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VII. — Des couchasses

Les couchages diffèrent des boutures en ce que, contrairement aux rameaux ou bourgeons bouturés, les branches couchées ne sont pas séparées de la plante mère dont par conséquent elles reçoivent la nourriture, jusqu'à ce qu'elles aient développé des racines pour pouvoir vivre par elles-mêmes, c'est-à dire de leur vie propre; aussi les couchages exigent-ils moins d'attention et de soins que les boutures, et le résultat en est généralement aussi plus assuré. Les moyens d'exécuter l'opération du couchage peuvent varier, suivant la nature

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des plantes et les conditions dans lesquelles elles se trouveront placées. On peut partager les couchages en deux groupes, dont le premier comprend les couchages simples, et le second les couchages compliqués.

Coachai^es simples. — Ils consistent à abaisse?\ on les courbant tout autour de la plante mère, les jeunes scions dont on enterre la partie courbée en laissant ressortir de terre son extrémité; dans quelques circonstances, cette extrémité est relevée et maintenue au moyen d'un tuteur (grav. 44, 15, 16). Pour quelques espèces qui reprennent difficilement lorsqu'on les sépare, et surtout pour les plantes à feuilles persistantes, les couchages se pratiquent dans de petits pots enterrés autour de la mère, et dans chacun desquels on abaisse un des rameaux destinés à ce mode de multiplication. Les pots dans lesquels la partie courbée de ces rameaux se trouve ainsi placée sont remplis le plus ordinairement d'une terre préparée, ou bien de terre de bruyère pure, suivant les exigences des plantes; mais ces couchages en pots rentrent principalement dans la catégorie des couchages compliqués, puisqu'on les fait toujours avec une incision. Les couchnijes tmfles admettent une autre niodification^qui s'applique particulièrement aux plantes vohibiles ou sarmenteuses. Les rameaux de celles-ci sont siirccssivement couchés, en en faisant ressortir rexliènilé que l'on couche de nouveau un peu plus loin, et ainsi de suite, tant

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70 PËPIMIËRES.

que le permet la longueur du rameau. Nous donnons & re mode de coucliage le nom de coiicliage continu; c'est Geliii qu'on applique avec tant d'avantag'^ à la multiplication des Glycines, des Aristoloches, elc. Parmi les différents modes de couchages simples, il en est encore un qui diffère des précédents, en ce qu'au lieu d'un jet unique, ainsi qu'on le voit gravure 10, on a affaire à une branche plus ou moins ramifiée, on l'abaisse et on l' étend sur le sol ou on la fiie à l'aide de petits crochets en bois, puis, à mesure que les bourgeons se développent, on les recouvre de terre, de ma- ; nière à en recouvrir h bise qui alors s'enracine On leur i donne le nom de coucl âges d t lou (grav 17)

Craï. n,—

Conchages compiiqui^. — Ainsi quc son nom l'indique, ce mode de couchage exige certaines précautions, certains soins plus ou moins délicals, suivant le tempérament des espèces plus ou moins rebelles à la production des racines; habiluelleinent, il ne diffère du précédent que par une incision pratiquée dans la partie courbée. Ion gitu finalement et en remontant vers le sommet d-J rameau; lorsque cette incision peut séparer en deux un œil ou un nœud du rameau, deux s'il est possible, le succès est encore plus certain. Quelquefois on fait dans cette partie courbée une ligature avec un (il de fer ou tout autre corps; parfois aussi l'on y fait une plaie en enlevant un anneau d'ècorce; ces ligatures ou «es plaies ont pour but d'arrêter sur ce puint la lève par -

