‹ Percement de l'isthme de SuezChapitre 29 sur 31 · I ISTHME DE SUEZ · texte numérisé non relu

I ISTHME DE SUEZ

nistre a désigné le conseiller de cour M. de Negrelli, directeur des travaux publics » ingénieur d'un grand mérite et qui , dans des études faites en 1847 , a été spécialement cliai^^é de Texamen des questions relatives au débouché du canal par Péluse.

La même demande a été adressée à Turin, à la Haye, a Berlin, elles divers fjoiivemcments ont autorisé à iaire partie de la comuiission :

PourTitalie, M. Paleocapa, ingénieur ^ ministre des travaux pud^lics à Turin.

ToLir rAlIcmnrjiu*, M. le conseiller privé Lentze, iii^j'énieur eu chef des constructions hydrauliques de la Prusse.

Pour la Hollande, M. le chevalier Conrad ^ ingénieur en chef du Water-Staat.

£n Angleterre^ TopiDion publique a, pour ainsi dire, fait son élection elle*même. Les intérêts et la s(Meiice anglaises sont représentés dans la commissiun ,

Par M. Rendel, ingénieur» dont le nom est une autorité;

Par M. Mac Lean , autre ingénieur , également connu en Angleterre par ses travaux hydrauliques ;

Par M. le commander Harry Hewet, officier supérieur de la marine britannique des Indes, qui a fait pendant viu(^t-sept ans des études hydrographiques dans la mer Bouge et dans la mer des Indes.

Les commissaires pour la France sont :

LEïTU£ AU TIHES. 5

M. Benaud» inspecteur général des ponts et

chaussées ,

£t M. Lieussouy ingénieur hydrographe de la marine.

Certes, une telle composition est de nature à rassurer toutes les susceptibilités, toutes les défiauceSj toutes les inquiétudes, toutes les timidités.

Votre correspondant ne supposera sans doute pas que tant d liommes dîstin(i[iios , investis d'une si haute mission, revêtus d'un caractère publie, occupant dans leur pays les positions les plus hautes et les plus honorées , iront se prêter, en présence de l'Europe qui les attend, aux légèretés ou aux illusions d'esprits aventureux, aussi peu soigneux de leur honneur que de la bourse des associés qu'ils appelleraient à l'achèvement d'une oeuvre folle.

Donnons maintenant le programme des travaux de la Commission.

Comme je Fai dit, elle ne s'enfermera pas dans le cabinet. 1^1 le ne fera pas de la science abstraite et de la ihi orici elle st* transportera sur les lieux, elle ira étudier sur place les problèmes qu elle doit résoudre.

Du 15 au 20 novembre, elle sera réunie à Alexandrie. De là elle passera au Caire d'où elle se rendra à Suez, procédera à l'exploration complète de l'isthme et s'embarquera à Péluse pour remonter la côte jusqu'à Gaza , afin d'observer la direction des

6 ISTllMii m- Sl'I Z.

rounints et le prétendu dan(j[er des attcrrisseinents, :i|)rès quoi elle se diri{;cra vers Alexandrie pour li iitrcr m l'.nropc et dresser un programme dcHiiitii des travaux à «nt reprendre.

Certes, j ai le droit de penser qu'une telle Commission présente toutes les f^^aranties que peut exif^er l'inquieUule la plus onihraijeuse. J'ai le droit de dire que ses observations et scî> iuvesti[;atiuus ne pourrotit laisser prise dans les esprits impartiaux aux assertions fifratuites et hasardées qu'avance votre coiTeî»pondant. .1 al le tlioit d'espérer que le vicel'ot d*£gypte peut Ijardîiuent opposer tant de précautions et de mesures aux attaqties sourdes ou déclarées qui tenteraient de discréditer sa généreuse initiative. J'pi le droit de eoiupter que rAn(;lcterrc, l'Europe entière , rendront jusdcc à ses inteutious droites et pures, et à celles des collaborateurs qu'il s'est assoeiés.

