OS A
vie d’chien, d’où qu’vous la regarun qui lmérite pas, v'à mon
née je vois qu’il faut lui ne de ans
e a. Livre dessus dans aura pas un sou de reste lundi.
sie Hater comme si jPavais
Val en dépenser deux et p'bêt’ que
vie
n dr quur “in ae pas e? J'aime mieux arrêter les
ee jsois ae avec elle. Faut ne des cadeaux. Faut que ÿly ques, qe c? en est une bonte!.…
lle ile ut ne val... na à 18 Qt CDR one Se
Us auf mes- Rest du, rai- ” mieux vaut que c’est elle.qui regrette, pace que vous, v’s êtes un homme, et qu’elle c’est une femme qui sait pas comment êt’ hewu-
en AE a us Pexpérience. si vous Pfaites pas, vous l’regrettera après. Et si vous l’fai-
tes, c’est elle qui le regrettera après. Mais
reuse, de quéque façon qu’elle s’y prenne, Hamon, à Latour. — Si nous continuons à écouter cet homme une minute de plus, ire va plus nous rester aucune conviction. (4 Coiombe.) Cent francs, avez-vous ait, n’estce pas? (I tire son portefeuille.) CoLomBe. — C’que vous êtes OA patron!
HAMON. — Vous êtes bien sûr de ne pas en vouloir deux cents?
CoLomBE. — Pas c’te NECE patron...
aut” fois. (ie HaAMoON, lui francs. — Tenez.
COLOMBE. — Merci, patron! Au revoir. | (Il se dirige en hâte vers la porte, anxieux
de s’en ailer avec son butin. Âu moment où
il l’ouvre, il se trouve face à face avec sa
fille, vêtue d’un kimono japonais, lavée et
peignée au point de n'en être plus recon- | ls naissable. Mme Poire l'accompagne. Il s’écarte de son chemin d’un air de re
Escusez, mamsellel!
Lisa. — C'te bonne blague... Tu reconpais pas ta fille?
CoLomee. — Nom de Dieul C’est Elisa!
Hamon. — Comment! C’est eile, ca LATOUR. — Sapristil ELisA. — J'ai ty l'air nigaud?. | Hamon. — Nigaud? (ei Mme Porrs, de la porte. — Je vous en
prie, monsieur, pas un mot qui puisse ren-
dre cette enfant vaine de sa personne.
HAMON, consciencieusement, à Mme Poire.
— Ah! Bon,
blement nigaud!
. Mme Poires. — Je vous en prie, monsieur.
HaMoN, se reprenant. — Je voulais dire,
extrêmement nigaud.
Lisa. — Avec mon chapeau, j'aurai l'air de tout à fait bien. (Elle prend son chapeau sur |.
le piano, le met sur sa tête et marche par la
chambre en se donnant des airs élégants, puis elle s’assied sur la banquette du piano)
Hamon. — Sacristil Une nouvelle model...
Et dire qu’on devrait la trouver horrible.
CoLomBE, avec un orgueil de père. — Eh ben, j'aurais jamais cru qu’une fois nettoyée,
on
tendant un billet de cent.
bon! (A Elisa.) Oh oui, re
elle aurait été aussi jolie que ça. Pas vrai,
patron, qu’elle m’fait honneur ?
Lisa. — J’vous dis qu’c’est facile de s net- A ‘ \ toyer ici. D’la flotte chaude et d’la flotte ji
froide au robinet, tant qu’on veut. Et des servieites comme d’la laine, et un porte-ser-
viettes si chaud qu’ea brûle les doigts! Et
des brosses douces pour s’laver et un bol en
bois avec du savon qui sent comme les pri-
mevères.. J’sais maini’nant pourquoi que les
sa | 16
NS NE aNl A HR JE s w :
1 TSI A) } NUL : { F s 0 ? te \ LT RU
A c'est si s0 S’laver, c out un MU Fibre
| plaisir pour elles. J’voudrais ben qu’elles veient c'que c’est pour les ceuss comme
moil RTE
HAMON. — Je suis heureux que la salle de :
bain ait votre approbation.
… Lisa. — Pas vrail Elle l’a pas foute entière
et jÿm’en fiche qui mlentend dire. Mme ie Poire le sais, elle.
Hamon, à Mme Poire. — : Que c’est-il passé?
Mme Poire. — Oh rien, Dose C est
| sans importance.
Lisa, — C’que j'ai eu envie d’la our.