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tenus par un piquet, ou bien attachés à Taide d'un fil de fer à r arbre lui-même; ils offrent ordinairement sur le côté une fente par laquelle on fait entrer le rameau destiné à ce genre de propagation. On l'incise au besoin, puis l'ouverture du pot est bouchée avec un tesson, ou mieux avec un petit morceau de verre qui permet de voir dans Tintérieur les racines qui peuvent commencer à se développer; on remplit ensuite avec de la terre de bruyère ou tout autre suivant la nature de la plante, et Ton arrose au besoin. C'est à ce mode de couchage qu'on donne particulièrement le nom de marcottage. On comprend que ce moyen de multiplication, lorsqu'il est pratiqué à l'air libre, doit offrir un grand inconvénient; car les pots étant ainsi exposés à l'action souvent desséchante de l'air, la (erre qu'ils contiennent se sèche très-vite, ce qui rend nécessaire de fréquents arrosages; on peut jusqu'à un certain point y remédier en couvrant la terre des pots d'une couche de mousse qui la maintient plus longtemps humide, en s'opposant à l'évaporation.

Parmi les plantes sur lesquelles on peut pratiquer les couchages compliqués, qui, comme je Tai fait observer, se réduisent le plus souvent à un seul mode, celui avec une simple incision, mentionnons, comme se multipliant principalement par ce procédé, les Garrya, Magnolia, Auciiba, Laurier-Tin {Viburnvm Timis)y Laurier-Amande [Lauro-cerasusvulgaris)y Laurier-rose {Nerium Oleander), Grenadiers, Jasmins, etc.; mais tous ceux-ci se font dans de petits pots, afm d'assurer la reprise des plantes au moment de leur séparation, opération que les jardiniers nomment le sevrage.

Revenons aux mères. Lorsqu'elles sont exclusivement destinées à fournir ces jets ou scions destinés à être couchés chaque année, on ne doit pas les laisser développer leurs tiges, ni permettre à de vieilles branches de s'élever; il faut, au contraire, supprimer tous les ans celles qui n'auraient pu être couchées, afin de faire produire aux souches, et près de terre, le plus grand nombre possible de ces jets, qui devront à \eur tour, l'année suivante, servir à la multiphcation. Dans

les pépinières d*arbres fruitiers, les couchages ne sont guère en usage que pour la multiplication des vignes et des figuiers. I Ils sont, au contraire, fréquemment employés dans les pépi- 1 niéres d*arbres ou d'arbustes d'ornement, soit pour nnilti- ' plier les espèces dont on ne peut aisément se procurer les graines et qui reprennent difficilement de boutures, soit même pour plusieurs autres également faciles à multiplier de graines ou de boutures, mais dont la multiplication est plus lente par ces derniers procédés, tandis que par les couchages on obtient souvent des plantes qui peuvent être livrées au commerce la même année. Les principales espèces sur lesquelles on pratique plus particulièrement les couchages sont : les Aristotelia, Auciiba, Bacchoris, Budlexja^ Cornus^ ConjltLSj DeMziay Diervilla, Forsythia, Garryn, Laurieramandier (JLfluro-c^7'flS7(5) , Laurier-rose {Nerium Olcander), Laurier-Tin [Vibnrnum Timis), Magnolia y Philadelphiis ^ Plerocarya^ quelques Lilas, Mûriers, Jasmins, Grenadiers, Chèvrefeuilles, Peiiploca, Wiammis, }yistaria (vulgairement Glycine), quelques Ribes, entre autres le Ribes speciosiiin, etc.

Soins à donner axix couchages lorsqu'on les sèvre. — îfoqiie du sevrage des rameaux couchés. — Les soins à apporter à ces travaux, quoique généralement très-simples, peuvent cependant admettre quelques légères modifications. Une s*agit, la plupart du temps, que de couper les couchages près de leur point d'insertion sur la mère, de les préparer, c'est-à-dire de supprimer la partie du talon qui n'a pas de racines, de couper un peu ces dernières si elles sont trop longues, et de les planter en pépinière pour leur laisser prendre de la force et en faire, soit des touffes, soit des %«. Les sujets des espèces vigoureuses pourront quelquefois être livrés au commerce la môme année ; mais, pour les espèces délicates qui peuvent plus ou moins souffrir à l'époque du sevrage, on doit, après cette opération, les mellre sous des châssis ou les garantir du soleil. 11 faut aussi les priver d'air pendant quelque temps. L'époque où ces