La Commission sera souveraine dans ses décisions; elle les prendra sous sa responsabilité et sous les regards du monde impatient de voir mettre la niaiu à une œuvre (pii est toute une pacifique et féconde révolution.

Il me semble que j'ai dès à présent répondu aux plus graves affirmations de votre correspondant.

Si le projet est impraticable , la comnussion ne sanctionnera pas une entreprise iiuppssible.

Si le projet ne préspnte pas d avantages à la navi-

LKTTHlî AU TIMIÎS. 7

galion et au commerce, s*il n*abrége pas les distances, ou si, par les Inconvénients de cette nouvelle ij;ivi{;aii()ii, il les abré(i[e dans l'espatt' sans les abréger daus |u réalité, la Commission proponcera ^ et votre correspondant » avant de se livrer h des insinuations dont il n*a pas sans doute apprécié toutes les tendances, eût tUi peut-tHrc attendre son, arrêt.

Mais est-il besoin d'attendre le verdict de la Commission européenne pour avoir raison, de ple^^w, des allégations du correspondant d Ale:(andrie 1

lia jonction des deu^ mers pa)r un canal de qavîr gation maritime est-elle possible? L'histoire répppfl qu'elle a été plusieurs fois réalisée.

- En particulier l'exécution du canal projeté sur 1^ ligne de »)uej: à Péluse est7islle impraticable? Nous ayons d*un côté la protestation d*un anonyme qqi ^ [)ris le rol(^ iacile et sommaire de tout déH|j[j4rcr , contester et nier; de lautre nous avons lautorité des hommes du xpétief, les études dm^^nleuf^ rompus à la pratique de ces lieux et de ces que^-

titjns.

De quel côté penchera la confiance des hommes sérieux?

Deux conceptions de la même grandeur et de la même nature préoccupent en ce nioineiU notre monde scientifique et cofnmercial ; Tunie est )a jonction des deux Océans par Tisthn^e J^éricalu,

ratiCrc 1.1 jonction de la mer Indienne et de la Mé*-

diterrance par risthmc de Sue/.

Certes y le percement de i'istbmc Américain présente, de Taveu de tous, des difficultés bien autrement considérables que le p rccinent de Tisllime de Suez. Cependant lu premier de ces [)rojet$ n a pas rencontré les controverses , les négations passionnées qui cherchent à faire obstacle au second. Aujourd'hui la possibilité d'une commiuiication mai iiiino, directe entre les deux côtes américaines, est universellement acceptée. Elle a pour elle Tassentiment de Topinion et de la science , et de plus Tautorité de Sa Majesté Fempereur des Français.

Je ne serais pas étonné que votre correspondant lui-même ne fût sur ce point de Tavis universel.

Or, si de ces deux entreprises la plus difficile est praticable, comment la plus facile serait-elle im^ possible?

Mais, il faut bien Tavouer, c'est une des tristesses

et des inliiiiiités de l'esprit humain, que jamais rien de bon et de grand ne s'est fait sur la terre sans se heurter plus ou moins à ces natures chagrines ou envieuses, alarmistes ou décourag[ées, qui, |)ar Tétroite et tracassière négation, cloueraient le monde sur Timmobilité.

C*est contre ces bornes de la négation passive que notre Riquct a usé son [jénic et sa vie avant de pouvoir enrichir la France du canal du Languedoc.

LËÏTKE ÂU TIMES. 9

C'est par Tinflucnce de ces systèmes rétifs que Fiilton a vu, [iciHlant un temps, repousser sa découverte, qui est maintenant l'aile de la guerre, du commerce , de la civilisation et sur terre et sur mer.

