‹ Percement de l'isthme de SuezChapitre 17 sur 31 · Considérations financières · texte numérisé non relu

Considérations financières

5. Observations générales sur les bénéfices poHii* ques, commerciauœ et moram gui résulteraient de la réalisation de l'entreprise,

La facilité des relations intmnatîœiales crée le conunerce , le commerce amène avec lui la cîvili* galion. C'est là uji axiome ioiide sur rexpérience universelle.

Pïutout où ce principe rencontre une exception apparente , elle peut être attribuée à 1 aveugle

éfifoïsme de la lé[jislation humaine, contredisant les lois naturelles établies par la sagesse bienfaisante de Celui qui gouverne l'univers.

Un projet donc qui , en trancbant deux continents, offre de changer tout le cours du com* merce et des communicadons entre les mondes de l'Est et de l'Ouest » et de rapprocher de plusieurs niilliei*s de milles les connaissances et Tindustrie de

rOccident de l'ignonmce et de la barbarie de l'Orient, présente les considérations les plus propres à enflammer rimaginatiou et à sattirer toutes les sympathies.

En entrant dans ce sujet, rauteor, toutefois, a Imtention de se limiter strictement aux vues pratiques

qu'il comporte. Il s attachera à la plus grande exactitude dans les faits ; il placera chaque circonstance, soit pour soit contre Fentreprise, impartialement de> vant le lecteur, en tout ce qui dépend de ses propres iatormations , et ainsi il le laissera former luimême sa propre opinion, soit sur la praticabilité de l'entreprise , soit sur son utilité , si elle peut être menée à fin.

L'écrivain croit convenable d'ajouter que cette madère a été, il y a quelque temps , soumise par lui à la considération du gouvernement de S. M.,

et que l'extrait du plan de l'isthme par M. Linant dont on se sert ici se trouve dans les Tarifs et rhgkmmts cimmercùsm, etc,, des pays étrangers (partie 10), présentés aux deux Chambres du Parlement par l'ordre de S. M,, le 14 juillet 1853. Cette dernière publication &it partie de ces compilations estimées qu*à la connaissance de tous , le pays doit ail talctit et au travail de M. Macgrcgor, du Bureau du Commerce.

OPINION DB M. ANDEHSON. 235

Possibilité matéridie de l'entreprise.

Le perfectîomienient de nos commumcations avec

l'Orient est depuis longtemps Tobjet d'une vive sollicitude dans le public ^ et rimportance eu devient de plus en plus manifeste en proportion des progrès obtenus dans leur développement. L'établissement d'une communication par la vapeur avec l'Inde, etc., prenant la route de la Méditerranée et de la mer Bougée, quoique encore dans son enfance, a déjà produit des avantages considérables, à la fois pour la Grande-Bretagne et pour ses dépendances orientales.

Mais quoique la communication à vapeur dans son état actuel offre par cette route des moyens de transit sensiblement améliorés pour les voyageurs et les lettres, elle ne peut que dans une mesure comparativement très -limitée servir aux besoins généraux du commerce. Le transport de toutes les marchandises d'une valeur modérée, comparativement à leur volume ou à leur poids, est contraint, par l'effet de Finsuffisance des locaux affectés à ces articles sur les bateaux à vapeur, et par suite de la dépense de leur transit à travers TÉgyptc, de continuer à s'effectuer par la navigation à voiles, prenant le chemin, long et plein de circuits, du cap de Bonne-£spérance.

Or, le principal objet du canal projeté serait

d'ouvrir une roule plus courte entre TËurope et rOrient) et cette route, ouverte aussi bien à la navi^

f^atioii à voiles qu'à la navifjation à vapeur, satisferait ainsi à tous les besoins généraux des relations commerciales*

Avant de procéder à Texamen de la possibilité d'ouvrir un semblable canal, il est convenable d'expliquer comment il est tombé dans ma destinée d'avoir à traiter ce sujet.

