LE FIANCÉ DE L'AVENIR
SOMMAIRE. — Upinion du P. Othmaon sur le F. Hecker. — Opinion du P. Hecker sur s°s lumières surnaturelles, — Traits opposés de son caractère. — Préservation merveilleuse. — Par quelle voie Isaac Hecker parvient à la vérité. : — Dangers de cette voie. — Le journal du P. Hecker en contient la preuve. — Sensibilité nerveuse, rêves, visions, tendance au sommeil. — Bonnes inspirations, mèêlées d’erreurs. — Désirs ‘de la vraie vie. — Joie du converti. — Réminiscences méthodistes. — Paroles dictées par le Saint- Esprit. — Conversation avec des ombres. — Vision mystérieuse d’une beauté angélique. — Fiançailles d’Isaac Hecker et de l'Avenir.
Lorsque le P. Hecker quitta le noviciat des Rédemptoristes, pour entrer au scolastiscat, le R. P. Othmann, maître des novices, lui recommanda, paraît-il, de devenir un saint fou. Le fait est, ajoute le biographe, qu’ «il fallait une péné-
tration plus qu'ordinaire pour voir dans le jeune frère autre chose qu'un illuminé ». (Page 499.)
Le besoin qu'il avait, dès lors, de s’instituer comme le promoteur de la conversion de l'Amé-: rique ; les aperçus qu'il développait, sur ce sujet, avec une autorité et une conviction aussi fortes que les termes dont il usait étaient étranges, et le français qu’il parlait, détestable; tout cela semblait indices de folie.
Cependant le P. Othmann aimait et estimait le F. Hecker, et le P. L’Hoir, supérieur du scolasticat, subit à ce point son influence qu’on lui retira, pour ce motif, les fonctions de maître des études.
C'est le P. Hecker qui nous raconte lui-même ces faits :
« Le P. L'Hoir me demanda un jour, écrit-il dans ses notes, comment il se faisait que moi, récemment converti, j'avais pu arriver à une méthode de prière que lui-même n'avait pas atteinte, quoique toute sa vie il eût vécu dans l'Église et travaillé à sa propre perfection.
» Je lui répondis que la volonté de Dieu choiïsissait parfois quelques hommes pour une certaine œuvre, et les y préparait d'une manière particulière, en les mettant, dès l'enfance, comme il avait fait pour moi, sous l’influence de grâces toutes spéciales. L'Hoir commença à envoyer vers moi les âmes en détresse, et Dieu me fit la grâce d'aplanir leurs difficultés spirituelles. »
En revanche, le P. L’Hoir fut éloigné, pour un temps, de ses fonctions.
Le caractère du P. Hecker apparaît tout entier dans ce passage de ses notes spirituelles. Profondément persuadé qu'il avait reçu des grâces extraordinaires de Dieu et un don particulier de conduire les âmes, c'est de lui-même que nous tenons le récit des traits les plus édifiants de sa vie.
Fut-il saint ou fou? Nous laisserons au lecteur le soin de conclure, après avoir lu ce travail; notre avis est qu'il ne fut en vérité ni l’un ni l’autre ; mais il y avait en lui un singulier mélange de vertus et d'illusions, de grâces surnaturelles et d'extravagances, qui lui donnèrent plus ou moins, jusqu'à la fin de sa vie, les apparences de l'un et de l’autre.
Son biographe assure qu'il ne perdit jamais l’innocence baptismale, sans oser affirmer, d'ail: leurs, qu'il ait été validement baptisé. C’est sur le témoignage d'Hecker lui-même que repose cette opinion. Lui, qui avait passé par toutes les sectes de l'Amérique, et avait été sur le point, à quatorze ans, de perdre jusqu’à sa croyance au Dieu personnel, dit expressément à une amie de sa mère «n'avoir jamais bu à l'excès, n’avoir jamais péché contre la pureté, jamais blasphémé, jamais menti » et, «à coup sûr, il ne manqua jamais d'honnêteté », ajoute cette dame.
Comment expliquer une si merveilleuse innocence, de là part d'un jeune ouvrier boulanger élevé en plein monde du travail, dans la libre Amérique ?
