IV. — Avantages et inconvénients d'un sol trop riche on
trop pauvre.
Y a-t-il avantage à créer une pépinière dans un sol riche ou dans un sol pauvre?
Telle est la (pu'stion jiosèe ile[)uis très-longtemps, et qui ne paiait pas encoie lèsolue. Iji elTet, jusqu'à présent, les avis sont pari âgés, et il s'est élevé da^ débats descpiels sont souvent sorties des conclusions tout à lait opposées entre elles. La cause parait en être que les uns et les autres ont
envisagé la question sous un point de vue restreint, en tse basant sur des faits particuliers. De là tant d'opinions diverses, tant d'affirmations contradictoires, chacun appuyant sa manière de voir sur des faits exceptionnels, suivant les diverses conditions daus lesquelles il était place et d'après les résultats qu'il avait obtenus, quelquefois même d'api es les rapports d'autrui. Prenons d'abord un aperçu de ce qui se passe dans les terres riches ou de première qualité ; nous reprendrons pour les autres terres le même examen.
Dans les terres riches, les arbres poussent avec une trèsgrande vigueur, les bourgeons sont gros, longs et bien nourris, leur écorce est lisse et unie, en un mot les jeunes arbres semblent réunir toutes les conditions nécessaires de succès et de prospérité. Mais, si ces arbres, en sortant des pépinières, sont plantés dans des terres de mauvaise nature ou seulement de qualité médiocre, comme cela n'arrive que trop souvent, ils vont, dit-on, dépérir. Dépérir, non; mais ils pourront éprouver nue sorte de malaise, résultant de la réaction causée, d'un côté, par ce changement si subit et si grand de la nature du sol en contact avec leurs racines, et, de l'autre, par la fatigue qui résulte toujours de la transplantation. Il ne faudra pas s'étonner si ces arbres boudent, comme on dit, et s'ils ne font que végéter pauvrement pendant les premières aimées. On aurait tort d'en conclure aussi rigoureusement qu'on le fait habituellement contre la valeur des arbres élevés dans de trop bounes terres.
Si les arbres sont, au contraire, élevés dans un terrain médiocre ou même mauvais, tel que ceux qu'on désigne souvent sous le nom de terres pauvres^ nous aurons une végétation toute différente et tout à fait opposée à celle de l'exemple précédent; les arbres pousseront beaucoup moins, les bourgeons, plus courts, seront aussi moins bien nourris, et l'écorce, au lieu d'être lisse et unie, sera souvent rugueuse et quelquefois même couverte de mousses el de lichens. On comprend que de tels arbres ayant, outre leur débilité naturelle, à supporter la fatigue occasionnée par l'arrachage et la
transplantation, s'ils ne sont placés immédiatement dans un bon terrain et convenablement soignés, ne pourront jannais donner que des résultats médiocres ou même tout à fait déplorables. Concluons, contrairement à l'opinion exprimée à ce sujet par différents auteurs, qu'un bon sol est toujours de beaucoup préférable, et que, toutes les fois que le pépiniériste a la liberté du choix, il ne doit pas hésiter à choisir la meilleure terre possible; alors il peut compter qu'il sortira de sa pépinière des sujets vigoureux, bien nourris et bien constitués, en état de mieux supporter la réaction toujours produite par la transplantation. 11 est vrai qu'ils pourront s'arrêter un peu après leur mise en place; mais plus tard, lorsqu'ils partiront, ils regagneront très-promptement le retard qu'ils pourraient avoir eu sur d'autres de même espèce, élevés dans une terre médiocre ou mauvaise, et plantés ensuite dans les mêmes conditions.
Nous venons d'envisager la question au seul point de vue de l'avantage du propriétaire qui achète des arbres pour une plantation; examinons-la maintenant à celui des intérêts du cultivateur. Dans un sol riche, les arbres pourront souvent être livrés dès la deuxième année, c'est-à-dire au bout de deux ans de greffe, et même, pour beaucoup d'espèces forestières, la première année. Ces arbres seront plus beaux, ils auront plus de force, plus d'apparence, et leur placement sera, par conséquent, beaucoup plus facile.
Les lois organiques étant à peu près les mêmes chez tous les êtres, si, par comparaison, nous jetons un coup d'oeil sur ceux d'un autre ordre, sur nous par exemple, les faits seront évidemment en faveur de l opinion que nous soutenons. Personne n'ignore qu'un homme qui a enduré des privations dans sa jeunesse, à cette époque de la vie où la charpente du corps s'établit, où les organes internes se constituent, sera ordinairement faible et débile pour le reste de ses jours; il sera très-souvent indisposé, et ne jouira jamais, toutes choses égales d'ailleurs, de cette santé, de cette rusticité, si cette expression peut être employée, que possède l'homme
THAVAUX PRÉLUIINÂIRES. ^\
qui, dans sa jeunesse, aura reçu une nourriture solide sans ô(re recherchée, mais saine, ahoudaiite gI substantielle. Il y a, nous le savons, des exceptions à celle règle coinine à toute aulre; mais, loin de la délruire, leur pelil nombre ne fait quî la confirmer.
CnAPITRE III
TaA¥AUX PRÉLIMIliAIRES.
On entend, sous celte dénominalion, lous les travaux à faire sur un terrain nu, avant d'y cultiver des arbres, c/està-dire à partir des premières façons qu'il doit recevoir, labou7\ tracé et distribution ; ensuile, les différentes manières d'arroser et de distribuer les eaux, suivant les conditions dans lesquelles la pépinière se trouve placée.