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travaux doivent se faire est celle du repos de la végétation chez les plantes, c'esl-à-dire depuis octobre-novembre jusqu'en février-mars. Pour les espèces qui craignent le froid, telles que les Laurier-Tin, Laurier-rose, Grenadier, etc., on sépare les couchages en automne, puis on place tout près les unes des autres ces jeunes plantes pour Thivernage, dans une serre froide, ou mieux dans des colfres sous des châssis, ou seulement en jauge près d'un mur au midi, en les abritant avec une couverture de paillassons, de litières ou de feuilles, s'il en est besoin, afin de les garantir contre la gelée.

A quelle époque doit-on faire les couchages ? — Les couchages se font le plus généralement en février-mars, quelque fois même avril, un peu avant l'ascension de la sève ou lorsqu'elle se met en mouvement. On pourrait néanmoins s'y prendre beaucoup plus tôt, c'est-à-dire à la fin de l'automne; il y a même très-souvent avantage à les faire pendant Tété, avec les jeunes bourgeons encore à l'état herbacé; dans ce cas, en effet, ces couchages s'enracinent immédiatement. Ce moyen, pour la plupart des espèces, présente un grand avantage, non-seulement en ce qu'il est plus expéditif, mais encore parce que beaucoup d'espèces, très-rebelles à s'enraciner lorsqu'on opère le couchage avec du bois déjà dur, donnent, au contraire, très- aisément des racines avec des tiges encore herbacées ou semi-ligneuses. Pour donner un exemple de l'avantage que procurent ces couchages exécutés en été, rappelons seulement l'Aristoloche et la Glycine de la Chine, deux plantes assez importantes au point de vue commercial : lorsqu'on les couche en été et successivement, à mesure que les rameaux s'allongent, les couchages sont repris en automne; les jeunes sujets qui en proviennent peuvent être livrés au commerce dès l'année même.

Du boUag^e. — Ce mode de multiplication, qui tire son nom de la nature même de l'opération, n'est guère employé dans les pépinières que pour nmltiplier les Cognassiers : il consiste à planter, dans une terre meuble et substantielle,

des plantes munies du plus grand nombre possible di- brandips Iinnee sui\inte on les rabnt ( nv 19) Il sort de Ces branches coupies beaucoup de jeunes bour^eo» lutour s \\ '

desquels on ainonrelle h krre i''

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temps suivant, on déchausse la plante mère, c'est-à-dire qu'on rabat la bulle accumulée à son pied, et l'on en détache tous les jets enracinés. La même opération peut être répétée lous les deux ans.

nmilpllcaflon par éclats OU par drageona. — Ce procédé, le plus simple et le plus facile de tous, ne demande aucun soin, aucune attention particulière ; /a «iKwre -seii/e en fait les frais. Il n'est possible que pour les espèces vigoureuses émettant naturellement à leur base beaucoup de drageons qui s'enracinent la même année ; tels sont la plupart àcsSpirxa, \e Kerria japonica, les Sijrwga {vulgairement Lilas), les Amygdolus nana et georgica, le Pavia maeroslachya, Vitea virginiam, les ihjdrangea, les Rubus, etc. La séparation des drageons ou éclats peut se faire à partir de novembre jusqu'en février-mars ; les éclats sont ensuite repiqués en pépinières pour grossir, ou vendus immédiatement s'ils sont assez forts.

mt. — 0« la grefTa.

Cette opération, une des plus importanles de la pépinière, diffère des deux précédentes, au point de vue de la muili- I plicalion, par plusieurs caraclércs très-tranchés. Si, d'un cfllé, elle parait se rappi-ochcr du bouturage en ce que le plus souvent on détache de la plante mère le rameau que l'on veut multiplier, de l'autre elle en diffère essentiellement

en ce que le rameau, au lieu d'être placé dans la terre, l'est sur un autre végétal à peu près semblable à lui, ou possédant des caractères qui offrent avec lui une analogie plus ou moins prononcée.

