LE MONSIEUR QUI PREND DES NOTES
Peu importe. C’est vrai. (A la marchande de fleurs.) Comment se fait-il que vous ve niez de si loin? Vous êtes née dans la rue Mouffetard.
LA MARCHANDE DE FLEURS, terrifiée. —
Oh! Qué mal s’qu’'y a à ce que je fiche le camp d'la rue Mouffetard? C'était pas même bon pour un cochon! Et y a fallu que je paye cent sous par semaines pour c’te
turne!... (Pleurant.) Oh... hou. hou. hou...
LE MONSIEUR QUI PREND DES NOTES. — Vivez où vous voulez, mais ne faites pas ce bruit-là | Le MonstŒUR — Allons? Aïlons… L ne
peut rien vous faire. Vous DORE vivre ne
vous voulez.
UN SPECTATEUR SARCASTIQUE, Se poussant entre le Monsieur et le Monsieur qui prend
des notes. — Aux Champs-Elysées, par exemplel... Ça m'intéresserait de parler avec vous de la question des logements.
La MARCHANDE DE FLEURS fombant dans
une méditation mélancolique, sur son pa-
nier et se parlant tristement à elle-même | en s’asseyant sur le trottoir. — J’sis une
honnête fille, moi, j’peux l’direl!
LE SPECTATEUR SARCASTIQUE, sans faire attention à elle. — Et savez-vous d'où je
viens, moi?
LE MoxsIEUR QUI PREND DES NOTES. — Montmartre.
LE SPECTATEUR SARCASTIQUE, ahuri. — Qui dit le contraire? Que je sois DAPAURe Maïs vous savez tout, vous!
LA MARCHANDE DE FLEURS, continuant à
nourrir sa croyance dans le tort qu'on luia fait. — Y n’a pas le droit de fourrer. son
blair dans mes affaires.
LE SPECTATEUR, & la marchande. — Ben sûr qu'y ne l’a pas. Supportez pas Ça de
lui. (Au Monsieur qui prend des notes.)
Dites donc, de quel droit que vous savez ce qui regarde les gens qui n’ont jamais eu
d’affaires avec vous? Ous qu’elle est votre
autorisation ?
PLUSIEURS SPECTATEURS, enCOUEUYES par
celte apparence de légalité. — Oui... ce est
elle votre autorisation? | La MARCHANDE DE FLEURS. — Je m’ en #-
| che de c’qu’'y dit. J’veux Pia avoir de rap- | “ Eh ben, c’est du joli, |
IpoTés avec sa pomme
je SPECTATEUR. - —— Nous prenez-vous pour "5 la boue? Pas de danger que vous pre-
niez ces libertès avec un monsieur! :
Lx SPECTATEUR SARCASTIQUE. — Bien : vrai, çal… Dites-lui d’où il vient, lui, puis. que vous tenez à dire la bonne aventure.
Le SPECTATEUR QUI PREND DES NOTES...
k | Angers, Poitiers, Paris et l'Inde.
! LE MonsIEUR. —
ee Tout à fait exact. (Rire général)
DIVERS SPECTATEURS. — Il sait tout.
L’avez-vous entendu dire au bourgeois d’où il vient?
Le Monsïeur, au Monsieur qui prend des notes. — Pardon, monsieur, mais faites- . vous cela dans un music-hall, comme métier ? LE MONSIEUR QUI PREND DES NOTES. — Jy ai déjà songé... Peut-être le ferai-je un
jour.
(La pluie a cessé. Les personnes qui sont en dehors du Josne commencent à s'en
aller.) La MARCHANDE DE FLEURS, encouragée
par la sympathie publique. — Ben sûr que
cest pas un mossieu comme y faut pour
s’mélanger ainsi des affaires d’une pauv’ fille.
CLARA, perdant patience, se fraye avec
violence un chemin pour arriver sur le devant et bouscule le monsieur qui se retire poliment de l’autre côté du pilier. — Que peut bien faire Fred? Je vais certainement
‘attraper une pneumonie si je reste plus
longtemps dans ce courant d’air.
LE MoNsIEUR QUI PREND DES NOTES, — Quartier de l’Hôtel de Ville.
CLARA, avec colère. — Je vous prie de
garder pour vous vos remarques impertinentes.
Le MonstœuRr QUI PREND DES NOTES. —
. Jai donc parlé tout haut? Je n’en avais pas l'intention. Je vous demande pardon.
Votre mère est de Carcassonne. Elle, il ny a pas à se tromper.
LA MÈRE, s’avançant entre sa fille et le Monsieur qui prend des notes. — Comme c’est curieux. J’ai été élevée dans la pension de la Grosse-Dame, près de Carcassonne.
LE MONSIEUR QUI PREND DES NOTES, riant bruyamment. — Ha! Ha! Ha! Quel drôle
de nom! Pardon. (A la Fille.) Vous dési-
rez un taxi, mademoiselle? 1
CLARA, — Ne me parlez pas, je vous en prie! (Elle se retire avec hauteur à l'arrière du porche.)
LA MÈRE. — Oh! Clara, Clara! Je t'en.
priel!.… (Au Monsieur qui prend des notes.) Nous vous serions très reconnaissantes, monsieur, si vous pouviez nous procurer une voiture. (Le Monsieur qui prend des notes lire un sifflet.) Merci, monsieur. (Elle
pa rejoindre sa fille. Le Monsieur qui Lire,
strident.) h jt Le “SPECTATEUR |
cupée äe ses stat ients He pas le droit de m'enlever na Li
moi que pour une dame, na Le MONSIEUR QUI PREND DES TE Je ne sais pas si vous l'avez rem “e
viron. | LE SPECTATEUR. — fc Pourquoi que vous poire pas ‘dit alors? Et nous qui perdons not écouter vos cn qe s 'éloig droite.) ju :