Le biographe du P. Hecker estime qu’il dut aux vertus naturelles la pureté de sa jeunesse, et qu'il faut chercher là l’explication de cette confiance persistante dans la nature humaine qui fut un des traits principaux de son caractère et de son apostolat.
Le P. Hecker nous a fourni les éléments d'une autre réponse :
« IL y a des hommes, écrit-il, pour qui l'influence prédominante vient de l’extérieur : l’autorité, l'exemple, le précepte…
» Chez d'autres, au contraire, elle se fait sentir à l'intérieur sous l’action de l’Esprit-Saint. Pour moi, dès mon enfance, Dieu m’a influencé par une lumière intérieure et par le souffle de son Esprit.
» Ma jeunesse et les premières années de mon âge mûr furent préservées de certaines fautes et de certaines occasions de pécher, d'une manière particulière et remarquable. Je me rendais compte pendant ce temps, et, en réalité, tout le temps de ma vie, que Dieu me conservait pour quelque dessein providentiel. Remarquez que cela avait lieu bien avant mon entrée dans l’Église, » (Pages 12-13.)
Cette dernière phrase mérite une particulière attention.
Le jeune Hecker, ainsi qu’il en témoigne luimême, a été conduit au catholicisme par une action tout intérieure de la grâce, et sans que nulle circonstance extérieure l'y ait amené. Rien en cela n’est contraire à l’enseignement catholique. Cette voie n’est certainement pas la voie ordinaire, mais elle peut répondre aux secrets desseins de Dieu pour le salut d’une âme. Seulement, hors de l’Église, cette âme sera sans guide et sans principes pour discerner la voix de Dieu des fantaisies de l'imagination et des illusions du démon. Aussi, à moins d'une assistance excep: tionnelle de Dieu, ou d’une fidélité constante et parfaite, elle n’échappera pas complètement à ce danger.
C'est ce qui arriva au jeune Hecker. Il reçut, nous n’en doutons pas, des inspirations vraiment surnaturelles, et il y fut fidèle, en somme, puisqu'en les suivant il parvint de l’hérésie à la vraie foi et même à la profession religieuse et au sacerdoce; mais il fut souvent trompé et arrêté en route par les illusions d'une imagination exaltée, peut-être même par des prestiges diaboliques.
Nous pourrions, à l’appui de cette hypothèse, citer de nombreux extraits de ses écrits.
«5 novembre 1843. — Comment et pourquoi me semble-t-il toujours sentir autour de moi la
EST-IL UN SAINT ? "13 présence d'êtres invisibles qui se révèlent à mes sens el avec lesquels je m'entretiens, pour ainsi dire, en pensée et en sentiment, sans pouvoir jamais leur parler? Par moments, ils me mettent dans un tel émoi que je m'échapperais de l’endroit où je suis. Je puis à peine rester tranquille. Comme dans un cauchemar, il me semble me débattre, extravaguer, saisir je ne sais trop quoi. Ah!c’est une impression qui n’est pas de ce monde et mon cœur en est tout désorienté.
» Comment m'en délivrer ?
» Je ne sais.
» Si je reste tranquillement où je me trouve, cherchant à en ressaisir les souvenirs épars, ils me brülent jusqu’au fond de l'âme, m'arrachant des soupirs, des gémissements, parfois des cris
d'horreur que toute mon énergie a peine à réprimer. Comment y échapper ? faut-il rester ici et essayer de la supporter ? faut-il voyager ? Quel sera le résultat de tout ceci, je ne pourrais le dire. Mais si je le connaissais, je n'attendrais pas comme je le fis l'an passé que cela prit assez d'intensité pour devenir une véritable torture. Oh: quelle énergie et quelle force nerveuse je me sens dans de pareils moments! (Pages 105-106)
» 20 novembre 1843. — Je me porte mieux que je ne l’ai fait depuis longtemps, mais avecun accroissement de sensibilité nerveuse qui me fait redouter l'approche de qui que ce soit.
» Je suis en même temps conscient d’une com:
munion surnaturelle plus constante, je sens plus vivement et plus distinctement l'influence et la présence spirituelle d’autres êtres.
