SCENE IX
LEOPOLD, puis MATHIAS PERE.
LÉOPOLD, à Im-méme. Elle m’a compris et ne s’est pas fâchée... c’est bon signe !.. . Maintenant je vais courir... emprunter pour elle. . (S'arré’/an/. )c’est qne maliieureusemenl je ne connais personne d’assez hardi pour prêter à un étuduint!...
MATHIAS PÉBE, à la cantonnade. Remise la carriole. . . et un morceau sous le pouce, je ne m'arrête que dix minutes.
UN VALET DAUBEnOB, te suivant. Monsieur veut-il une chambre ?
MATHIAS PÉBE. Du tout ! {Montrant une taàle.) Sen-moi là !... au grand air...
LE VALET. C’est qu'il n’est pas l’heure.
MATHIAS PÉBE. Il n’est pas l’heure d’avoir faim?...
LE VALET. L’usage...
MATHIAS PÉBE. Ah ! tu as bien trouvé ' ton homme , avec tes heures et tes usages ! Il y a soixante ans que je mange quand j’ai' appétit, que je bois quand j’ai soif, et que je dors quand je m’ennuie. Ainsi, un plat de choucroute pour moi.., une tranche de bceuf pour mon domestique... un picotin pour ma grise... en trois temps... plus vite que ça!... sinon!... on m’a recoiiiiiiandé l’exercice pour mes rhumatismes... et...
( Toamant fon bras et ion blton.l
LE VALET , sortant avec empressement.
Vous allez être servi.
LÉOPOLD, 91U a examiné Mathias père.
Eh ! je ne me trompe pas, c’est bien lui !..
{S’approchant.) Monsieur, monsieur, vous ne me reconnaissez pas ?
.. I^REETHUf.
iXATRlAS PÉBE, i/ui a'eslassü et souriant.
Jé ne crois pas que nous ayons été au col-> lége ensemble, mon garçon? S >
LÉOPOLO. Vous êtes bien «"e brave négociant connu de toute l'Allemagne ?
HATBiaS pèrg. Jean-Claude Mathias...
le plus gros inarcliand de Ixrufs de la Hongrie !.. qui depuis trente ans nourrit les armées impériales.. . qui a prêté de l’argent à tous les souverains, et qui n’en est ni plut ber, ni plus riche.
LÉorOLD. Eh bien ! V orts ne votis rappelés pas ce pauvre petit étudiantd’Heidel- ! berg? ^ ?
MATniAS père, nâ’emeai. Le fils d’un ' brave officier?
LÉOPOLD. Qui faute de pouvoir payer une inscription.,..
■ \TBt.\s PÈRE. Allait abandonner scs études?.. C’est toi?.l ^ *
LÉOPOLD, /«/ serrant lu main. Mon généreux bienfaiteur...
M.\Tiil.\A PÈRE. Veux-tu bien te taire?., un beau service, ma foi!., est-ec qu’il ne faut pas s’èntr’aider dans ceinonde!.. moi aussi, dans ma jeunesse, j’ai trouvé quelqu’un qui m’a tendu la main... et quand j\blige de pauvres jeunes gens, il me semble que j’acquitte une vieille dette ; d’ailleurs un étudiant...
r; .. Aib : Paris et le village,
Çm nippclc mon ül$,
Mon bon Françok. que iJteu protege 1 Et qui loin de ses amis ,
OomtD* toi ttavaiUait au colley !..
Je me ili»uit , il ne luanqne de i ieo,
Kt ma fbrtuo' s'ru son partage ;
Mais, an >on nom, faibon» un (>ea«lc bien...
Aün dégrossir nierilûgc.
{Changeant de ton.) Ah çà ! et CCS élitdes?
ça t’a-t-il profité?
LÉOPOLD. Je 1’e.spère.
Bl.\TiiiAS PÈRE. ’i’u es riche?
LÉOPOLD. Non, je suis instruit...
siATiii.xs PÈRE. Diable ! ce n’est pas la nième chose.
LÉOPOLD , soupirant. Dans ce moment surtout...
MATBIAS PÈRE. Tu CS encorc eu arrière d'une inscription?
LÉOPOLD. Il ne s’agit pas de moi!.. im.v gmei...
’VATBIAS PÈRE, voyant qu’on lui appo’te son plat de choucrvâle et son pot de bière, et s'asseyant. Parle toujours, je t’écoule!. ..
usais v'ià deux heures que je n’ai rien pris. . . et je sens des bourdons de rathodiale.
LÉOPOLD. C’est la plus belle occasion pour Vous.
MATHIAS PÈRE , mangeant. Quclqties crnlAines débattis de Magdebourg i aelic-
■ LÉOPOLD. Bien mieux que ça... une jeune per.souue, la plus jolie, la plus modeste !..
MATBIAS PÈRE, souriant. Ah ! ah ! c’est dans cette faculté-U que tu prends tes de^> gtéS;
*^i.Éoroi.o. Eh bien! oui... j’en conviens, je l’aime.
MATBIAS père, gaimeni. II n’y a pas de mal à cela, mon garçon !
LÉOPOLD. Mais en honnête homme; ai vous saviei comme elle est intéressante !..
' MtTliiAS PÈRE. Parbleu!., ellem’intéressc déjà.
