‹ Père et parrainChapitre 6 sur 35 · BOULAIN , LAMBERT , DOROTHÉE · texte numérisé non relu

BOULAIN , LAMBERT , DOROTHÉE

puis la Nourrice.

LAMBERT. IMousieur Boulaiii ! monsieur Boulain !

BOULAIN. Qu'est-ce ?

LAMBERT. Je VOUS auuonce...

BOULAIN. Le parrain?

LAMBERT. Non... mais quelque chose d'aussi essentiel pour M"*' Boulain... La nourrice.

BOULAIN. Ah! mon Dieu! je l'oubliais...

C'est juste... nous l'attendions... je ne sais })lus vraiment où j'ai la tête... Fais-la vite entrer , que je l'examine! Peste I c'est que c'est fort important.

LAMBERT. Entrez la Bourguignonne?

BOULAIN. Oui... oui... entrez... \oyons un peu... regardez-la donc, nia sœur?

Eh ! eh! mais nous ne sonnnes pas mal... fraîche comme du satin. {Lui tûtaiU les Juiies. ) A oilà une peau douce comme du velours de soie... {Lui prenant la main. ) Ceci est différent ; nous tombons dans le velours d'Utrecht.

DOROTHÉE. Est-ce que vous n'aurez pas

LE MAGASIN THliATRAL.

bientôt fini votre examen ? Cela devient immoral.

BOULAi\ , à part. Hum ! vieille folle. ( Haut. ) Quel âge a votre dernier, nourrice ?

LA NOURRICE, avec rwérence. Huit mois, mon bon monsieur.

BOULAiN. Ah ! vous êtes veuve , à ce qu'on m'a écrit !

LA NOURRICE , de même. C'est vrai.

BOULAiN. Depuis peu?

LA NOURRICE, même Jeu. Trois ans, mon bon monsieur.

BOULAIN. Trois ans ! ( ^ part. ) Je ne m'attendais pas à celui-là. Eh bien ! elle est franche , au moins.

DOROTHÉE , bas. Mon frère , c'est scandaleux... cette femme me fait rougir jusqu'au blanc des yeux.

BOULAIN. Faites semblant de ne pas comprendre.

DOROTHÉE. Est-ce que vous allez confier votre fille à cette...

BOULAIN. Pourquoi non ? Ce n'est pas une éducation morale que je lui demande.. C'est qu'elle est très-ljien la Bourguignonne.

( ïl la regarde )

LA NOURRICE , souriant. Quelle drôle de figure il a donc ce gros-là? comme il me regarde!

BOULAIN. Ne vous gênez pas , nourrice , riez, riez... ça me fera plaisir.

LA NOURRICE. Oh I c'est que si une fois je m'y mets... je suis rieuse, d'abord... puis , vous avez un air si cocasse... Ah! ah! ah!

BOULAIN. Trente-deux dents... Elle les a toutes, et superbes... Venez par ici, nourrice ; je vais vous présenter à ma femme et à ma fille. Tâchez de plaire à toutes les deux comme vous me plaisez à moi, et vous serez contente... Entendez-vous ? vous serez contente , Bourguignonne.

( Il lui prend la taille.)

DOROTHÉE. Mon frère...

BOULAIN. Oh!... ma sœur, restez ici; vous ferez les honneurs de la maison à M. Paul , quand il arrivera , et vous me ferez prévenir... Allons, déridez -vous donc... C'est une belle fête que celle du baptême d'une j^lie fille.

A IR : /iinis, voici la rranle srnmine.

La jeune fiUc , en cnirant dans la vie , De l'espc'rance est l'image à mes yeux; Ah ! |)uisse-t-clle , \\ tous les maux ravie , Jusqu'is la fin cntcnilre un clrint joyeux ! Sur sou berceau, que sa famille implore , Un avenir de bonheur et d'amour !

Par nos concerts saluons son aurore; C'est un matin qui promet un beau jour !

DOROTHÉE. Mon Dieu ! comme vous êtes devenu poétique.

BOULAIN. N'est-ce pas?... C'est la joie!.. Allons, faites comme moi... Et vous, nourrice, venez.

( 11 sori avec la nourrice par la droite.)

SCEINE IV.

DOROTHÉE, seule.

Mon pauvre frère me fait pitié... A-t-il foi dans son bonheur!... En vérité , une femme est bénie , quand elle tombe à un mari de cette pâte-là !... Ah! si j'en avais pu trouver im pareil!... Mais, où a-t-il les yeux , je vous le demande , d'appeler chez lui un homme dont le nom seul fait tressaillir sa femme?... Grâce à Dieu , je ne suis pas médisante ; mais je gagerais ma croix et mon bénitier que cette petite Adèle, cet abrégé de toutes les perfections, trompe ou a tiompé son mari... Oh ! si je pouvais en avoir la preuve, comme je me vengerais de cette pie-grièche et de son frère, de ce M. Féron , qui vante sans cesse les vertus de sa sœur , et qui a toujours l'air si goguenard en me regardant. Ah ! les hommes ! ! ! parce qu'on a quarante ans , à peu près , ils ne peuvent plus vous regarder sans rire... Eh! mon Dieu ! est-ce ma faute, à moi, si je suis restée célibataire ?

Air : Ah ! si madame me voyait.

Certes , j'ai vu bien des galans , Et je n'étais pas trop sauvage ; Mais, sans parler de mariage, Ils s'en allaient avec le tcms, Et diminuaient tous les ans !

A m'obtcnir de ma famille Si l'un d'eux s'c'tait de'cidé, Je ne serais point vieille fille !..

Je n'aurais pas mieux demande !

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