I. Irréligion de l'avenir, p
l'avènement a la libre pensée 127
riel de leurs dogmes, paraissent étrangères à la raison, sinon incompatibles avec elle. C'est ce que prouve l'exemple des religions libérales ellesmêmes, ces fausses alliées de la philosophie, qui cherchent à donner à la foi la garantie de la raison, et qui élargissent le dogme jusqu'à le compromettre et le ruiner, sans lui ôter pour cela le caractère arbitraire et gratuit qu'il aura toujours aux yeux de la pure raison.
Mais le problème posé : Comment la foi se dissoudra-t-elle ? n'est point encore résolu, et paraît même insoluble. On a vu que la foi ne peut être établie ni justifiée parle raisonnement. Mais aussi est-elle plus forte que tous les raisonnements, car elle échappe à la critique. Si rien ne la fonde, rien non plus ne peut l'ébranler. A la considérer en elle-même, comme état d'esprit, ou comme doctrine, elle semble intangible. Mais le sera-t-elle encore, si on en scrute l'origine, si on l'analyse par la double méthode dé la psychologie et de 1 histoire ? C'est ce qu'il faut examiner.
La foi invoque le témoignage de Dieu ; elle doit donc fournir la preuve historique de ce témoignage. Ce n'est pas le contenu, c'est l'origine des
croyances qu'il faut discuter d'abord. Ce n'est pas le raisonnement philosophique, c'est la critique historique qu'il convient d'appliquer à l'étude des religions.
La philosophie et la théologie peuvent être à la rigueur étrangères l'une à l'autre. La raison humaine reprend à son compte et résout à sa manière les questions philosophiques que la révélation a tranchées ; elle suit sa voie et veut ignorer celle que la théologie a tracée. La théologie, de son côté, pose un dogme révélé qu'elle élève au-dessus de la raison, qu'elle ne prouve donc pas et n'a pas à prouver, dont elle fait seulement ressortir la beauté morale, la suite et l'ordonnance logique.
Mais il est une science, l'histoire, qui doit entrer directement en conflit avec la religion positive, parce qu'elle traite la religion comme un fait, non comme une doctrine. Le christianisme, ou toute autre religion révélée, donnant précisément comme preuve de sa valeur philosophique et morale son origine divine, il se trouve que discuter son origine, c'est directement poser le problème de sa valeur dogmatique, et le poser en termes précis qui en rendent la solution scientifiquement rigoureuse. Si on établit, en effet, à l'aide de témoignages interprétés par une critique judicieuse et impartiale, que le christianisme se
réduit aux proportions d'un fait, considérable sans doute, mais psychologiquement explicable, de l'histoire de l'humanité, on dénonce par là même comme faux le principe de la révélation divine que les autres sciences se contentent de rejeter comme gratuit ; on fait crouler la base sur laquelle s'édifient les religions positives. C'est à l'histoire, et à l'histoire seule, comme l'ont remarqué les critiques les plus autorisés, qu'il appartient de prononcer la condamnation sans appel des croyances théologiques.
(( Le christianisme, dit Renan, se présente comme un fait historique surnaturel... C est par les sciences historiques qu'on peut établir (et, selon moi, d'une façon péremptoire) que ce fait n'a pas été surnaturel, et que même il n'y a jamais eu de fait surnaturel. Ce n'est pas par un raisonnement a priori que nous repoussons le miracle, c'est par un raisonnement critique ou historique » * . « Les sciences historiques, dit aussi Guyau, attaquent les religions, non pas seulement dans leur objet, mais en elles-mêmes, dans leur formation matérielle, montrant toutes les sinuosités et les incertitudes de la pensée qui les a construites, les contradictions primitives, bien ou mal interprétées par la suite, les dogmes