LÉOPOLD. Pauvre et sans ressources...
elle a été forcée d’entrer chei une grande dame... qui est très-noble, A ce qu on dit, mais aussi très-vieille et très-méchante. .
MATHIAS PÈRE, mangeant. L’unn’cm-j pêclie pas l’autre. '
LÉOPOLD. Et qui la rend malheureuse!
parce qtie, votisconccvei. . . dans ces grandes maisons..,
MA1HI.AS PÈRE, haussant les épaules en mangeant. Ils ne savent pas faire la choucroiite.
LÉOPOLD. Hein !..
MATBIAS PÈRE. Je parlede cet imbécile de cuisinier.
LÉOPOLD. Sans compter des jeunes gens qui l'entourent... et qui parce qu’elle est jolie
M ATBi \s PÈRE. Pauvrc petite. . . ce n’est pas sa faute... jecomprends: elle veut quitter sa grande dame...
LÉOPOLD. Pour se rendre à Nuremberg, choï une brave femme, sa nourrice , où elle vivrait modeste et retirée, jusqu’à ce que le ciel lui envoyât un boumari... et je voudrais bien que ce mari...
MATBIAS PÈRE. Ça fût toi?
LÉOPOLD, timidement. Oui, monsieur.
MATBIAS PÈRE. C’cst bien... c’est bien, mes enfans!.. j’aime que les honnêtes gens SC niarient, ça conserve l’espèce... et elle n’a pasd’argent pour allerâNurembcrg?..
de l’argent... ça n’est pas une affaire, j’en ai, moi!..
LEOPOLD. Ah! moniscup...
BlATiii.AS PÈRE. Mais il faut quelqu’un pour l’accompagner... toi, ça n’est pas possible.
LÉOPOLD. Oh! je ne le voudrais pas.
jlATiiiAS PÈRE Paihbu ! si (ail, lu le TOiidiais bien, mnii gaillard!,, mais moi , je n’i ntemls pas de celte oreille— là... je m’en chargerais bien, mais je vais à lanoce de mou tils!
, LÉOPOLD. Votre (ils !.. ab ! s’il vous tss- I semble...
HAOASDI THEATRAL.
MATntAS rÈRE. Me ressembler!., lui, mou François!., ab ! c’est bien autre chose ! ce n’est pas un paysan comme son y>ére, fi donc!., c’est mou orgueil, mon bonbeur que cet eiifant-là... je nai rien épargné pour lui ; l’Université, des maîtres de toute espèce... rien que cette année, il a appris pour douze mille florins !.. et une ardeur pour le travail... il me demande toujours de l’aigent!.. ça m’enchante, car je ne suis au monde que pour prévenir ses désirs, le rendre heureux, l’aimer, être aimé de lui surtout !.. oh çà ! par exemple, s’il ne m’aimait pas, vaudrait autant me tuer tout de suite, parce que je n’irais pas plus loiu!..
LÉOFOLO. Qu’il doit être fier de votre tendresse !.. et vous allez le marier?
MATniAS FÈRE. Parbleu ! il se marie bien lui-même ; je lui ai ditsouvent : Mon garçon, il y a deux choses qu’il faut se choisir tout seul, et à son goût, c’est sa femme et sa pipe... deux meubles d’un usage personnel ..et [Ua/aU un verre de bière)c.’etX ce qu’il a fait !.. une belle dame qui me plaira, j’en suis sûr... je le connais, le luron !.. aussi, je leur apporte un cadeau de noce, une surprise!., sans compter les bijoux, les diamans, des babioles... ça amuse les femmes!..
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Les Mêmes, HANTZ, passant au fond avec un valet nui tient à la main un patfuet de lettres d’invitation,
HANTZ, au valet. Porte vite ces invitations et... {^apercevant Mathieu père.) Que vois-je?., le papa!..
( Il renvoie le vslet et reste an fond.) LÉOPOLD, à Mathias père. Ils doivent TOUS attendre avec une impatience!..
MATHIAS PÈRE, gutmenl. Du tout!., ils ne comptent plus sur moi !.. ça va elre des cris de joie!..
HANTZ, à paH. Joliment!., heurpusement que son fils n’ est pas là... Alerte!... je n’ai qu’un moyen de renvoyer le bonhomme !
( Il disparaît derrière les boissons.) MATHIAS PERE , à Léopold. Ce pauvre enfant craignait qu’un voyage aussi long , à mon Age... mais je voyais que ça lui fendait le cœur de ne pas m’avoir là !..
LÉOPOLD. C’est si naturel...
MATHIAS PÈRE. Pardine ! il doit être comme moi! le plus beau jour de ma vie, dès que j’ai été riche , c’est celui où j’ai fait venir mon vieux père , sabotier de la Moravie... où je l’ai installé à ma table, A la place d’honneur, et quand de gros
négocians , des seigneurs même, venaient parler d’affaires et manger ma soupe ,je leur disais : « Otez votre chapeau , mes- « sieurs... c’est mon père !.. • {Reprenant son ton de gaüé.) Je ne pouvais pas priver mon pauvre garçon de cette jouissancelà !.. aussi, au moment de lui envoyer son argent, j’ai dit: Tiens! tant pis! au diable les rhumatismes.. .la grise à la carriole , et au galop !
LÉOPOLD. Vous avez bien fait... ils seront si heureux!...
MATHIAS PÈRE. Je Voudrais cependant trouver un moyen pour faire accompagner la jeune personne...