En l'année 1841 , je visitai l'Égypte; là, mon attention entre autres objets se dirigea sur la question qui a été si fréquemment débattue, et n'a jamais, d'après moi, été résolue d'une manière satisfaisante, sur la pos^iljilitc de rouvrir, dans 1 istbme de Suez, l'ancien canal qu on dit avoir réuni autrefois la mer Rouge et la Méditerranée.

En poursuivant cette étude, je fis la connaissance de M. Adolphe Linant, du Caire, ingénieur civil français d'une grande réputation, et qui est, je crois, depuis plus de vingt ans, au service du pacba d'Égypte.

Je trouvai que M. Linant avait dé\ oué beaucoup de temps et de travail aux investigations pratiques nécessaires à la solution de ce problème , qu'il venait de compléter un plan étudie de l'isthme, et qu'il possédait les informations les plus amples dues à son examen personnel sur les localités à travers lesquelles le canal en question devait être creusé.

OPINION DE H. ANDBESON. m

Sous certaines cooditions, je le décidai à me donner un mémoire à ce sujet accompagné d*une carte manuscrite de son plan de Fisthme de Suez et de la basse É^pte, dans laquelle la situation de l'ancien canal et le tracé du canal proposé étaient desi^inés avec les détails les plus minutieux. Enfin, cette carte, que je possède encore et qui est dressée sur une (grande échelle , contient un aperçu beaucoup plus complet de la basse Egypte (ju aucune de celles qu'on a exécutées jusqu ici.

Arrangements politiques.

La coopération 9 ou du moins le consentement

actif du pacha d'Egypte , est indispensable.

Ayant suggéré Futilité de rintervcntion d'ime ou de plusieurs puissances europjéennes pour écarter les empêchements poUtiques qui pourraient entraver l'entreprise dans sa marche , je crois nécessaire de jeter un rapide coup d œil sur les intérêts que chacune d'elles aurait à en provoquer Texécution.

La Grande-Bretagney par la yaste étendue de son commerce et ses liens politiques avec l'Orient, en ' retirerait certainement les plus grands avantages. Mais beaucoup des autres natimis de FËurope en bénéficieraient aussi en proportion de l'importance do leur conuncrccj et celles qui ont des ports sur la Méditerranée et dans le I^evant ou même sur toute

18S DOCniIBNTS.

côte plus rapprochée de la coiiHiiuiiication projetée que les ports de la GraQde-Bretagoe gagueraieat encore plus eu proportion.

HoUande, à peu près sur la même ligne que la Grande-Bretagne, aurait, pour son commerce considérable avec rOrient, un intérêt diiccc à louverture de Tisthme. Son.oommerce serait amélioré et sa con* nexion politique avec ses belles colonies de Java» etc., se trouverait siiigulicreincnt resserrée.

La France y trouverait de très-importants bé* néfices; la communication lui créerait presque un nouveau commerce, dans lequel, par ses ports de la Méditerranée, elle aurait sur nous lavantage d'importer directement de l'Inde Findigo» etc., dont elle emploie de grandes quantités pour les besoins de ses manufactures, tandis que d'un auQc côté la brièveté de la route nouvelle vers l'Inde, etc., fournirait un stimulant à ses exportations.

V Autriche 9 il y a toute raison de le croire, accorderait à l'entreprise un cordial appui. Elle fait des efforts actifs et judicieux pour étendre et améliorer son commerce, et il nest guère possible de douter de sa coopération en faveur d'une opération destinée à seconder ses vues sous ce rapport. Les négociants de Trieste ont été les premiers à profiter d*un arrangement que 1 auteiu* de cet écrit réussit, il y a deux ans environ, à réaliser avec le pacba dEgypte et par lequel ce

OPINION DB M. ANDBRSON. 389

prince consentit à renoncer aux droits élevés de transit imposés en Egypte par les traités avec la Porte, et à leur substituer un droit assez faible, pour rendre possible par ce pays le transit des marcbandises allant aux Indes et en venant. Grâce à cet arrangement, deux cargaisons de produits indiens ont été déjà apportées du Bengale à Suez sur des navires à voiles, puis, traversant l'Égypte jusqu'à Alexandrie, elles y ont été réembarquées pour Trieste.

