UN PÈRE DE L'ÉGLISE AMÉRICAIN
MyaIRE. — Les deux préfaces de la Vie du P. Hecker. —. s rapports intimes de Dieu avec l'âme moderne. — Un uveau docteur mystique. — L'idéal du prêtre moderne. — Jugement de M. l'abbé Klein, de Mgr Ireland et de 4 M. l’abbe Dufresne sur le P. Hegiess — Apercu de la vie FR Hecker.
land, archevêque de Saint-Paul de Minnesota, et par M. l'abbé Félix Klein, PROfESSeE à l'Institut catholique de Paris.
Ce n’est pas un ouvrage ordinaire : les auteurs des deux préfaces nous en avertissent dès le début :
« Pas un livre paru depuis cinquante ans, dit M. l’abbé Klein, ne projette peut-être une lumière plus vive sur l’état présent de l'humanité ou sur l’évolution religieuse du monde ; sur les rapports intimes de Dieu avec l'âme moderne, ou sur les conditions actuelles du progrès de l'Église. »
Un tel préambule mérite la plus sérieuse attention. Les noms de l’archevèque de Saint-Paul | et du jeune professeur à l’Institut catholique de Paris nous avertissaient déjà que ce livre avait trait, sans doute, aux questions sociales et politico-religieuses dont ils se sont fait une spécialité, comme écrivains ; mais, voici qu'on annonce de nouvelles lumières sur les rapports intimes de Dieu avec l’âme, « spécialement avec l'âme moderne ».
Qu'est-ce à dire? Les rapports de Dieu à l’homme sont-ils changés, comme sont changés, dans le monde nouveau, les rapports des hommes entre eux ? « L’âme moderne » diffère-t-elle si essentiellement de l'âme humaine, de l'âme chrétienne, de tous les temps, que Dieu ait modifié,
en quelque manière, l'économie mystérieuse de ses rapports intimes avec elle ?
Telle est la grave et délicate question que soulève, dès ses premières lignes, le livre dont il s'agit.
Et, en effet, c'est bien Ià le côté nouveau, et, pour parler moderne, l'attraction de ce livre; il s’agit d’une mystique nouvelle, d’une lumière surnaturelle qui se serait levée à l’occident de notre vieux monde, et qui porterait, qui étendrail jusque dans le domaine des vertus surnaturelles et des phénomènes intérieurs de la grâce ce vent de réforme, cet esprit nouveau qui souffle de la libre Amérique sur l’Europe ébranlée.
Aux États-Unis, pays du progrès matériel et de la lutte pour la vie, c’est-à-dire pour l'argent, un saint est né, pénétré de l'esprit moderne, confiant dans l’avenir, passionné pour la gloire et la liberté américaine. Et, tout de suite, ce saint paraît digne de prendre rang parmi les maîtres de la théologie mystique et les Pères de l'Église, de l'Église de l'avenir, plus radieuse et plus belle que «l’Église acquise », 1 Église du présent et du passé.
Laissons la parole à M. l'abbé Klein :
« Après les écrits où sainte Thérèse constate, avec la rigueur d'un savant moderne, les phénomènes surnaturels dont elle est le sujet, il n’est guère. de livre qui nous puisse renseigner plus
nettement sur les faits de cet ordre que le journal et les écrits de cet Américain du dix-neuvième siècle.
» Dieu l’a élevé à un état d'âme qui est en dehors du commun, mais que justifie la mission extraordinaire qu'il lui destinait. Comme tous les grands élus de la Providence, il avait parfaitement conscience d'une pareille vocation.
» Il a été et il restera, dans le sens profond
du mot, un docteur, un de ceux qui apprennent à des séries de générations humaines ce au’elles ont à faire. »
C'est aussi le vœu de Mgr Ireland qui estime seule « digne d'être vécue, la vie des hommes qui veulent imprimer le cachet de leur action. personnelle sur l'âme des contemporains ».
Quel est donc le cachet que le P. Hecker, « ce docteur », « ce grand élu de la Providence », va imprimer sur l'âme des générations à venir?