Le but de la greffe est de changer la nature des végétaux soumis à cette opération, c'est-à-dire de les transformer, s'ils donnent de mauvais fruits, en d'autres qui en donnent de bons ; et si ce sont des arbres ou arbrisseaux d'ornement, de les changer en espèces ou variétés plus belles ou plus rares. La greffe sert encore à multiplier certaines espèces qu'il serait souvent trés-diflicile do propager par tout autre moyen. Mais cette sorte d'alliance n'est possible qu'entre des individus qui ont entre eux de grands rapports de ressemblance ou des liens de parenté, si Ton peut s'exprimer ainsi: la réussite en est d'autant plus assurée, que la ressemblance est plus parfa.te. Ces caractères d'analogie ou de parenté, souvent frappants et faciles à saisir, sont aussi quelquefois tellement cachés, qu'il faut l'œil exercé du savant pour les découvrir : c'est cependant la connaissance de ces caractères, de cette affinité, qui peut seule guider le pépiniériste dans l'opération de la greffe.

Suivant le rapprochement, suivant certains caractères de ressemblance dans l'exécution, les greffes ont été divisées en sections ou grou[)es. La nomenclature en est assez étendue -^ mais, pour la plupart, en ce qui concerne leur application, elles ne se distinguent entre elles que par de légères modifications, qui trés-sonvent ne font que compliquer l'opération, en rentoui'anl de difficultés superflues sans augmenter en lien h'S chances de succès. Nous mentionnerons donc seulement les plus conimes; elles sorit au nombre de six : 1° la greffe en fente; ^"^ en placa(je; 5^ en couronne; 4° en ^-Uoson; 5^ en anneau ou en llùte; G*^ en approche. Deux de ces siv genres de greffes, la greffe en couronne et la greffe en anneau ou on flûte, sont peu usitées dans les pépinières.

t . Greffe en fente ordinaire. — C'cst la plus COnnue ei

aussi une des plus usitées. Elle consiste à couper net, soit

rez-terre, soit à des haiitours variables, rextrémilé d*un jeune arbre qu'on se propose de greffer, et qui porte alors le nom de Sujet. On prend un rameau de l'espèce que l'on veut multiplier; on ramincit en coin et en biseau, puis, après avoir fendu longitudinaleinent l'extrémité tronquée du sujet, on y insère le greffon, en faisant coïncider les écorces le Tiieux possible, pour que le contour du sujet n'offre avec le »refibn aucune partie concave ni convexe; on ligature le tout en rapprochant les parties avec du fil, de la ficelle ou de l'osier, selon la nature des plantes et aussi suivant les conditions dans les(juelles on opère ; puis on recouvre la plaie supérieure, ainsi que les interstices qui pourraient exister de chaque côlé du greffon, avec de la cire à greffer ou de la lerre délayée en une bouillie épaisse vulgairement appelée mffuent de Saint-Fiacre. Très-souvent même, lorsque les eroffes doivent être placées sous cloche, on laisse toutes les plaies à nu, rien qu'avec la ligature qui sert à les fixer. Il en peut être ainsi lorsqu'on greffe dans la terre. La cire à greffer n'ayant d'autre utilité que de boucher les interstices qui peuvent exister entre le greffon et le sujet et d'empêcher l'air (le s'y introduire, une greffe tant soit peu enterrée, qu'on a posée en dégageant le pied du sujet, n'a souvent pas besoin (le cire à greffer; il suffit de rapprocher la terre autour d'elle pour la protéger. Le rameau servant de greffon peut varier en longueur, suivant la rareté des espèces; il pourra même .onsister oimplement en un seul œil. Une observation trésmporlante doit trouver place ici : toutes les fois qu'on greffe les espèces dont les yeux latéraux ne se développent pas ou ne s'ouvrent que très-rarement, on doit toujours prendre pour greffon un rameau pourvu d\in œil terminaL Ce rameau, dont la longueur peut varier, doit toujours, nous le répétons à dessein, être l'extrémité d'une branche munie de son œil terminal; c'est surtout pour la greffe des Noyers, Marronniers, Pavias, que cette précaution est nrcessaire.

