‹ Père et parrainChapitre 8 sur 35 · DOROTHÉE. YOUS · texte numérisé non relu

DOROTHÉE. YOUS

FÉRON. Oui, moi... que vous ne connaissez pas... mais qui vous connais...

moi que vous n'avez jamais vu , et que pourtant vous avez dû épouser.

DOROTHÉE. Plaisantez-vous , monsieur?

FÉRON. Le moment serait au moins mal choisi... Je vais aider votre mémoire... Il y a viufjt ans de cela.

DOROTHÉE. Vingt ans !

FÉRON. Oui , mademoiselle Dorothée , car vous avez quarante-un ans, et moi j'en ai quarante-trois. Votre frère était en apprentissage à Rouen... A'^ous étiez seide chez une vicdle tante qui vous avait élevée. On m'avait vatité vos attraits, vos vertus... Vous ne méritiez que la moitié de ces éloges ; car le même jour où , séduit par votre figure que j'avais entrevue , je me laissai conduire chez votre tante poinfaire ma demande , je trouvai cette dame

toute en larmes... Vous vous étiez fait enlever la veille.

DOnoTHÉE. C'est faux... C'est une indignité !

FÉRON. Oh! ne me démentez pas si haut ; j'ai conservé , par pure curiosité , la lettre que votre tante m'écrivit le lendemain pour me demander le secret.

DOROTHÉE , h part. Oh ! le maudit homme !... {Haut. ) On m'avait fait violence , monsieur... et d'ailleurs, on courut après nous , et l'on nous atteignit à la première poste , ainsi...

FÉRON. Oh! pardonnez-moi ; il y a justement dans la lettre que ce ne fut qu'à la huitième, ce qui est bien différent. Je gardai sur tout cela le plus profond silence, et j'avais tout-à-fait oublié cette aventure , lorsqu'en arrivant ici , il y a un mois , je vous y retrouvai. Je ne vous aurais pas reconnue, je l'avoue ; mais j'avais fort bien retenu votre nom.. . Voyons , maintenant , voulez-vous que le monde apprenne deux scandales à la fois ?

DOROTHÉE. En vérité, monsieur, vous m'avez njal jugée ; je n'avais en tout cela que de bonnes intentions , et je croyais que la morale exigeait...

FÉRON. Je vais vous dire ce qu'exige la morale , et je le devinerai mieux que vous, moi , qui ne suis pas religieuse. Il faut me rendre ce portrait et ces lettres qu'Adèle ne reverra plus. J'attendrai M. Paul, dût-il ne revenir que dans un mois. Je trouverai le moyen de lui parler en particulier , et une fois là , seul à seul , je lui dirai tout ce que j'ai sur le cœur , et je lui en dirai long, soyez tranquille... je le menacerai de tout dévoiler à M"*" de Rcnneville , sa mère , à Boulain même s'il ne me jure sur l'honneur que , pendant une année au moins , il ne mettra plus le pied dans cette maison. Adèle , à qui je ne dirai que deux mots en la quittant , oubliera M. de Rcnneville et reportera sur sa fille cet amour coupable maintenant , mais qui redeviendra ainsi pur comme l'enfant qui en sera l'objet. Voilà, je crois, ce que veut la morale. . A moi donc ces lettres et ce portrait!

DOROTHÉE , « paH , en les donnant. Hum ! sans la lettre de ma tante...

FÉRON. Voilà Boulain qui descend...

vous vous tairez , c'est convenu : moi , je ne parlerai pas de certaine épître que vous savez , et nous serons à tout jamais les meilleurs amis du monde.

PERE ET

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