M. l’abbé Klein nous l’apprend en ces termes :
« Il a tracé et réalisé en lui l'idéal du prêtre: pour l'avenir nouveau de l'Église ; sur le roc ferme de la doctrine essentielle, sur les immuables dogmes des communications de Dieu et de l’âme, il a établi les principes intimes de la formation sacerdotale pour les temps qui commencent.
» Et encore n'est-ce pas assez dire, car, d'une part, sa mystique s'applique à tout chrétien dans
la vie moderne, ct, d’autre part, elle atteint jusqu'à l’adaptation positive de la vie conventuelle aux besoins nouveaux du monde.
» En est-il un autre qui ait, de notre siècle et dans le domaine religieux, embrassé à la fois dans ses travaux et dans ses études un pareil champ d'opération ?
» Son œuvre unique et originale est d’avoir moniré, plus clairement que jamais on ne l'avait su faire, les harmonies profondes qui rattachent le nouvel état de l'esprit humain au véritable christianisme et aux plus intimes rapports de l'âme avec Dieu. »
C'est donc bien d'une mystique nouvelle qu'il s'agit; fondée, il est vrai, « sur les immuables dogmes des communications de Dieu et de l’âme», mais, en même temps, éfablissant les principes de la formation sacerdotale pour les temps qui commencent, et atteignant jusqu'à l'adaptation positive de la vie conventuelle aux besoins nouveaux du monde.
Aussi, parlant des doctrines spirituelles du P. Hecker, l’auteur de la biographie française, imité en cela par celui de la préface, appelle-t-il ces doctrines : /a Mystique du P. Hecker, et, comparant la hardiesse de ses thèses doctrinales à celle de ses théories sociales, M. l’abbé Klein le qualifie de :
« Grand et universel pionnier de l’Église,
pionnier vers l'avenir, pionnier vers le dehors, et pionnier même à l'intérieur. »
Et il conclut :
« Nous voilà donc au dix-neuvième siècle et dans un pays neuf, en présence d'une de ces grandes figures religieuses, d'un de ces génies universels que nous aurions cru volontiers ne pouvoir appartenir à de semblables circonstances. »
Mgr Ireland n’a donc pas assez dit, quand il a présenté le P. Hecker comme « l’ornement et le - joyau de notre clergé américain »; la note juste a été donnée par un prêtre de Genève, l’abbé Dufresne, écrivant à l’auteur de ce livre :
« Le P. Hecker reste pour moi le type, non seulement du prêtre américain, mais du prêtre moderne, du prêtre qu’il faut à l’Église pour recouvrer le terrain que lui ont fait perdre le protestantisme et l’incrédulité, aussi bien que pour la rendre capable de reprendre sa marche en avant dans l’accomplissement de sa mission divine. » (Page 392.)
Nous allons apporter maintenant toute notre attention et tout le soin qu'ils méritent à l'examen d’un livre et à l'étude d’un personnage de cette importance. é
Nous n'avons pas entrepris de raconter la vie. du P. Hecker, mais de faire connaître sa physionomie, telle qu’elle ressort du livre consacré à sa mémoire.
Disons seulement, pour la clarté de cette étude, que la vie d'Isaac Hecker peut être divisée en trois périodes. La première, dans laquelle il cherche la vérité, poussé par une force mystérieuse, à travers toutes les sectes religieuses et politiques des États-Unis ; cette période comprend les vingt-cinq premières années de sa vie (1819-1844). La seconde, où, devenu catholique, il entre chez les Rédemptoristes, est ordonné prêtre, envoyé en mission aux États-Unis, jusqu’à ce qu’il sorte de l’ordre dans des conditions que nous aurons à examiner ; cette période comprend douze années (1845 1857). Enfin, La troisième, qui dura trente ans, s'étend jusqu'à la mort d'Hecker en 1888.
Elle peut se diviser elle-même en deux parties : la première, de 1858 à 1872, pendant laquelle Le P. Hecker fonda la Société des Paulistes et en- treprit diverses œuvres de propagande religieuse ; la seconde, celle des seize dernières années de sa vie, est une époque de souffrances et d'inaction que la mort termine.
Sur soixante-neuf années que vécut le P.
Hecker, il en consacra une quinzaine à l’action extérieure et à la prédication.