni avoir assez de patience pour conduire par ordre toutes leurs pensées ; d'oii vient que, s'ils avaient une fois pris la liberté de douter des

l'avènement a la vie peusonnelle 3i

principes qu'ils ont reçus, et de s'écarter du chemin commun, jamais ils ne pourraient tenir le sentier qu'il faut prendre pour aller plus droit, et demeureraient égarés toute leur vie ; puis de ceux qui, ayant assez de raison ou de modestie pour juger qu'ils sont moins capables de distinguer le vrai d'avec le faux que quelques autres par lesquels ils peuvent être instruits, doivent bien plutôt se contenter de suivre les opinions de ces autres qu'en chercher eux-mêmes de meilleures'.

Descartes cède ici peut-être à son humeur hautaine et pousse jusqu'à l'exagération le sens personnel. Il est d autre part naturellement enclin à la prudence et craint, non sans raison, de voir sa méthode compromise par ceux qui l'adopteraient d'enthousiasme, mais seraient incapables de se soumettre à la discipline qu'elle impose. Nous ne voulons pas étudier cette méthode, nous noterons seulement qu'elle a pour principe la raison individuelle juge de la vérité.

La morale de Descartes porte le même caractère el repose sur le même principe, d'oii vient que Descartes a pu dire qu'elle est tirée de sa méthode, quoiqu'en un sens elle puisse paraître une infraction à cette méthode, puisque Descartes soustrait au doute les règles de la conduite et les établit en dehors de l'évidence. C'est même en

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