Greffe en finneau, en flîite ou en siffleC. — Cette
greffe, généralement longue et quelque peu minutieuse à exécuter, demande de la part du praticien une certaine habitude; aussi est-elle très-peu employée et à peine connue dans les pépinières. Pour cette greffe, on enlève au rameau de l'espèce à multipher un anneau d'écorce muni d'un ou de plusieurs yeux; un anneau semblable est de même enlevé sur le sujet et remplacé par le premier ; on rapproche les parties, afin qu'elles se joignent le mieux possible; puis on ligature comme pour la greffe en ècusson. Deux conditions sont surtout importantes au sujet de celte greffe : le «Million et le sujet doivent d'abord être également en sève, pour (|iie l'ècorce puisse facilement s'en détacher; il faut cnsnitc (jue le rameau sur lequel est pris l'anneau d'écorce (gitiluii)
pour la muïtiplicalion soit à peu près du même diamètre que le sujet. Ce rameau peut pourtant, à la rigueur, être plus gros que le sujet ; mais jamais il ne peut être plus petit, sans quoi une partie de l'aubier du sujet ne serait pas recouverte. Au contraire, lorsqu'il est plus gros, l'inconvénient est moindre, ou plutôt il disparaît; car il suffit de rétrécir l'anneau en en supprimant sur le côté une portion, pour qu'il recouvre exactement la plaie. Cet anneau d'écorce peu/ être comparé à un cylindre sans fond, fendu longitudinalement sur l'un des côtés. La hauteur de l'anneau doit, avec autant de précision que possible, être la même que celle de l'anneau enlevé du sujet, afin d'en bien remplir la place. On peut pratiquer la greffe en anneau à l'extrémité du sujet ou sur une partie quelconque de sa longueur; dans le premier cas, on retranche net l'extrémité, et l'anneau d'écorce est appliqué au niveau de la partie tronquée; dans le deuxième cas, on le place, au contraire, à des hauteurs arbitraires, et, dès que la soudure est opérée, on supprime peu à peu la partie du sujet supérieure à la partie greifée, sans quoi cette dernière absorberait toute la sève et empêcherait le développement des yeux, que l'on a, au contraire, le plus grand intéiêt à protéger. L'époque où l'on doit pratiquer cette greffe est à peu près la même que celle où il convient d'opérer celle en écusson, dont on peut dire qu'elle n'est, en quelque sorte, qu'une modification. Le plus souvent, dans la pratique de celte greffe, on n'enlève pas l'écorce du sujet, on l'abaisse seulement en la détachant en forme de lanières, qu'on relève et que l'on serre solidement autour de la partie greffée après qu'elle e^i posée; mais, comme nous l'avons fait observer, cette mariîère de greffer tend à disparaître des pépinières; elle n'est presque plus employée aujourd'hui, si ce n'est pour les Châtaigniers, dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne et de Maine-et-Loire, où elle se pratique dans la première quinzaine de mai. On la remplace presque partout par la greffe en écusson ou par la greffe en fente, l'une et l'autre beaucoup plus expéditives, et donl
les résultats sont aussi beaucoup plus assurés. Cependant ou s'en sert en ore, quoique assez rarement, pour niulliplier les Noyers et quelquefois aussi les Mùi'iers, bien qu'au jourd'hui ces derniers soient généralement gieffés en écusson.