Le greffe en fente, appliijuée dans des circonstances et des conditions très-diverses, peut, par cette raison, changer do

nom sans aucun changement réel dans son mode d'exéculîon. C'est ainsi qu'on la nomme Greffe en fente herbacée et Greffe en fente srir racine, suivant les parties servant, soit de greffons, soit de sujets. Quelques mots sur chacune de ces modifications nous semblent ici nécessaires.

a. Greffe en fente herbacée. — Elle tire SOn nom de

Topéralion môme, ou i)lulôt de Tétat de végétation des parties dont on se sert, qui sont presque à celui dlierbe, c'està-dire dépourvues de consistance ligneuse; mais aussi celte greffe, eu égard à sanalurc, ne peut guère s'apphquer à l'air libre que sur les pins, et encore doit-on autant que possible les garantir pendant quelque temps du contact de l'air, en les recouvrant d'un cornet de papier. La greffe en fente herbacée peut au coniraire, et par compensation, être fréquemment employée dans les serres et sous cloches. Dans ces circonstances, elle peut s'apphquer à presque tous les végétaux.

Lorsque la greffe en fente est pratiquée sur des végétaux à feuilles persistantes, on doit toujours, et sans avoir égard à la nature hcrl)acée ou ligneuse des plantes, opérer dans une serre et sous cloche. Quelques espèces cependant font exception et peuvent être greffées au piinlemps avant la grande ascension de la sève, ou à la fin de Télé, quand le mouvement de la sève se ralentit; on supprime alors toutes les feuilles des rameaux greffés, c'est-à-dire qu'on en coupe seul(Mnent le limbe, en ne conservant que le pétiole. 11 est fort utile, ainsi (pie nous l'avons dit pour les pins, de garantir ces greifes, au moyt'u d'un cornet de papier, contre Taclion desséchante de l'atmosphère.

b. Greffe en fente sur racines. — L'opération est la

même que celle de la gi'effe en fente ordinaire, avec cette seule différence qu'au lieu de la pratiquer sur des sujets licrneux exposes à l'air li!)re, on l'exécute sur les racines, sur des pallies souhMTaiiies soustraites à l'action de l'air et delà lumière; de là le nom particulier donné à cette greffe. Les Pivoines elles Téconias sont les plantes que l'on multiplie le

plus souvent par ce procédé, applicable dailleurs, non pas seulement à ce petit nombre d'espèces, mais à une grande partie des végétaux, en opérant aux époques convenables, et en mettantles plantes sous cloches après Topéralion. Ces racines sont coupées par tronçons de 8 à 12 centimètres de longueur; on en fend rextrémitc, dans laquelle on insère le greffon, qu*on fixe ensuite avec les mêmes soins et précautions que s*il s'agissait de la greffe ordinaire, et la cire à greffer peut y être appliquée selon le besoin. Suivant la nature des plantes, les greffes sont, après Topèralion, repiquées en pleine terre, et couvertes d'un bon paillis pour les maintenir légèrement humidos et les garantir du grand soleil, ce qui, dans quelques cas, suffit pour en assurer la reprise. Le plus généralement, l'emploi des cloches est indispensable quand on pratique la greffe en fente sur racines; très-souvent même il faut y joindre la cbi'iour artificielle soit d'une couche, soit d'une serre.