J'savais pu d’quel côté regarder. Mais j'ai ! pendu une serviette devant, na!
Hamox. — Devant quoi?
Mme Poire. — Devant la glace, monsieur.
Hamon. — Ah, Colombe, vous avez élevé
votre fille avec trop d’étroitesse.
CoLomBE, — Moi! Mais j'l’ai point élevée | du tout, sauf en lui donnant de temps à aut’ des fessées avec le martinet. Faut pas mett ça su’mon dos, patron... Elle a pas l’habitude de ça voyez-vous et v’là tout. Mais soyez tranquille, elle attrapera ben vite vos mauières libres et sans gêne.
Lisa. — J'suis une honnête fille, moi! Et
j'veux pas attraper des manières lib’ et sans pue
Hamon. — Ecoutez, Elisa, si vous dites encore une fois que vous êtes une honnête fille, votre père vous emmène à l'instant.
ErzisA. — Oh là là! Vous connaissez pas
mon père! C’qu’y voulait, c’était tout bon-
nement toucher un peu de galette pour se saouler.
CoLoMBE. — Eh ben, après 2... Pourquoi
a que j’voudrais d’la galette, alors? Pour mett’
dans l’piateau, à l’église, peut-êt’? Sacrédié, me sers pas d’tes discours! Et qui j't’entends
AU pas en faire à ce mossieu, ou t'auras de mes
souvelles, c’est moi qui te l’dis!.… T’entends!
HAMoN. — Avez-vous d’autres conseils à .
lui donner avant de vous en aller? Votre
bénédiction, par exemple?
CozoMeEe. — Non, patron... J’suis pas assez
mue pour mett’ mes gosses au courant de tout c'que j’sais. C’est ben assez dur de les tenir sans ça, allez! Si vous voulez amélio-
rer l'esprit d’Elisa, patron, eh ben, faites-le
vous-même... avec un martinet, la bonne façon.… À vous r’voir m'sieus!
. Hamon, d’un ton important. — Attendez!
Vous viendrez régulièrement voir votre fille, - C’est votre devoir, vous entendez! Mon frère
“est curé et il pourra vous aider dans vos
eonversations avec elle,
COLOMBE, évasivement.
que j’viendrai, patron, certainement. Pas €’te semaine, pace que j'ai d'l’ouvrage à une p'tite distance, mais pus tard, vous pouyez cempier su’moi pour sur. À vous r’voir … sieus. (ZI sort suivi de Mme Poire.)
jte avoir cu ne ReUe à la but
‘une qui vous En les ‘abattis.
— Certainement
vous, Elisa? $ ns : ELISA rh Moi non à plus.
UE — C’est dau À d'la hou d'la poche des NT la met.
Dao — Je crois qu il aus I tendre que nous vous ayons trouvé ne toi lette véritablement à la mode. Ar
HAMON. — D'ailleurs, vous ne ve dédaigner vos anciennes amies, parc maintenant vous vous êtes un Re ;
vous n appellerez pus ca us amie nant. Elles s’en sont assez souve avec leurs moqueries à mon regard quai elles en avaient l’occasion, maint’nan
à mon tour d’m’en donner un peu.
me mett’ au pieu, ds Et is e j'mets le jour. Cest ben du BASES
Mme POoIRE, réapparaissant.
USA. Toutes vos affaires neuve vées, Venez les essayer.
Lisa. — Oiroï-oi-oi-oïl œue 1 dehors.) de di Mme PoïrE, la suivant. — - Ne coure
rière elle.) d Hamon. — La es sera dure -Larour. — Oui, je le crains!
rt,
Rue Lu
ous tene: ;
SJ
. consternée. — Toil.… Que ; aujourd’hui? C'est mon
tourne vivement chez toi.
— de de sais, ma-
de conversation banale!
dut 1à phonétique.
— Inutile, ‘chéri... Je le rene puis pas saisir tes voyelue jaime à recevoir tes Ur
je dos php mur,en pan uit en ae de vous ee Re la porte à votre droite, dans le mur, près du coin le plus éloigné. a té à élevée selon les idées de William Morris et Burne Jones. 8
C ie ji ces on Costes à la Rosdité, qui n trutités par des se 2 : Ress. corduisirent aux absurdités de besthétisme PopHiqe de ke
L. ile coin net lement opposé à la porte. Mme Hanoi cal assise eat nn ureau. Elle a passé la soixantaine et depuis longtemps elle ne songe plus a. A (1 n dehors de la mode. Sa table-bureau est d’une élégante simplicité et un | on. dl sonnette est à sa portée. Une chaise Chippendale est plus loin en arrière, < l amon ef la fenêtre la plus proche. De l’autre côté, un peu en avant, une. d'Elisabeth, assez AURA onent sculptée, dans le goût Re Jones, de
de A heures de laprésmidi. La porte s'ouvre violemment el Hamon
ï Oh! tu crois Hs to.
