I. Essais, II, cil. VIII
aux bons sentiments sans nul recours à la force, le rationabile ohseqiiium, serait donc justifiée : elle serait le principe et la sauvegarde de toute dignité intérieure, de toute fierté.
Mais n'est-il pas d'autres vertus qu'elle manquerait à développer, ne serait-elle pas « négative )) à d'autres égards? Assurément, et c'est ce que Montaigne reconnaît. Mais il se console, si on peut dire, des vertus qui lui manquent par la pensée des vices dont il est exempt. Il avoue que son éducation put pécher par défaut, qu'elle put manquer à avoir tels ou tels efiets, mais que du moins elle fut inoITensive, qu'elle neut pas de mauvais efiets. En raison de la bienveillance que je rencontrais partout, dit-il, je n'avais point de mauvais sentiments. Ma complexiou « n'avait » et ne pouvait avoir « autre vice que langueur et paresse. Le danger n'était pas que je fisse mal, mais que je ne fisse rien; nul ne pronostiquait que je dusse devenir mauvais, mais inutile. Je sens qu'il en est advenu de même ; les plaintes qui me cornent aux oreilles sont telles : Il est oisif, froid aux offices d'amitié et de parenté ; et, aux offices publics, trop particulier, trop dédaigneux*. »
Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont dites !