c. Greffe en fente de côté. Une autre modification de la greffe, dont nous devons décrire le procédé, est la grelfe en fente de côté, aussi désignée sous le nom de ç\ve\{e Richard. Elle ne diffère de la greffe en fente ordinaire que par son mode d'insertion. La greffe est préparée comme pour la greffe en fente ordinaire; mais, au lieu de supprimer ejitièrement l'extrémité du sujet et d'en fendre la partie tionquôe pour y insérer If greffon, on conserve le sujet tout entier; il est seulement un peu fendu sur l'un des côtés; le greffon est placé dans cette fente, puis, selon sa nature, il est maintenu avec du fil, de la ficelle ou de l'osier; la plaie est au besoin recouverte avec de la cire à greffer ou tout autre enduit propre au même usage. On peut et l'on doit même, dès que l'opération est terminée, si le sujet est volumineux, supprimer quelques branches du sommet, afin de faire refluer la sése vers la partie où le greffon est inséré.

La greffe de côlè peut être appliqu^'-e dans beaucoup de circonstances, bien qu'elle le soit assez rarement. Elle a cependant sur la greffe en fente ordinaire et sur la greffe en

placage une supiTiorilé réelle, quoique peu prononcée à certains égards : sur la première, en ce qu'on ne supprime pas entièrement le sujet, et qu'alors celui-ci peut être regrcffé quand Topéralion n'a pas réussi, sans qu'il soit à craindre que cette seclion du sujet n'occasionne sa mort, ce qui arrive quelquefois dans la greffe en fente ordinaire. Elle présente aussi sur la greîf.; en placage ce léger avantage, qu'avec des chances de reprise à peu près aussi certaines, elle est généralement plus solide et moins sujette à se décoller.

L'époque à laquelle on doit pratiquer la greffe en fente de côté est la môme que celle de la greffe en fenle ordinaire, et, comme celle-ci, trés-variahle, suivant les diverses conditions sous l'empire desquelles on l'effectue. On peut greffer de cette manière à peu près toute l'année lorsqu'on a des sujets en pots, et que les grefiVs, terminées, peuvent être immédiatement mises dans une st^re et sous cloches, et l'on peut aussi, de même que pour la grelfe en fenle ordinaire, se servir de parties herbacées. Si ce procédé était usité, il constituerait une modification qui pourrait prendre le nom de greffe de côté herbacée.

La greffe en fente est d'un usage tellement étendu, qu'on ne peut énumérer les espèces auxquelles elle peut s'appliquer. Nous serions presque en droit d'affirmer qu'elle peut convenir à tous les végètan.v ligneux, et même à beaucoup d'espèces herbacées, loisipie leurs tissus ont assez d'épaisseur et de couoislance pour èlre entaillés.

Dans les serres, on peut grelïer en fente toute l'année ; en pleine terre et à l'air libre, on ne peut greffer ainsi qu'à deux époques, avec certitude de snecès : ces duux époques sont, d'une pari, la fin de l'hiver et le connnencement du printemps, avant le grand mouvement de la sève, de l'autre, l'automne, quand ce mouvement se ralentit. Quoique la greffe aulonmale ne soit [)as dans les liabitudes des horticulteurs, nous sonnnes persuadé qu'il y aurait, dans beaucoup de cas, avantage à greffer non-seulement en automne, mais même dés la (in de Tété, lorsque les fortes chaleurs

sont passées ; car à cette époque les bourgeons dont on doit se servir sont suffisamment aoiitès, et la sève, quoique ayant perdu une partie de sa vigueur, est encore assez active pour effectuer la soudure des greffons avec le sujet. On supprime entièrement, dans ce cas, le limbe des feuilles des greffons, en ne conservant que le pétiole. Comme exemple, et pour preuve à l'appui de ce que nous avançons à cet égard, nous mentionnons quelques essais de notre pratique personnelle, couronnés d'un succès complet. Pendant les mois d'août et de septembre, des Poiriers, des Pommiers, des Pêchers, des Abricotiers, des Pruniers, des Cratœgiis, des Cylises, des Marronniers, des Pavias, des Lilas, ainsi que des Merisiers et Cerisiers ordinaires et à fleurs doubles, ont été par nous greffés en fente; ils ont tous très-bien réussi.