La Cbambre de commerce de ce port est, c*est

chose Lien connue, anxieuse de pousser son commerce avec rOrient dans cette direction; et Ton rapporte qu'une proposition a été £ûte dernièrement par plusieurs capitalistes autricbiens au pacha d'Egypte pour l'ouverture du canal de l'isthme.

La Grèce y recueillerait des bénéfices évidents. Ses nombreux p^ts navires seraient parfaitement adaptés à la traite des ports de l'Africpie et de TArabie dans la mer RougCi et on les verrait bientôt couvrir ces côtes.

VitaUe, k Turquie ^ Y Espagne y le Portvffoly la Belgique y les petits États du Nord, et même 1'^/?^'rique , pardciperaient plus ou moins à cette amélioration de la route du commerce oriental , et slls <mt une juste idée de leurs intérêts, ils y applaudiront comme à un bienfait.

La Rimie elle-même, quoique maîtresse d'imc

m DOCUMENTS.

route de terre communiquant avec TAsie centrale,

rinde et la Chine, ga^pierait encore au canal j car elle pourrait ouvrir avec TOrient, par ses ports de la mer Noire, des relations maritimes qui seraient moins coûteuses et bien plus susceptibles d*exten« ùou. que le transport par terre.

Il ressort de ces réflexions que toutes les puissances européennes auraient un intérêt plus ou moins considérable à patroiiiier Fentrepi iso; et dès lors il y a toute raison de conclure que JVléhémet- Ali serait facilement amené à accorder sa coopération, s*il était invité par une ou plusieurs des grandes puissances, soit à entrcpiendre le travail lui-même, soit à le concéder à des capitalistes privés au moyen d*un arrangement qui y attacherait son nom et lui assurerait à lui-même et à ses descendants une part des bénéfices.

Ija garde d'un tel passage entre TEurope et l'Orient servirait à rehausser Timportance de sa position politique et à fortifier les relations d'inlei et mutuel entre le chef de l'Egypte et les États de TEurope^ ce qui formerait la garantie la plus efficace pour la continuation du gouvernement de rÉ(],yple dans la lainille de Mébémet-Ali.

L'association de son nom à une entreprise si magnifique serait encore, je le crois, un puissant mobile sur un homme si. ardemment pénétré de k soif de la renommée.

OPINION DE M. ANDBRSON. «4

Quand même un firinan ou un autre acte en forme^ provenant du sultan de 1 empire ottoman , en sa qualité de souverain du sol, serait jugé né* çessaire afin d'assurer un droit permanent, incontestable pour rétablisscnient et la garde du canal , je suis davis que, ce point étant abandonné à Tinfluence du pacba, il remporterait avec beaucoup plus de facilité et de promptitude que si on l'abordait par le moyen de la diplomatie européenne.

Avantages de la navigation par la route du canal, comparés à ceux de la route par le cap de Boane-Espérance.

Avant de comparer ces deux routes en ce qui concerne la navigation à voiles, il est bon d'examiner

les Êicilités que le canal proposé fournirait aux communications à vapeiur avec l'Orient par la voie de rÉg^ypte et de la mer Rouge, appelée communément , mais très- faussement, la route de terre.

Dans le but de bien faire comprendre cette question ^ il est nécessaire de faire connaître brièvement le mode de transit à travers TÉgypte pour les malles, les voyageurs et les bagages, soit qu ils se rendent aux Indes, à la Chine ^. etc., soit qu'ils en viennent.