être embêté par des jeunes femmes, moil..
Pour moi, vois-tu, la femme qu’on peut at | \
mer, c’est une femme dans ton. genre, | aussi ie pareille à toi qu’il est possible. Jamais jene
mes. I y a des habitudes trop enracinées
qui l'en ai priée. ARR SEE RON EN SAR TES ü 4 F
Er h MES
Mme HAMON. — Tu viens me dire que c’ en était un. Lune
HaAMon. — Non, pas pour oi J'ai me cs nassé une jeune fille. | Eng
Mme Hamon. — Tu veux dire qu une jeune fille t'a ramassé.
HAMoN. — Non, non, pas un tout!... D’ail
leurs, je ne veux Das. PAPE d’une aventure de
d'amour. no Mme HAMoON. — C’est bien dommage. “ Ch HAMON. — Pourquoi, diable?
Mme HAMoN. — Jamais tu ne deviens amoureux de femmes au-dessous de 45 ans. ; Quand donc découvriras-tu qu'il y a de par le monde, de jolies jeunes femmes? Ro
HAMON. — Ah, mais non! Je ne veux pas
pourrai m’habituer à aimer des jeunes fem-
pour qu’on les change. D'ailleurs, les jeu. | :
nes femmes sont toutes idiotes. de Mme HAMON. — Ÿ compris ta jeune fille?
HAMoN. — Naturellement. Elle va venir.
te voir. PNR Mme Hamon. — Je ne me souviens pas de. : du.
Yen avoir priée. | 7 A : HAMON, —— Evidemment puisque C 'est moi
Mme HAMON. — Vraiment. Et di |
Hamon, se levant et se mettant à marcher par le salon, tout en faisant tinter son argent
et ses clefs dans les poches de son pantalon.
— Voilà, c’est une vulgaire marchande de fleurs que j'ai ramassée sur le trottoir.
.. Mme Hamon. — Et tu l’as invitée à mon li jour de réception?
. Hamon. — Bah! Ça n’a pas d'importance.
Je lui ai appris à parler comme il faut et
elle a recu des ordres stricts au sujet de sa conduite. Elle doit s’en tenir à deux sujets : Île temps et la santé de chacun. Beau temps,
comment vous portez-vous? Enfin, tu vois.
Elle ne doit pas se laisser entraîner à parler de choses en général. Ce sera prudent.
Mme HaAMoN. — Prudentl!… De parler de notre santé! de l’intérieur de nos corps? et de l'extérieur aussil. Mais tu es fou, mon pauvre Henry!
HAMON. — Pourtant il faut bien qu’elle parle de quelque chose... (ZI se rassied.) Oh, elle sera très bien, tu verras. Ne t’inquiète pas. Latour s’en occupe avec moi, J’ai quasi parié qu’en six mois, je la ferais passer pour une duchesse, J’ai commencé il y a quelques
mois, et elle a fait des progrès aussi rapides
que le feu dans un atelier de menuiseriel..
Je gagnerai mon pari. Elle a l'oreille très
fine, et il m’a été plus facile de l’enseigner
que d’enseigner mes élèves bourgeois, parce qu’elle a eu à apprendre une langue complétement nouvelle. Elle parle le français presque comme tu parles l'anglais.
Mme HAMoN. — Alors, tu dois être
content.
Hamon. — Oui et non.
Mme HaAMon. — Comment?
Hamon. — Evidemment, j’ai obtenu une excellente prononciation, mais il y a à considérer non seulement comment une jeune
file prononce mais encore les mots qu’elle prononce. Et voilà où... (1{s sont interrom-
pus par la femme de chambre annonçant
des visiteurs.)
LA FEMME DE CHAMBRE. — Mme et Mile de
Jolimont. (Elle se retire.)
HaAMoN. — Oh! Sacré bon Dieul (11 se lève de très mauvaise humeur.)
