EXTRAIT DU MONITEUR
de Mufitapha III (yoir Lebeau , Hi$tmm du Boê^Em^ pire, t XII, p. 490, «t 1« Mémoirei du harm 'de
Tott sur les Turcs, part. 111 et IV), avant de frapper celle du dix-neuvième siècle , il n'y a qu'une ob» jection» et la voici :
II est tmpottSble, dit-on, que les grands nafires abordent à Péluse; et le canal direct est une cbîmèrei parce qu il peut déboucher dans la Médltemuiée.
Cette objection si souvent répétée n'est que spécieuse et ne peut pas tenir deyant Te^ajucn des £ûts. L'entrée à Péluie est assurément un travail difficile et ooùteux » mais elle est parfiiitement pra* ticable, et les ingénieurs ont surmonte de Lien autres obstacles avec des ressources beaucoup moin* dres que celles dont on peut actuellement dispos^.
n est bon d*abord que Von sache que le niveau des deux mei s , saul la diiïerence des marées, assez fortes au sud dans la mer Rouge et à peu près nulles au nord dans la Méditerranée, est sensible*ment le même. La commkâon de 1799 avait trouvé pour ie goiic Arabique une élévation de 9", 90; mais ses travaux, £ûts au milieu de tous les dangers et de tous les troubles de la guerre, n avaient point été vérifiés; et le génie de Laplace, se fondant sur des vues théoriques très-justes, avait nié formellement Ja poesibilîté d'une telle dqiression à trente
lieues i peine de distance. Plus tard, vers 1840,
is.
m DOCUMENTS.
des o£fideis anglais avaient constaté , en procédant fnr le baromètre et Tébullition de Teau, qu il n y
avait point de différence de niveau, et, en 1843, le prince de Mettemich, informé de ces travaux»
adresea en Ëgfypte des instnictions pour engager Méhémet-AU à s'occuper de la grande entreprise du percement de Tisthme : sa dépêche est encore dans les archives du consulat d'Autriche à Alexandrie. En 1847, une commission d'ingénieurs français , envoyée par M. Paulin Talabot sous la direction du savant M. Bourdaloue , et secondée par des ingénieurs égyptiens cpie dirigeait M. linant» ingénieur en chef du vice-roi 9 mit le fait hors de toute contestation , et M. Paulin Talabot eut la gloire de le consigner dans un mémoire devenu iameux. Notre Académie des sciences s'émut pour l'hoimeur de l'ancienne commîsision d'Égypte. M. Sabatîer, consul général de France, demanda au vice-roi une nouvelle vérification , dont fut chargé M. Linant en 1853^ et qui confirma , sauf une divetgence in> signifiante, les travaux de 1847.
Ainsi ou ne peut pas compter sur la siuélévation considérable de la mer Rouge pour fietciliter à l'autre extrémité du canal les abords de la Méditerranée; on n'a que la différence des marées.
Conune on ne trouve une profondeur de T'^SO à H" devant Péluse ou Tinéh qu'à 6,000 mètres en mer y on prétend qu'il est impossible pratiquement
BXTBAIT DU MONITEUR. 177 de prolonger la jetée du canal jusqu'à cette distance, parce que les eaux ne sont qu une fange liquide et que des nuages terreux s'opposent à ]a marche des vaisseaux et à la solidité des travaux.
C'est là une erreur complète.
Parce qu'Hérodote avait dit que le Delta est un présent du Nil, on a répété son assertion inexacte sans la vérifier, et sa métaphore a passé pour une vérité incontestable. Mais un fait bien certain et qu'il suffit de demander à tous ceux qui sont allés à Péluse, c'est que Feau y est aussi limpide qu'à Alexandrie ou à Jaflia. liCs bancs de mt» voyageuse qu'avait vus l'amiral Sydney Smith ne sont pas plus réels que le présent du Nilj et, depuis vingt ans que ces c6tes sont parcourues en tous sens par les bateaux à vapeur, personne n'a retrouvé ces bancs fang^eux. Ce qui est vrai, c'est que les eaux du Nil, qui, à l ëpoque de l'inondation, se distinguent à plus de dix lieues en mer , entraînent au loin dans la Méditerranée et déposent dans ses profondeurs les masses limoneuses qu elles tiennent en suspension (l/SOO" à peu près) et qui ne reparaissent sur les côtes qu'en quantité imperceptible; ce qui est vrai, c'est qu'on peut prendre une poigpiée de sable au bord de la mer , à Péluse , sans y trouver la moindre parcelle de boue. Les ingénieurs du vice>roi ont constaté que la côte, depuis El-Arisch jusqu'à Tripoli, est de sable pur, et les sondages faits le long
971 DOCUMENTS, du rivafie donnent le même réniltet Loin que ee soit It' Nil qui puisse fornuà des auerrissemcnts h Péluse, c'est uii axiome scqui» aujourd'hui à la «cience que les dépMs vaseux on tablooneux obsenrës à Femboiicbure dei fleuves sont entièrement duë aux ïiiatitTLj» amenées par le flot. Les fleuves n'y sont pour rien; et les belles observations faites par les Jiydrogmphes les plus habiles à la baie du MoDt-Saint-Micbel , aux bouches de FEscaut, de la Meuse^ du Uhiu, de l Yssel, Tout surabondamment démontré. Les ensablements de Péluse et de Suez, comme Tisthme entier» ont été formés par les ap* ports maritimes de la Méditerranée et de la mer Rouge. L étude approfondie du mouvement des vague» a prouvé que les barres des fleuves ne tiennent qu'aux lames de fond. Le Mil n a^t donc point sur le réf^ime des abor<^ls de Péluse, comme le croyait Hérodote et comme le croit encore ropinion com« mune; et cela est st vrai, qu'à âO kilosn. au-dessus de son embouchure , il y a des atterrissements de vase, tandis qu au-Klessous il n y a plus que des sables. Enfin les aocumulatiops de sable sont d'autant plus oonsidéiables que les eaux du fleuve sont moins abondantes.
En écartant de la question les asscrdons hypothétiques » il reste donc incontestable que la seule difficulté à .Péhise, c'est la longueur des jetées en mer.
Péluse avec se^ ruineâ est au point même où Va. vue