‹ Père et parrainChapitre 7 sur 35 · DOROTHÉE, FÉRON · texte numérisé non relu

DOROTHÉE, FÉRON

FÉRON, entrant rwement par la gauche, sans voir Dorothée. C'est bien extraordinaire... ce matin encore je l'ai vu sur ma

commode. . Quelqu'im est entré dans ma chambre... On m'a vole...

DOROTHÉE. On vous a volé , monsieur Féron ; chez mon frère ? Y pensez-vous ?

FÉRON. Vous avez raison , mademoiselle , ça n'est pas présumablc , et pourtant je ne retrouve plus un petit coffret de bois noir qu'hier soir encore j'avais chez moi.

DOROTHÉE. Un petit coffret noir?

FÉRON. Oui, qui ne vaut pas , j'en suis sûr, deux pièces de vingt-quatre sous... mais c'était un dépôt qu'on m'avait confié. . . Oh ! mais il faut cju'il se retrouve... Je mettrais plutôt toute la maison sens dessus dessous.

DOROTHÉE. Vous n'aurez pas tant de mal à vous donner, je l'espère ; je puis vous mettre sur la voie.

FÉRON. Vraiment ! Oh ? dites-moi vite où est ce coffret.

DOROTHÉE. Dans ma poche.

FÉRON. Comment?

DOROTHÉE. Vous allez me trouver bien indiscrète. Ce matin , en effet , je suis entrée dans votre chambre, dont la porte était restée toute grande ouverte... J'allais y chercher un miroir : le mien s'était brisé... J'aperçois cette petite boîte... je la crois à mon frère , et je la prends pour y mettre , au couvent , mon rosaire et mes chapelets... Je vous la rends absolument telle que je l'ai trouvée. . . Je n'ai pas même eu le temsde songer à l'ouvrir.

FÉRON. Ah ! je respire ?

DOROTHÉE. Vous tenez donc bien à ce coffret ?

FÉRON. Moi... pas du tout ; mais je vous le répète, c'est un dépôt, et je...

DOROTHÉE. Allons, allons... Cela vous vient de quelque dame ; convenez-en.

FÉRON. Oh î mon Dieu non. Ce coffret appartient à ma sœur... Il y a huit ou neuf jours , en voyant approcher le terme fatal où les femmes se trouvent placées entre la vie et la mort , Adèle me remit cette boîte , en me faisant promettre de la donner, si elle mourait , à quelqu'un qu'elle me nomma... mais je n'aurai pas ce triste message à remplir. . Grâce an ciel , ma chère sreur est tout -à-fait hors de danger, et je vais lui reporter tout de suite ce coffret... Ah! quand vous me l'aurez rendu, pourtant.

DOROTHÉE , (/iti a écoulé 0{'cc attention , {t qui tire lentement la hcile ffe Sd pnrhe.

Oh ! la voilà ! ( A pari. ) Que veut dire ce mystère ? (Haut.) Elle est jolie , cette boîte... Elle s'ouvre par un secret, sans doute , car je n'y vois pas de serrure.

FÉRON. Cela ne nous importe guère.

Donnez.

DOROTHÉE. Laissez-moi donc examiner un peu...( En tournant et retournant la boîte dans ses mains , elle touche le secret; la boîte s^ ouvre , et une partie des lettres qu'elle contenait s'en échappe et tombe a terie.) Ah! mon Dieu , voilà la boîte ouverte.

FÉRON. Et tout ce qu'elle contenait à terre... Par Dieu! vous avez la main heureuse !

( Il se baisse pour ramasser ce qui est tombe'.)

DOROTHÉE , qui a regardé au fond de la boîte. Que vois-je ? Un portrait !

FÉRON , se relevant. Heim ! Qu'est-ce que vous avez vu ?

DOROTHÉE, avec joie. Oh! rien... Seulement , je sais maintenant à qui vous deviez remettre ce dépôt.

FÉRON. C'est un peu fort... Je ne vous l'ai pas dit.

DOROTHÉE, aoec explosion. A M. de Renneville.

FÉRON. C'est vrai... Où est le mal?

DOROTHÉE. Connaissez- vous M. Paul?

FÉRON. Oui , je l'ai vu , il y a deux ans, quand ma sœur entra chez M"" de Renneville comme ouvrière à l'année.

DOROTHÉE , lui montrant un médaillon.

Eh bien ! voyez.

FÉRON , surpris. C'est lui.

DOROTHÉE. Comment son portrait se trouve-t-il dans les mains d'Adèle avec ces lettres?

FÉRON. Ces lettres !... Elles sont de lui.

DOROTHÉE. Je l'aurais parié.

FÉRON, h part. Qu'ai-je dit! (Haut.) Je me trompais.

DOROTHÉE , avec joie. Non , monsieur Féron, vous ne vous trompiez pas... et ces lettres sont des lettres d'amour.

FÉRON. Pouvez-vous penser?

DOnOTiiÉE. Oh ! votre trouble prouve assez, mon cher monsieur, que ma conviction est la vôtre, \oiis n'osez pas vérifier le fait... Mon frère s'en chargera.

FÉRON. Comment?

DOROTHÉE. Oh ! vous ne comptez pas

LE MAGASIN THEATRAL

que maintenant je vous rendrai ce portrait avec CCS deux lettres que je tiens.

FÉRON. Si fait , par Dieu ! vous me les rendrez... Et qu'en fcriez-vous? Les irezvous porter à Boulaiu , à Boulain si confiant, si heureux... que cette découverte tuerait peut-êlie.

DOROTHÉE. Puis-je souffrir qu'il soit trompé plus long-tems ?

FÉROîV. Eh ! mon Dieu , si le mal est fait , ce dont je doute encore , à quoi servira de parler? Pourquoi rendre inutilement malheureux trois êtres à-la-fois :

Boulain , votre frère , que vous devez aimer , car il faut bien que vous aimiez quelque cliose au monde; Adèle, qui se repcnt sans doute... et cet enfant, cet enfant innocent de tout cela... que Boulain chérit à présent , et qu'il repousserait peut-être... cet enfant dont vous allez être marraine.

DOROTHÉE. Moi... Jamais !

FÉROi\. Oh I je vous y forcerai bien.

DOROTHÉE. Et comment , s'il vous plaît ?

FÉROX. En vous parlant raison d'abord; et puis, si cela ne suffit pas , en vous ra|> pelant que, pour avoir le droit d'être sans pitié pour les erreurs des autres , il faut soi-même n'avoir jamais eu rien à se reprocher.

DOROTHÉE. Ma réputation est intacte, monsieur.

FÉRON. C'est possible... parce que je l'ai bien voulu.

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