(Mme et Mlle de Jolimont sont la mère et la fille qui se sont abritées contre la pluie, le même soir que Hamon. La mère est une femme bien élevée, tranquille, et qui a cet air habituel d’anxiété, que donne une gêne constante. La fille, elle, a acquis l'air gai de la femme qui se sent dans le monde comme
chez elle; la bravade de la pauvreté en
| grande toilette.) . Mme pr JOLIMONT, à Mme Hamon en lui serrant la main. — Bonjour, chère madame.
Mlle DE JoLIMoONT. — Vous allez bien?
(Elles se serrent la main.)
DU EE monsieur.
familiarité pleine de rence lez bien? .
“ moindre. idée, mais jai pra entend
N'y faites pas attention.
Nous vous gênons?
We D è CE RÉ TAQE PS #
‘Mme, Hamon,
Henry.
Mme DE JOLIMONT. — Votre sal
At # HU présentant.
AE
HAMON, d’un air Len fTbDne .. ne ï aucun mouvement dans sa direction.
chanté! (1l salue avec brusquerie.) 4
Mile DE JOLIMONT, s’avançant vers lui &
HAMON, la regardant fiement
tre voix, c’est sûr. Bah! Ça n'a pa portance. (IT s’assied, ayant Pair d qu’elles s’en aillent.) { Mme Hamon. — Je. regrette de mais mon fils a des manières dé
Mlle DE JOLIMONT, gaiement. ut | (Elle s’assied sur le canapé) re Mme DE JOLIMONT, un peu éffarée. — — du tout! (Elle s’assied sur le canapé fille et Mme Hamon, qui, avec sa Roues le dos à sa table-bureau.) ni
ment allez-vous? Le Mme HAMON. — - Eñchantée’ ae à
peu la Chaise Chpt) enire à me à le limont et Hamon. ) à ;
nous venions? Fe HAMON. — Nous se sacré bon Dieu!
ment! :
Mme DE A Po se levant
Mme HAMON, la His se rass.
trer une de nos amies. :
HAMON. — C'est vrai, parie Ne
Mie Hamon. — Con AEne va?
Mme Hamon. — Vous êtes 4
d’être venu. (Présentant.) Le colo FREn, s’inclinant. — Comment va Mme HAMON. — Je ne crois pas
comme s s’il avait af- - Je vous ai ae vu
ion (Il ar une is à Fred et le lance presque leuil Elisabethéen, puis il se lourdement sur le canapé, elt- Fe de Jolimont.) |
Æ - Ab, Henry! si tu es la vie à s réunions de la Société des , dans les circonstances
ou M EN) Mais c’est que parolel.…. (Riant DEAN )
Joumowr, qu considère Hamon ait de votre avis. Moi non plus, parler de rien.
tre Les et Ja ce que l’on
re — Mais pourquo Le —— hi ne. Mais re
Fr mettre fin : toute à Ne pensez-vous qu’il serait vraiment Hs # sois QUraes de dire en €
? us uns est-ce que nous ne pas is Line ou moins, des sauva-.
même pas la nt de Gi oo Que connais-
de n importe
2sse | quoi? - — - Que ‘diable. vous imaginez-vous que | lamon. nl Com À |
de prononciation el avec une grande beauté de ton. — Bonjour, madame, comment allez-
vais venir Vous voir.
Ah! si au moins .
partout. Ré
je connaisse de la philosophie, moi?
Mme.HAMON, énormément amusée. — Et is des bonnes manières, n’est-ce pas, Henry? Au
(La femme de chambre revient, introdui- is sant Elisa, qui est habillée de façon exquise
et produit l'impression d’é être une pese reaan belle et distinguée.)
LA FEMME DE CHAMBRE. — Mademoiselle Colombe. (Elle se retire.) \ .
(Les messieurs se lèvent. Mme Han.
aussi. Hamon quitte sa place, prend Elisa sous sa garde et lamène.à sa mére) 0 |)
Hamon. — La voici, maman. ({l se met sur 1 le bord de la table-bureau, mi- debout, io:
assis, pour surveiller Elisa.)
Lisa, parlant avec une correction pédante F
vous? Monsieur Hamon m'a dit que je po
Mme HAMoN, l’admirant franchement. — de ji Parfait. Je suis vraiment heureuse de vous. RU REN
voir.
Latour. — Comment allez-vous, made a À moiselle ? | | Aa EisA, lui donnant une poignée de mains.