6. Greffe en approche. — Cette greffe (grav. 20) paraît être une des plus naturelles; elle se distingue de toutes les autres en ce (|ue, dans ropéralioii, aucune partie n'est détachée ni du sujet ni du greffon. Sun nom seul en donne une idée assez exacte, puisqu'en effet elle s'exécute en 7'approchant les deux individus qu'on veut rémur. Après les avoir ainsi rapprochés, on fait ï>ur l'un et l'autre une entaille longitudinale qui l'iitame l'écorce et une partie de laubier; on ajuste l'une dans l'autre ces deux parties entaillées; on les rapproche pour qu'elles se joignent le [)lus exactement possible; elles sont ensuite fixées avec des liens de laine, de fil ou de ficelle, ^uivallt la nature des plantes. Le plus souvent cette grclTo présente quelques difficultés, non pas précisément dans ropêration, mais dans les préparatifs : il faut d'abord apporter des sujets prés de la mère; ces sujets sont ordinairement petits, cultivés dans des pots; des supports ou espèces de planchers doivent élre dressés, sur les(iuels on place les pots, pourqu'ilsse trouvent à la hauteur voulue. Si les sujets ne so!it pas en pots, il en résulte un autre inconvénient; ils doivent alors être plantés dans le voisinage; de -la mère, pour être gi'elïés plus tard. Par tous ces motifs, la greffe en rpproche n'est employée que pour les espèces qui réussissent diincîleinent de toute auhe manière, teli que les Magnolias, les [Fêîres et souvent auesi les Noyers, etc. Mais, quoicjue celte greffe présente souvent quelijues diffifuillés dans l'exécution et nécessite des préparatifs plus longs et plus embarrassants que la plu[)art des autres gieffes, elle a cependar.l aussi ses avanlages; un des |)lns inqiorlanbî. c'est la réussile, qui est toujours complète et assurée. Lorsque par hasard elle manque, le sujet n'est nullement endommagé; il [)eu! èlre greffé de nouveau, ce qui souvent n'arrive pas après une
greffe en fente manquée. Quant à l'époque derexëcution, au
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Grav. "20. — Griffii en approche.
lieu d<3 tomber au printemps , au moment où les travaux tont
DE LA MULTIf LICATION. ^
généralement trèS'Urgenls, elle se fait au commencement de Télé, alors que la besogne est moins pressante. Du reste, les procédés qu'on emploie généralement aujourd'hui sont de beaucoup préférables aux anciens ; car, au lieu d* avoir seulement une mère, autour de laquelle on apporte des sujets, on contre-plante^ c'est-à-dire que dans un carré de sujets, de Hêtres par exemple, on plante alternativement deux lignes de sujets et une de mères, ou bien on plante seulement et de distance en distance quelques mères; de sorte que, pendant l'été, on approche successivement les uns sur les autres, et, dans un temps assez court, tout le carré se trouve ainsi transformé. Lorsque la reprise est complète, ce qu'il est facile de reconnaître à la soudure des parties, on sèvi^e les greffes, c'est-à-dire que la tête du sujet, ainsi que la partie inférieure du rameau greffé, sont supprimées peu à peu. Au bout de quelque temps, lorsque le sevrage est achevé, il reste le sujet, dont la tête a été supprimée et remplacée par la partie supérieure du rameau de l'espèce qu'on se proposait de multiplier,
SK, — 0]»aerva|ion9 générales sur la pratique dea greffes.
Pour toutes les greffes, en général, chaque fois qu'on juge avantageux d'avoir des plantes franches de pied, ce qui est presque toujours plus avantageux, et que néanmoins on est forcé d'employer la greffe comme moyen de multipHcation, on doit, sans avoir égard à la forme de greffe adoptée, rétablir le plus bas possible, afin de pouvoir, sans trop enferrer la plante, la mettre pourtant assez avant en terre, au moment de sa mise en place, pour que la partie greffée se trouve recouverte et puisse, par conséquent, émettre des racines, ou, comme l'on dit dans la pratique, qu'elle puisse s'a (franchir. En outre, s'il se foime un bourrelet, coinnie cela a souvent lieu, entre le grelfon et le sujet, ce bourrelet sera en grande partie dissimulé. La principale et peut-être même la seule circonstance qui permette de s'écarter de
cette règle, est lorsqu'on aura affaire à des espèces ou variétés trop peu vigoureuses pour développer par elles-mêmes la tige dont on a besoin, ou dont Torganisation ne permet pas aux bourgeons de s'élever verticalement; telles sont les espèces à rameaux horizontaux, comme le Mespilus linearis^ ou à rameaux pendants, telles que le Frêne pleureur [Fraxinus exe. pendula), le Sophora pleureur (Styphnolobium penduliim)^ le Hêtre pleureur (Fagiis sylv. pendula), etc.; ou encore si l'on a affaire à une espèce ou variété dont les bourgeons courts, tortueux, très-ramifiés, tendent à former buisson ou, comme on dit vulgairement, boide, tel est TAcacia boule des jardiniers [Robinia pseudo-acacia umbraculifera).