Plusieurs horticulteurs à qui nous avons fait part de nos expériences, tout en reconnaissant les avantages de la greffe d'automne ou de la fin de l'été, ne l'adoptent pas, parce que, disent-ils, en donnant aux pépinières leurs façons habituelles d'automne et de printemps, beaucoup de greffons pourraient se trouver accidentellement décollés; mais, si cette pratiqueestreconnue bonne, l'objection n'est pas sérieuse. En effet, que faut-il pour surmonter cette difficulté? Apporter seulement un peu plus d'attention dans l'exécution des travaux. Mais, en admettant même (ce qui pourtant n'est pas admissible) que cet obstacle soit insurmontable pour les arbres nains, dira-t-on qu'il l'est aussi pour les arbres greffés à haute tige, qu'on craint de casser ou de décoller les greffons, en binant la terre ou en arrachant la mauvaise herbe au pied de ces arbres? Il nous est donc permis de conclure que la greffe en fente faite à r arrière-saison est bonne, et qu'elle peut trouver dans la pépinière de nombreuses et utiles applications. Ces trois principaux avantages ne sont, certes, pas à dédaigner : 1° elle n'a pas à redouter les hàles du printemps, souvent si funestes aux greffes faites en cette saison; 2° à celte époque de l'année, les autres travaux ne pressent pas, tandis qu'au printemps ils sont tellement ur-

gents qu'on est souvent surchargé; 5** enfin, les sujets dont les greffons n'auraient pas réussi peuvent toujours être regreffés au printemps suivant.

La réussite des greffes en fente est d'autant plus assurée, que ces greffes sont moins exposées à l'action desséchante de l'atmosphère, qui leur enlève leur humidité, ou, en d'autres termes, la sève contenue dans les tissus. On doit par ce motif, lorsque l'on greffe rez-terre à l'air libre, greffer le plus bas possible; et même, si la saison est avancée et que les greffons soient, comme il arrive souvent, un peu fatigués, on pourra greffer en terre, en dégageant le sujet; on rapprochera ensuite autour de celui-ci toute la terre d'abord déplacée, de sorte que les greffons eux-mêmes se trouveront en partie cachés. Beaucoup de greffes, qui auraient très-probablement péri si l'on eût greffé à une grande hauteur, pourront être ainsi sauvées, parce qu'elles auront été soustraites à l'influence de l'air.

Doit-on couper les greffons longtemps avant de s'en seimVj et, comme on le pratique encore souvent, en automne, pour greffer au printemps? Nous disons sans hésiter : Toutes les fois qu'on peut ne les couper qu'au moment de les employer, il y a toujours avantage à le faire. Les seules circonstances qui peuvent engager le pépiniériste à s'écarter de cette règle, c'est lorsqu'il reçoit des greffons dans un moment où il n'est pas possible de les employer immédiatement; dans ce cas, on les tient en réserve jusqu'à ce que l'époque soit venue d'en faire usage. De même, si pendant Thiver on vient à vendre une espèce dont la pépinière ne possède que peu d'exemplaires, on peut, avant de la livrer, en détacher quelques rameaux que Ton conserve par les procédés que nous décrirons plus loin. Une dernière circonstance peut encore militer en faveur des greffons coupés d'avance; elle contraint môme souvent les pépiniéristes à y recourir : c'est ce qui a lieu quand, les travaux du printemps étant trop nombreux, les greffes ne peuvent être faites que très-tard, et lorsque les arbres sont en pleine végétation ; dans ce cas, on doit

couper les rameaux destinés à servir de greffons, elles met- Ire en réserve, avant l'ascension de la sève; mais toutes les exceptions que nous venons de mentionner ne détruisent en rien les règles posées précédemment, et, s'il est certains cas où Ton peut impunément s'écarter de ces dernières, on a en général intérêt à les suivre.