— Le colonel Latour, n’est-ce pas? Dre Mme DE JOLIMONT. — Je vous ai déjà ren- Ne contrée, mademoiselle, je suis sûre. Je me ot rappelle vos yeux. De Lisa. — Comment allez-vous? (Elle s’assied avec grâce sur le canapé, à la piae Pa occupée par Hamon.) ni FRED. — J'ai certainement déjà eu de À io plaisir... oi HAMON, se redressant tout à coup. — No A d’un chien! Je me rappelle maintenant...
(Tous le regardent avec ébahissement.) de Quelle kistoire embêtantel ea Mme HAMON. — Henryl... Je t’en priel Gen veut de nouveau s'appuyer sur la table- 0 bureau.) Non, non, ne t’assieds pas sur mon bureau, tu vas le casser. Re HAMON. — Pardon. (Jl vas asseoir sur le canapé, à l'écart, comme s'il n'en pouvait plus) :
Mme HAMoN, sur le fon de h conversation.
\ — Pensez-vous qu’il pleuve aujourd’hui?
Lisa. — La basse dépression qui règne ur l’Ouest de ce pays va probablement se :
ger lentement vers l’Est. Mais rien n’ine un re changement de nu que
Crevant!
JOLIMONT. — Pespère qu’il ne va
id. ! y a tellement d’influenza ulièrement, chaque printemps,
cela fait le tour de toute la famille, Lisa. — Ma Ne est morte de l’influenza:
Mme D:
pas faire
Mme Hamon. — On lui a fait son affaire?
Lisa. — Ouiii! Dieu merci! Pourquoi se-
é rait-elle morte de l'influenza? L'année
d’ayant, elle s'était tirée saine et sauve de la diphtérie. Je lai vue, de mes propres
yeux vue. Elle était toute bleue; oui, oui, foute bleue. Tout le monde croyait qu elle était morte, Mais mon père, lui, il n’a pas
cessé de lui verser dans la gorge de l’eau-de-
vie, à pleines cuillerées, jusqu’à ce qu’elle
revienne à elle tout d’un coup, Si soudainement qu'elle a cassé avec ses dents le bout de la cuiller... Voyons, est-ce qu’une femme
de cette force-là s’en irait mourir de Pin- |
fluenza?… Et qu ’est devenu son chapeau de
paille neuf qui aurait dû me revenir? Quelqu’un l’a pigé, et ce que je dis, c’est que ceux qui l'ont pigé lui ont fait son affaire.
Mme DE JoLIMONT. — Lui faire son affaire? Qu'est-ce que cela signifie?
HAMON, a
ontore de dire des riens. Faire son af-
faire à une personne, cela veut dire la tuer.
Mme DE JOLIMONT, avec inquiétude, à
Elisa. — Croyez-vous réellement que votre
tante ait été tuée?
Lisa. — Mon œil, peut-être!… Ceux avec
ui elle vivait l’auraient tuée pour une épingle à chapeau, sans a y ait même de
chapeau.
Mme DE Joumonr. __ Mais ce n’était pas bien de la part de votre père de lui verser
æ&insi de l’eau-de-vie dans la gorge. I aurait | pu la tuer,
Lisa. — Ah non, alors! Pour elle, l’eau-devie, c'était comme le lait maternel, Et puis,
‘ji. en avait déjà tant versé dans sa gorge,
quil savait bien ce que ça faisait.
Mme DE JOLIMONT.
qu'il buvait?
Lisa, — S'il buvait! Ma bel < chronique.
Mme DE JOLIMONT. — Ce devait être af-
freux pour vous.
Lisa. — Oh non, pas du tout. D’après ce que j'ai pu voir ça ne lui a jamais fait de.
mal. Mais il faut dire qu’il le faisait pas ré-
; gulièrement. Des bordées de temps à autres comme vous diriez. Il était toujours plus
gentil quand il avait bu sa goutte. Quand il était sans ouvrage, maman lui donnait toujours quelques sous pour l'envoyer boire en
lui disant de ne rentrer que quand il urait |
assez bu pour être gai et amoureux../Il y a des tas de femmes qui font boire ainsi leur mari pour pouvoir mieux vivre ayec eux...
Gest comme ça vous savez. Si un homme a un bout de conscience, c’est toujours quand äl est à jeun que ca lui prend, et alors, ça le <émolit. Un peu d'ivresse le remet sur pieds et * est tout heureux... (A At gi se tord
Ù du moins, on FA prétendu. Mais moi, je cols qu'on lui a fait son affaire à la vieille.
avec hâte. — Oh! c’est la nouvelle
— Vous voulez dire
c'était
faut que je parte. es mess sis rs. se level
— Au revoir, tout le monde.
mais personne.
passe tout. N’êtes-vous, pi de,
‘ sur le gaillard d’avart d’un navire.
très pes Je trouve tout a
que jai dit quelque chose 1 | pas dû dire?
