I. Disc, de laMélh., 3« partie
dans cet usage de la raison le plus libre et le meilleur, considéré en lui-même, non dans ses effets, autrement dit, dans l'acte de la personnalité par excellence, dans l'acte qui émane le plus directement de nous et porte le mieux notre marque, que la moralité et le bonheur tout ensemble résident.
Si l'on pouvait douter que le but principal de Descaries est de fonder la personnalité sur la base de la raison, on en trouverait indirectement la preuve dans des remarques incidentes qui trahissent sa préoccupation dominante. Descartes est d'abord, par tempérament, l'homme du sens propre ; il a orgueilleusement foi en lui-même et n'a foi qu'en lui. Il ne compte pas sur les autres pour le corriger de ses erreurs, pas même pour les lui (( faire connaître ». Il perdrait son temps à réfuter les objections que feraient naître ses ouvrages, et n'en retirerait pour son instruction aucun profit. (( Il est rarement arrivé, dit-il, qu'on m'ait objecté quelque chose que je n'eusse point du tout prévue, si ce n'est qu'elle fût fort éloignée de mon sujet, en sorte que je n'ai quasi jamais rencontré aucun censeur de mes opinions qui ne me semblât ou moins rigoureux ou moins équitable que moi-même. Et je n'ai jamais remarqué non plus que par le moyen des disputes qui se prati-
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qiient dans les écoles on ait découvert aucune vérité qu'on ignorât auparavant'. »
Descaries est persuadé non seulement qu'on ne s'instruit que par soi-même, mais encore qu'on n'instruit pas les autres, en tout cas, « qu'on ne saurait si bien concevoir une chose et la rendre sienne, lorsqu'on l'apprend de quelque autre, que lorsqu'on l'invente soi-même ». Aussi n'arrive-t-il presque jamais d'être compris. «Bien que j'aie souvent expliqué quelques-unes de mes opinions à des personnes de très bon esprit et qui, pendant que je leur parlais, semblaient les entendre fort distinctement, toutefois, lorsqu'ils les ont redites, j ai remarqué qu'ils les ont changées presque toujours en telle sorte que je ne pouvais plus les avouer pour miennes ^ »
Enfin, lors même qu'on pourrait s'instruire indirectement, par la voie d'autrui, il vaudrait mieux, pour l'éducation de son esprit, se passer de secours étranger et arriver plus lentement et plus difficilement par soi-même à la vérité, « Pour moi, je me persuade que, si on m'eut enseigné dès ma jeunesse toutes les vérités dont j'ai cherché depuis les démonstrations, et que je n'eusse eu aucune peine à les apprendre, je n'en aurais peut-être