Où doit-on placer les greffons, lorsqu'on est forcé de les couper longtemps avant de les poser? On doit les piquer dans une plate-bande au nord, où la terre est humide et où les rayons du soleil ne donnent jamais, ou dans du sable, dans une cave où ces rameaux sont également à l'abri du soleil, et, déplus, hors du contact de l'air extérieur, souvent non moins dangereux que le soleil. Quelques horticulteurs recouvrent entièrement ces rameaux avec de la terre ; mais si, ce qui est incontestable, ce procédé est bon pour empêcher Tévaporation et maintenir le bois dans de bonnes conditions, il peut être mauvais en ce sens que, quand l'opération de la greffeest retardée jusqu'en mars et avril, ce qui a lieu trèssouvent, les hâles, ordinairement tiès-considérables à cette époque de l'année, exercent leur action des<;écliante sur les greffons avec d'autant plus de danger qu'ils ont été plus longtemps soustraits à l'action de Tair.

t. Greffe en placage. — Elle diffère de la greffe en fente, en ce que le sujet qui doit recevoir le greffon n'est pas tronqué, et que l'extrémité coupée n'est pas ensuite fendue verticalement pour y insérer le greffon. Rien de semblable en effet dans la greffe en placage : le sujet est conservé eu entier; le rameau qui doit être greffé est seulement apjiiqué ou plaqué contre le sujet. Ce rameau, dont la longueur est aussi variable que pour la greffe en fente, peut même, si l'espace est rare, se réduire à un œil. L'opération consiste à entailler en l'amincissant, mais seulement d'un côté, la base du rameau qu'on se propose de L:reffer; une entaille de mêmes dimensions est faite sur le sujet; le greffon est appliqué dans cette entaille, qu'il doit remplir le plus exactement possible, et est ensuite ligaturé avec du lil ou de la

petite ficelle. Le greffon et le sujet doivent avoir, autant que possible, à peu près la même force, afin que les extrémités ou les bords des entailles coïncident parfaitement. Si cependant le sujet est un peu plus gros que le greffon, on se borne à faire coïncider seulement un côté de ce dernier avec celui du sujet.

La greffe en placage se pratique ordinairement sur des sujets cultivés en pots, qu'on place dans une serre et sous une cloche après l'opération. On comprend qu'ainsi que dans l'exemple précédent, on peut, pour cetle greffe, employer des parties de plantes à l'état plus ou moins herbacé. Cetle greffe est très-peu pratiquée à l'air libre; elle pourrait l'être cependant assez souvent avec avantage pour remplacer des branches qui auraient péri, ou pour en appliquer là où il en manque; elle offre encore un avantage, c'est de ne pas blesser les sujets, qui, si l'opération vient à manquer, peuvent être greffés de nouveau sans en éprouver aucun mal sensible. L'époque où l'on doit pratiquer la greffe en placage à l'air fibre est la même que pour la greffe en fente, c'est-àdire le commencement du printemps, avant le départ de la sève, ou, ce qui est préférable, la fin de Télé, quand l'activité de la sève se ralentit. Lorsqu'on greffe en placage à celte dernière époque, le limbe des feuilles est supprimé pour n'en conserver que le pétiole.

La greffe étant posée et hgaturée, on en ferme les interstices avec de la cire à greffer. Si les greffes doivent être mises sous cloche, la cire devient en partie inutile; il est aussi moins nécessaire de greffer à telle ou telle époque de Tannée; toutefois, celles qui viennent d'être désignées sont généralement les plus avantageuses.

La greffe en placage sert [)rincipalement à multiplier les Houx, les Rhododendrons, les Azalées, les CameUias, les Conifères, etc.; efie pourrait également être appliquée à un très-grand nombre d'autres végétaux, soit à feuilles caduques, soit à feuilles persistantes.

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