‹ PépinièresChapitre 30 sur 62 · VI. — Des boutures · texte numérisé non relu

VI. — Des boutures

On désigne sous le nom de bouture toute partie d'un végétal qui en est détaclièe, puis placée, suivant sa nature, dans certaines conditions pour la contraindre à émeltre des racines. Plusieurs parties des végétaux, quoique diflerentes entre elles, soit par leur nature, soit par l'étal où elles se trouvent dans le moment, c'est-à-dire suivant leurs divers degrés de végétation, peuvent produire des racines et servir ainsi à la multiplication, but de l'opération du bouturage; il y aura donc, suivant ces diverses circonstances, plusieurs genres de boutures, comme il y a plusieurs genres de semis.

Afin d'en rendre plus saisissables l'explication et la définition, nous divisons les boutures en trois catégories : la première comprendra les boutures faites avec des branches aoûtces; elle se subdivise elle-même pour former une section particulière, composée des boutures de végétaux à feuilles persistantes; la deuxième catégorie comprend les boutures faites avec des branches encore herbacées, soit à feuilles caduques, soit à feuilles persistantes; la troisième est formée des boutures faites avec des parties souterraines, ou boutures de racines.

I"* Catégorie. — Boutures d'arbres ou arbrisseaux à feuiltes

caduques.

Le procédé le plus communément employé entre tous les modes de bouturage consiste à détacher des rameaux dont le bois est aoûté^ et à les couper par tronçons de 10 à 20 centimètres de longueur, en ayant soin de pratiquer la coupe au-dessous d'un nœud, et de la faire aussi nette que possible. Les boutures ainsi taillées sont ensuite piquées dans une terre préparée à cet effet, et a[)p]'opriée à la nature des végétaux. On agit de même quant à l'exposition; les unes sont plantées en plein air et en plein soleil, d'autres à rom-

bre, dans des positions bien abritées : les espèces dont les racines se développent plus difficilement ont particulièrement besoin d'être mises dans ces dernières conditions. La saison propre au bouturage s'étend de la fin d'octobre, aussitôt après la chute des feuilles, jusqu'en janvier et février. Les espèces qui, n'étant qu'à demi rustiques, pourraient souffrir du froid pendant l'hiver, devront être placées sous des cloches; tels sont quelques Rosiers, Jasmins, Budleyas^ etc. Les espèces faciles à multiplier par ce procédé sont très-nombreuses ; nous signalons ici seulement les principales : ce sont les Artemisiay Biidleya^ Cornus^ Coronilla^ Cydonia, Deutzia, Diervillaj Elaeagnus, quelques Hypericum, Jasmins, Kœlreuteria, Lonicera^ Letjcesteria, Philadelphusj Platamis, Poptilus, Ribes^ Salix, Spirxay Sambueus (Sureau), Tnmarix, Vigne, etc. Certaines boutures sont parfois très-volumineuses, ce sont surtout celles de Saules et de Peupliers, dont on prend souvent pour cet usage des branches de 2 à 5 mètres ; on les appointe à l'aide de la serpe, par le bout le plus gros; puis, au moyen d'un pieu, soit en fer, soit en bois, l'on fait un trou dans lequel on introduit la bouture, puis on l'assujettit en rapprochant et comprimant la terre autour de son pied. Ce procédé, qui porte le nom de bouturage en plançons^ ne peut trouver son application que dans les lieux humides, et il n'y a guère que les Peupliers et les Saules qu'on soumette à ce mode de multiplication.

Ce qui précède s'applique à la multiplication des végétaux à feuilles caduques; ceux à feuilles persistantes se multiplient également de boutures ; mais, en raison de la persistance des feuilles, qui tiennent les plantes dans un état de végétation non interrompu, il leur faut des soins particuliers. Ces boutures doivent être faites à l'abri de l'air, afin d'empêcher l'èvaporalion des liquides contenus dans leur intérieur, ce qui occasionneniit infailliblement leur mort longtemps avant qu'elles aient eu le temps de former des racines. L'époque la plus convenable pour faire ce genre de bouture est l'au-

tomne, ou plutôt la fin de l'été, c'est-à-dire du 15 septembre au 15 octobre environ, lorsque les bourgeons de Tannée, qu'on emploie de préférence pour cet usage, sont suffisamment aoûtés, c'est-à-dire passés à l'état ligneux. Les espèces que Tou multiplie le plus ordinairement par ce procédé sont: VAucubajaponica, les Buis (Buxus), le Fusain du Japon (Evonymus japonica) et ses variétés, le Laurier-Amandier {Prunus LaurO'Cerasus) et ses variétés, le Laurier-Tin (FtburnumTiniLs),lesCotoneastery Pernettyay Erictty etc.

n* Catégorie. — Boutures faites avec des rameaux herbacH.

Le procédé pour faire les boutures de cette catégorie est exactement le même que le précédent, dont il ne diffère que parce qu'au lieu de prendre du bois aoùté, Ton détache, pour boutures des pousses encore tendres comme de l'herbe, d'où dérive leur nom de boutures herbacées. Ces boutures, lorsqu'elles sont préparées, sont plantées soit dans des pots, soit en pleine terre, sous des cloches dehors ou dans la serre àmultipUcalion. Quant aux espèces difficiles à muItipHer, on les soumet parfois à un traitement particulier. Voici en quoi il consiste : On active la végétation des plantes qu'on se propose de multiplier, en les plaçant dans une serre où l'élévation de la température ne tarde pas à faire développer les bourgeons, puis à mesure qu'ils sont jugés assez développés, ces bourgeons sont coupés et bouturés également dans la serre et sous cloche, où ils ne lardent pas à s'enraciner.

m* Càtégoiub. — Boutures faites avec tes parties souterrainet des plantes ou boutures de racines.

Ce moyen de multiplication est d'un usage assez fréquent; quelques espèces ne sont même jamais multipliées autrement : il consiste à couper les racines par tronçons de 8 à 12 centimètres de longueur qu'on plante soit en terre de bruyère, ainsi qu'on le fait pour les Itea^ Anona^ Chs^îiom^

les, Aralia, Laitims Sassafras, etc., soit en pleine terre ordinaire, comme cela se pratique pour les Trcoma radicans, Maclura, etc. Ces tronçons ou boutuies sont piqués, à l'aide du plantoir, dans une terre meuble, et recouverts de quelques centimètres d'autre, sur laquelle on étend un léger paillis de feuilles qui, en les préservant du contact du soleil, les maintient dans un état d'humidité nécessaire à leur développement. Parmi les espèces qui peuvent se multiplier par ce procédé, nous mentionnerons les Amijgdahcs nana, Anona, Aralia, Ailanihus, Chxnomeles, Diervilla Ixitea, Gui' landina, le Houblon, le Xanthorrhiia, quelques Spirada, les Itea^Kerria, Laiiriis Sassafras, Lyciiirriy Maclura, Paulownia, RhîLS, Kuhîis, Syririga (vulgairement Lilasj, plusieurs espèces de Solarium, Volkameria, Xanthoxylum, Rohinias, etc., etc. Pour multiplier des plantes de serre, la manière d*opérer est exactement la même; la seule diflérence consiste dans les soins; on fait ces boutures sous cloches dans la serre à multiplication; c'est ce que l'on fait pour les Dais cotinifoba, Bouvardia, Curtisia, Cunonia, etc. Nous ferons observer, au sujet de ces boutures, que ces prétendues racines ne sont chez la plupart des plantes, sinon dans toutes, que des tiges souterraines ; car les véritables racines ne portent presque jamais d'yeux propres à leur mulliplicatioTi par le bouturage.

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