La communication à travers Fisthme ne sera pas , dit votre correspondant, avanta(>euse au commerce , qui continuera à suivre la route du Cap de Bonne-Espérance. Ainsi donc, il est indifférent au temps, à la dépense, ù la sécuiité du iiavi[;alciir voulant alteindie deux points donnés de faire 3000 lieues ou 5 à 6000 lieues. Bien plus, il préférera le trajet de 5 à 6000 lieues à celui de 3000. Pourtant aujourd liui \ lualU s, vos dépêches, vos passagers, vos marchandises légères ou précieuses choisissent exclusivement la voie de Suez pour arriver dans la mer de l'Inde , malgré les inconvénients d'un double transbordement, malgré les fatigues du voyage à travers l'Égypte et le désert. Et lorsque ces inconvénients seront supprimés, lorsque par un large et court canal , les vaisseaux, les passa<;ers, les marchandises de toute espèce pourront sûrement et rapidement communiquer d*une mer à Fautre, ils n'adopteraient pas la voie la plus prompte, la voie dès à présent prcterée par tous ceux qui peuvent la suivre l

La navigation et le commerce n'accepteraient pas le chemin du canal de Suez! Votre correspondant na donc rien entendu des mille échus de la presse

lU ISTIIMK DE Sl'EZ.

européenne, delà sollicitude avec laquelle touslespeupies maritimes suivent les profilés de nqtre œuvre;

îl li a iloiic rini cntiiidii des b\ in|jathi<'s de la ht ii jice et (U; l'opinion britanniqut's ; il ne siiit donc rien de Tintérét que votre Compa{|[Rie des Indes la première attache à Vexccution de ce projet? — Je passe.

Suivant lui, ropetaliou serait désasU^euse, les actionnaires s y ruineraient.

Ce n*est pas l*avis des plus émînents , des plus puissants et des plus éclairés fînanciersde l'Angleterre et de l'Europe; car ils uut oticrt à l'entreprise le concours le plus elBcace et le plus large , et déjà, comme je 1 ai dit, au point de vue de ses finance, le sort (le l'entreprise est assuré.

L'exécution dn canal étant admise, les bénéfices se démontrent tous seuls, ils ne supportent pas la contestation. Ils sont attestés par Tintelligence et |a conscience universelles.

Ils reposent :

Sur une concession de 99 ans ;

%Sur le mouvement de la navif^ation et des échanges déjà existants entre les tlcux parties les plus riches et les plus peuplées du globe;

Sur le progrès comniercial, résultat nécessaire du surcroît de rapidité et de facilité dans les rapports (le la civilisation occidentale avec des populations de plus de 700 millions d'âmes prqiiées jusqu'ici d^psleur isolement et leui* barbarie;

LETTlili: AU TIMES. U

Sur rimportance des terres concédées à la Gompa(^nie et dont la fertilité naturelle et célèbre n*attciiii pour se renouveler que les canaux darroseinent compris dans les dépenses du devis;

Sur la valeur des terrains de construclion aux abords du canal et autour du port intérieur de TiiHsal) réservé à devenir une autre Alexandrie.

En assurant qu*il y a excès dans le prélèvement de 15 ^/ft^uT les bénéfices nets, attribué au Gouvernement égyptien, volrc correspondaiiL me paraît peu conséquent avec lui-même. A quoi bon dispute-t-il sur les bénéfices, puisqu'il proteste qu'il n'y a point possibilité de bénéfices? Qu*iraporte la quotité de chacun, si le total est une chimère?

Pourquoi cette oiseuse objection en l etat si elle n*a pour unique objet de faire le vide des capitaux autour de l'exécution redoutée ?

Ou bien le coiTcspoudant n'est-il pas aussi certain de son fait qu'il voudrait le paraître? Et ces bénéfices soi-disant chimériques lui semblent-ils, au f ond de l'ànie , assez importants et réels pour qu'ils vaillent la peine d en prévoir et mesurer la distribution? ♦

Le Gouvernement égyptien s'est réservé une part fixe et invaiiahle de 15 sur les bénéfices nets. D abord c'était son droit. 11 était libre d'attacher à sa concession les réciprocités d'avantages qu'il jugeait utiles ou justes. A-t-il abusé de ce droit? prenons

Page 1