Mme HAMON, 5 s'interposant.
pas du tout, mademoiselle. | BRUT ——
Hamon excepté. Fred va
chantée de vous avoir vus. 2
serre la main de Mme Hamon.) A Mme HAMON. — Au revoir. He Lisa. — Au revoir, colonel.
LATOUR. — Au revoir, ae Lisa, faisant un signe. de tête aux
FRED, lui ouvrant la porte. - de à pied, mademoiselle ?.. Si oui... (ae | ni " |
ot chancelle. Hamon È aaisse » sur lei
ne peux pas m'habituer aux nouv nières. | CLaRa. 50 Mais elles sont très | j)
vieux “jeu, on va croire que nous mais nulle part et que nous
Mme DE JOLIMONT. — C’est possible Sois très vieux jeu, mais se Clar
pression-là. Mainténant je suis Hal ‘entendre pe qe ones comm!
gaire, ie te Pai déià dit. Mais ce cn
colon el?
LATOUR. — Ne me le deman
a. que st je me deal suis assis dans un salon comme il
CLARA. — - Question d'habitude, ç rien dire en l'employant.. Et c' Mer :
nal et cela donne une emphase si à des choses qui, en elles-mêmes,
de He des riens. | À [ ER UOSA de Mme DE Touonr, se : levant.
Oui oui, très. ent Je
€ femme a a été élevée due un nn et ee if) De. peut pas comprendre pourquoi ses en-. fants, qui sont sans éducation et sans. for- di tune, ne sont invités pulle part. Pourquoi a des gens qui vivent dans un quartier pe Es | vre, avec une simple femme de ménage, et.
4,000 francs par an, se font-ils appeler « de. ; Jotimont! » et se donnent-ils l'air d’en avoir cent mille? (Elle s’assied à la place Et.
Latour s’assied dans le fauteuil que vient de. : quitter. Mme Hamon. Hamon s’'assied sur. le + canapé, à gauche de sa mère.) | HaAmMoN. — El bien! Trouves- tu. Elise présentable? do le : Mme HaAMoN. — Quel D tu FN ù ne bêtise bien emmer- Mais voyons, il est de toute évidence qu elle | n’est pas du tout présentable. Elle est ur pou de ton art et de celui de sa couturière! mais si tu crois un seul instant qu’elle ne se trahit pas dans chacune de ses phrases, tu es absolument aveugle à son. * su eh) | / I oi (1 ne con- LATOUR. — Croyez-vous qu’on puisse ar | ce Mme Hamon, river à en faire quelque chose? Je Veux près de ne de dire: croyez-vous qu’on puisse éliminer l'élément soldatesque de sa conversation?
Mme Hamon. — Non, tant qu’elle sera em tre les mains d’Henry. - . HAMoON. — Veux-tu dire que mon lngsee n’est pas convenable? | Mme Hamon. — Non, mon amil.…. nl serait tout à fait convenable, mettons dans un bar, è mais pas dans la bouche d’Elisa, à une gere ue den party. | A HAMON, blessé. — Sacristil.. te LATOUR, l'interrompant. — Voyons, Ha- A mon... apprenez à vous connaître vousmême. Je n’ai plus entendu un langage comme le vôtre depuis le temps où je pas-.
sais la revue des soldats, il y a 20 anse Hamon. — Oh! si, vous aussi, vous patles omme ça! Dame, je ne pense pas que 1 te toujours comme un évêque. ti Mme HAMON. — Dites-moi donc, es | comment les choses se passent exactement chez mon fils? : | LATOUR, fout joyeux, comme si cela FE | geait complètement le sujet. — Eh bien, je suis venu | habiter avec Henry. Nous travail lons ensemble à mes dialectes hindous et ‘Li nous trouvons plus commode... us 1 Mme HAMON. — Oui, oui, je sais tout cela.
. M RE bpyant que C'est un excellent arrangement, Mais cette des, lui prend la main jeune fille, où habite-t- elle? NV ee pce pue jean la HAMON. — Avec nous, naturellement. où
habiterait- Nr manon?