7L, — PrécautioA Importanto à prendre ao sajet des grette».
Dans une pépinière de quelque importance, il est trèsutile, presque indispensable de conserver toujours en pots un certain nombre de sujets variés, non-seulement pour greffer les espèces qui ont besoin d'être mises sous cloche après que l'opération est terminée, mais encore pour parer aux éventualilés. Une circonstance imprévue peut, en effet, vous contraindre de greffer dans le courant de l'été, lorsqu'il n'est plus possible d'opérer avec chance de succès à l'air libre; tandis qu'à l'aide de sujets en pots on pourra greffer pendant toute raiinéc, en traitant les sujets comme nous l'avons dit en parlant de la greffe en placage et de la greffe herbacée.
Ces sujets, qui peuvent être très-variés, appartiennent parliculièrement aux genres Houx, Coignassiers, Cotoneas* ters, Berberis, Noyers, Érables, Épines, Poiriers, Clématites, Troènes, Cytises, Ornus (pour Olivier, etc.). Chênes, Pruniers, Sainte- Lucie (Prunus Mahaleb)j Pavias, Genista^ etc., etc.
SI. ~- Seins généraux, ou surveillance à exercer sur les greffes
après qu'elles sont posées.
Si, aussitôt l'opération terminée, Ton abandonnait les lîreffes à elles-mêmes, il pourrait arriver, et c'est ce qui arriverait au plus grand nombre, qu'après avoir repris, les parties greffées ne tarderaient pas à périr, les unes brisées par les animaux ou par les vents, les autres mangées ou alTamées par les bourgeons développés sur le sujet. Il ne faut donc pas les perdre de vue, et l'œil du maître doit y veiller constamment; car ces greffes réclament continuellement certaines précautions, ainsi qu'une foule de petits ^oins de détail qui ne peuvent être impunément négligés. Tout d'abord, si l'on a greffé eu fente et rez-terre, chaque sujet aura dû recevoir innnédiatement un petit piquet ou tuteur, ne serait-ce que pour le marquer ou pour empêcher 'jueles greffons se rompent, soit par le passage des ouvriers, soit lorsqu'on façonne le terrain. Ces petits tuteurs serviront encore plus tard à attacher les jeunes bourgeons à l'époque de leur développement; mais, de plus et quel que soit le procédé de greffe employé, une surveillance active devra toujours être exercée sur elles : il faudra relâcher au besoin celles dont la ligature, trop serrée par suite de l'accroissement des tissus, les couperait ou ferait naître sur les scions, par l'accumulation de la sève gênée dans son parcours, des bourrelets annulaires assez volumineux, désignés dans la pratique, et avec assez de justesse, par le nom d'étranglements, toujours funestes aux greffes. Indépendamment de ces soins, les greffes faites à une certaine hauteur auront besoin de recevoir des tuteurs, après lesquels on attache les bourgeons au fur et à mesure qu'ils se développent. Ces précautions sont très-nécessaires, car il suffit souvent du moindre coup de vent ou du moindre choc pour décoller ou casser les greffons, et le pépiniériste perdrait ainsi en un 'nstant le fruit des travaux de toute la campagne, sowven même celui de plusieurs années. Plus tard encore il faudra
visiter les greffes, afln de supprimer les bourgeons, qui, en se développant sur le sujet, absorberaient une grande partie de la sève, au détriment de la partie greffée. Si cependant celte dernière était trop faible, on laisserait subsister dans son voisinage quelques bourgeons du sujet, afin que ceux-ci attirassent vers elle la sève dont elle a besoin, et qu'elle n'aurait pas la force d'aspirer par elle-même. Ces bourgeons seront d'ailleurs surveillés attentivement et pinces au besoin, afin qu'ils n'altèrent et n'épuisent pas eux-mêmes les parties qu'ils sont destinés à protéger.