Il est certes généralement connu que cette com*

municatiun s opère au moyen de bateaux à vapeur appartenant à une compagnie privée et naviguant

Ui DOGDMENTS.

nietisuellenimt entre Soutfaatnptmf «t AiekimdHe ,

en loucliant à Gibraltar et à Malte , et par des ba- Icflux à Tapeur plus pelitfl appartenatil à la Conipa« gaie des Indes orienliiles» faisant mensuellement le trajet entre Bombay et Suez , principalement pour prendre les malles. La compagnie privée vient d'établir deux navires à vapeur» ïindostan et le Bmiineki de 1,800 tonneauii et de la force de 600 fïbevawi cliaeuii, pour laiàe le Hajet entre Suez et CalcuUa en touchant à Aden, à Ceylon et à Madras. Les navires de cette compagnie » de ce côté de TÉgypte comme de l'autre cdtè , UiuMportant les man^handises, ainsi que les voyaryeurs et les malles; mais les navires de la Compagnie des Indes orieutaks^ tenant la ligne entre Suez et Bombslyi ne reçoivent pas les marchandises et n*ont pour les voyageilft qué des aménagements ti ès-limités et comparativement inférieurs*

Les fnaUeSf les passagers et les bagages fcont d*faa^

bitude débarqués des bateaux à vapeur venant d'Angleterre à Alexandrie et reinbarqués à Suez sur les bateaux partant pour les Indes » et ce mode s applique tant à Tallei- qu au retour.

Il reste maintenant à inonu t r euiîurtent le transit à travers l'Égypte, entre Alexandrie sur la Méditer^ ranéo et Suez sur la mer Rouge « sWfectue avec la dépense qu'il occasionne, et alors on pourra estimer combien ce transit sera amélioré par la voie du canal.

OPINION DB M. ÀN0BRSON. M

Je continue en rechercliant les avantages que le canal préseitteMt âux navlra à voileâ naviguâiit FEtirope et TOHent.

La dislance entre le canal de la Manche et Calcutta, par le cap de fionne-Ëspérance^ sur la route prise par les tnelUeufs navires voilierg^ peut être es^ titnée â < . . 4 . i 13,000 milles

Par la voie de la Méditerranée , de la mer Rouge et de l'océan In<»

dieii) elle m d'environ. . • « « ^ . 8,000

Différence entre lesdeux distances 5,000 milles

Par le Gap, la route jusqu à Bombay est d'environ 1 1,500 milles

Elle est par la route de la mer

Rouge de 6,200

Gain de la distance jusqu à Bombay 5,300 milles

Cette observation implique que la navigation par la voie de la Méditerranée et de la mer Rouge est aussi facile que celle par le Cap. Je Vais essayer d'examiner cette parde de la question avec Texacti*» tu de (]ue son importance réclamCi

Le premier point qui se présente dans cette consi<»

délation, c'est rinfluenoe des moussoni ou vents pé«

riodiques qui rè^pent sur les mers indiennes «t dans

la partie sud de la mer Rouge.

La mou§son du sud-ouest, qui souffle avec beau-

is.

m DOCUMENTS.

coup plus (le force que celle du nord-est, prévaut dans Tooean Indien , entre la côte orientale de TAfriqtie et les c6tes de Tlnde, etc., etc., depuis mai jusqu*à octobre. Elle a sa plus frrande iurce pendant les mois de juiiiy de juillet et d août.

La mousson du nord-est règne d*octobre à mai; mais elle est beaucoup moins forte que la mousson du sud-ouest.

Cherchons d'abord à estimer les difficultés ou les avantages de ces ventB périodiques pour un vaisseau à voiles na\ ijjuant par la mer Rouge, en les comparant à ceux de la route pat* le cap de Bonne-Espérance. Pour cela il faut supposer que les vaisseaux, soit partant des ports , soit allant aux ports commerciaux les plus importants de l'Inde , tels que ceux des présidences de IMadras et du Ben^jale, ou bien encore de Ceylan, de Singapour, de Java, de la Chine; etc., sont placés à un point de peu de degrés au sud de Ceylan, point à partir duquel ou vers lequel ces vaisseaux ont à marcher» soit qu'ils veuillent se diriger par le . cap de Boime-Espérance ou par la route de la mer Rouf^e.

» Maintenant il est bien connu que de cette posi^ tion un vaisseau gouveniant pour la côte d'Afrique vers le cap Guardafui (extrémité méridionale du golfe d'Aden) et de là sur le détroit de Bab-el- Mandeb (entrée de la mer Rouge) aura le vent par le travers et pourra, par conséquent, gagner et fran-

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