* (TER j
Est-ce une ane Cu bien, qu ou à
LATOUR, lentement. — Ah, je crois comprendre ce que vous voulez dire! madame.
Hamon. — Sacré bon Dieul Que je sois
pendu si je comprends, moil.… Voilà des mois que je travaille cette jeune fille, tous les
. jours, pour en arriver au point où elle est
maintenant. D'ailleurs, elle se rend utile.
Elle sait où se trouvent mes affaires, elle se
souvient de mes rendez-vous, etc.
Mme Hamon. — Comment ta femme de charge s’entend-elle avec elie?
HAMoON. — Mme Poire? Oh, elle est diablement contente d’être soulagée comme ça, car avant l’arrivée d’Elisa, c'était elle qui devait me trouver mes affaires et se rappeler mes rendez-vous... Mais au sujet d’Eiisa, je crois vraiment qu’elle a une araignée
dans le plafond. Tout le temps, elle me ré-
pète : « Vous ne réfléchissez pas, monsieur », n’est-ce pas Latour?
Latour. — Oui, c’est la formule : « Vous pe réfléchissez pas, monsieur »… C’est là la conclusion de toutes ses conversations au sujet d’Elisa.
Hamon. — Comme si je m’arrêtais jamais de réfléchir à cette fille, à ses sacrées voyelles et à ses diables de consonnes. Je suis crevé d’y réfléchir, de surveiller ses lèvres et ses dents et sa langue, sans parler de son âme, qui est la chose la plus drôle de tout le tas.
Mme Hamon. — Eh bien, en vérité, vous êtes tous les deux de grands bébés qui jouent avec une poupée vivante.
Hamon. — Nous, nous jouons! Mais c’est
le travail le plus dur que j'aie jamais fait. Ne ty trompe pas, maman. Mais c’est intéressant, oh oui, tu n’as pas d’idée comme c’est intéressant, de prendre un être humain et de le transformer, en lui créant un nouveau langage, en un autre être humain absolument différent du premier... C'est vraiment
combler le gouffre si profond qui sépare
les classes,
Larour, avançant sa chaïse plus près de Mme Hamon et se penchant avec vivacité pers elle. — Oui, oui, c’est colossalement intéressant. Je vous assure, madame, que nous prenons Elisa très au sérieux. Toutes les se-
maines, je pourrais presque dire tous les
jours, il y a queïque changement... (Plus prés encore.) Nous enregistrons chaque étape et nous en gardons le témoignage : des douzaines de disques de gramophones et de
photographies...
HAMON, assaillant Mme Hamon du côté de son autre oreille. — Oui, pardieul.… C’est
l’expérience la plus absorbante que j’aie jamais entreprise. Elle remplit véritablement Ros existences, pas vrai, Latour?
Larour. — Nous ne faisons plus ‘que de de: dElisa.
Mme Hamon. - - Comment A
semble, de chaque Lois FE ME Ils parlent “noie HRNuES
LATOUR. — est un génie. Elle sait :
admirablement du piano.
HAMON. — toutes les espèces de.
possibles qu’un être humain peut pro LaTOUR. — Nous l'avons menée à des
Hamon. — .…Dialecte és pays les divers, de l'Afrique, cliquetis…. | LATOUR. — halls, c’est roue par il elle, car elle joue... # Hamon. — .…hottentot, un Le de cha qu’il m’a fallu des années pour saisir LATOuUR. — tout ce qu’elle entend, tôt qu’elle rentre à la maison, que ce HAMON. — elle les saisit ha à
du Lénars ou de l’Oscar Strauss... a) HAMON. — ….fait que ça toute sa:
“un ao se bouchant les oreille ses doigts, étant donné qu'ils font un intolérable, car ils crient maintenant mieux mieux.) CHI Ch! Ch! vai üis rétent.) ao
LATOUR. — Excusez-moi, Hadane € cule sa chaise jusqu’à la table-bureau.
HAMON. — Pardon, maman. Mais ( Latour se met à crier, plus personne ne placer un mot. eur
Mie Hamon. — Tais-toi, He | moi, colonel, n’avez-vous pas compris lorsque Elisa est entrée chez ue que chose est entré avec elle?
LATOUR. — Oui, oui, son père, mais a eu vite fait de s’en débarrasser.
Mme HAMON. — I eût été plus
pas sa mère, ce fut autre chose. “1 je Latour. — Mais quoi? al Mme Hamon. — Un problème, None LarTour. — Ah, oui, je vois. Le p
de savoir comment la faire pass )
fille distinguée. R pi . HAMON. - Je Je > résoudrai es
: don
si sage du nt A nt ot LATOUR. — ‘Oh oui... Ses remarques se. A ront délicieuses. 1) Hamon. — Et quand n nous serons rentré ii elle imitera tous les types qu'on aura ren ch | contrés. Un ù } | | LATOUR. — Crevant! (On les pou rire ‘tous les deux perdant qu ils. ferment la | porte) Mme HAMON. — Ahl les hommes! les bon.
mes! les hommes ! ! ! (Elle reprend sa nos devant da RRIE RUNERRE
ne laboratoire,
A | Hamon, pan Latour qui ét en or |
4 Dites donc, Latour, voulez-vous fermer la jette avec les. | A elef? Je ne ressortirai plus.
.! LATOUR. — Bien. Mme Poire peut der U se coucher, n'est-ce pas? Nous n’avons s plus | besoin de rien, hein ?
HAMON. — Non, sacristil!
(Elisa ouvre la porte, tourne le BoMIGA de.
la lumière électrique et s'avance dans la ei pièce. Elle porte un manteau de soirée el est. | vétue d'une magnifique robe de soirée, avec des diamants, un éventail, des leurs, et | djous les accessoires nécessaires. Elle est fa-
déiguée. Sa pâleur contraste fortement avec
de noir de ses yeux et de ses cheveux. Son
| eæpression est presque tragique. Elle se dé- barrasse de son manteau, dépose son éven-
fail et ses fleurs sur le piano.et s’assied sur
ee banquette, silencieuse et méditative.
: HAMON, en habit de soirée, avec un par-
1 ne et un chapeau, entre. Il enlève son chapeau et son pardessus, les jette négli- ie gemment sur le porte-journaux et se jette
lui-même négligemment sur le pouce près
. HAMON. — Tant pis! Demain matin, elle Les raagera bien. Elle croira Aro nous avions bu.
de la cheminée,
. Latour entre. Il est vétu comme Hamon.
il enlève aussi son chapeau et son pardessus
ei va pour les jeter sur ceux de Hamon, ie quand il hésite.
Larour. — Dites donc, Hate Poire va
faire du tapage si nous laissons nos affaires traîner dans le laboratoire.
LATOUR. — C’est vrai. , Nous avons un pes
| ! bu... Y a-t-il des lettres?
HAMoN. — Je n’ai pas regardé... (Latour
prend les pardessus et les chapeaux et les
descend. Hamon, moitié bâillant, moitié chantant, fait entendre un air de la « Fille
du Régiment ». Soudain, il s'arrête pour s’écrier.) Où diable sont mes pantoufles?
(Elisa le regarde d’un air sombre, puis elle se lève brusquement et quitte la chambre. Hamon bâille à nouveau et reprend sa
chanson. Latour revient avec le contenu de &a boîte aux leitres. dans la main.)
LATOUR. — Rien que des circulaires et ce
billet doux, avec une couronne comtale,
pour vous. (Jl jette les circulaires dans le garde-feu et se poste devant la cheminée, le des à la Grille) PU
HAMON, jetant un regard sur le billet
chez Hamon. Minuit Personne .
pis, | devant Hamon | sans un mot.)
jte Tiens!…. is voilà.
: tôt DRE,
| gné (votre : pari, on « Elsa K
ce pari, j'aurais tout envoyé
m'a assommé!
comme fout. o res minutes. Mais après, quand j'ai:
nous allions gagner haut la m.
comme un ours en case ë ; faire. Et le diner sn € ee “ ncor.
le le dis, Lai nr
à la routine sociale, mo
Hhed Une paitoufle les tee L
HAMON, abaïssant Les ete.
Larour, s’élirant. — 20 LE | ques
dans, et bien cncore,, hein? :
à dn us His Moi, M. Ma:
A avait pas du tout Pair re
A ; 1e ARE mais mortellement dégoûté…. Si
deux mois. Mon idée noi
nat
LATOUR. - — (Oh voyoust .
HAMON. — Oui, pendant du is
Ge
reprendra. N’en faut so
Hiethite L.
LATOUR. — LIN ous n avez
> de nt in faire un caté pour un ni in, je Drendrai du thé. (71 }.
a regarder d'un air fa-
ni sur un ton de colére risti! où diable ai-je fichu apparaît à la porte)
les pantoufles qui sont
ot les lui lançant l’une
à Le se ROUE