» Je me couche le soir, je me lève le matin avec les mêmes impressions, j'espère autant des nuits que des jours. Les événements, les émotions et les pensées qui me viennent pendant le sommeil font aussi bien partie de ma vie réelle que. ceux du jour. La veille et le sommeil sont les deux formes de l'existence. Pour moi, le dernier état est plein d'intérêt et d'attente. Les deux états agissent mutuellement l’un sur l’autre. » (Page 106.)
Ces lignes nous font assez comprendre comment Hecker a pu passer pour fou. Ce que l’on conçoit moins, c’est que ses deux biographes, le P. Elliot, auteur dela Vie en anglais, et Le traducteur anonyme qui a publié en un volume français l’ouvrage bien moins remarqué de son devancier, n’aient pas cru devoir expliquer aux lecteurs le caractère de ces phénomènes ét d'autres semblables.
Ils ne sauraient cependant appartenir à la mystique divine, personne assurément ne Le prétendra. Dès lors, ils confinent à la folie ou à la mystique diabolique et jettent une ombre sur la physionomie de notre héros.
Pour être juste et pour remettre le P. Hecker en son vrai jour, à côté du fou, montrons le
saint. Mais ce n'est pas sans combat et sans mélange d'erreurs que les inspirations, même les meilleures, apparaissent soit avant, soit après sa conversion. Témoin le passage suivant de son journal intime, où, après une aspiration vers la retraite et le silence, il se montre encore attaché aux erreurs protestantes sur l’inutilité des bonnes œuvres :
« 24 septembre 1843. — Au lieu d'être sur le chemin de la perfection, je découvre chaque jour la malice de ma nature, sa difformité, son impuissance, son ignorance. Il me manque l’humilité et l’oubli de moi-même. Je ne fais que sortir de l'obscurité profonde et ma vue est encore confuse, de sorte que je ne vois pas mes iniquités telles qu’elles sont.
» Je sens qu'une semaine de silence tranquille ouvrirait mon cœur aux fontaines de la vie. Je - voudrais briser toutes relations autres que celles de mon âme avec l'Esprit : toute autre me semble vaine, et frivole.
» Depuis quelque temps j'en suis presque arrivé à croire que les bonnes œuvres sont un empêchement à l'œuvre du salut. L’orgueil et le contentement de soi-même s'y g He si souvent |
» J'avoue ne pouvoir m'empêcher d'acquiescer à tout ce qui a été dit contre la vaine confiance dans le mérite des bonnes œuvres. C’est une expérience très nouvelle pour moi.
» Et quand nous sommes usés et las, nous nous tournons vers Dieu et nous mourons peutêtre en vue du ciel, au lieu d’avoir vécu parmi les élus futurs et d'avoir trouvé le ciel sur la terre dans la fraicheur de notre joie de vivre. »
(Page 103.)
Quelques semaines après, c’est une ardente prière pour demander à Dieu la lumière, au prix de tous les sacrifices :
« 18 octobre 1843. — Aujourd'hui, j'éprouve dans mon âme le même besoin non satisfait, le même dégoût de mes conditions d'existence, que j'éprouvais l’hiver dernier lorsqu'il me fallut, une première fois, partir de la maison. Cela vient du plus profond de monêtre.. Oh ! quel trouble! Si je pouvais donc exprimer le vide douloureux que je ressens! Si je savais ce qui peut le combler !
» Hélas! aucune parole humaine ne saurait soulager cette plaie vive ; il faut la souffrir en silence. Je voudrais me plonger dans les ténèbres et détourner mon visage de la lumière ! Oh! que le Ciel m'aide à sortir de là ! Ce n’est pas la vie que je voudrais mener ; mais comment en changer ? O Dieu! guidez-moi, dirigez-moi, à travers n'importe quelle peine ou quelle détresse vers la vie que vous voulez que je suive. Je vous remercie de ce que vous m'avez fait souffrir : cela a été pour moi un bienfait inestimable, et,
Seigneur! éprouvez-moi encore, car j'en ai besoin. Comment vivre de façon à être aussi parfait que possible dans n’importe quelle situation ? Si celle où je suis maintenant n’est pas la meilleure pour moi, où dois-je aller ? Et comment changer? Dites-le moi, Seigneur, et écoutez mon humble prière. » (Page 105)
Quelques mois auparavant, il avait écrit dans son journal ces belles paroles :
« 10 mars 1843. — J'ai erré dans les ténèbres, vous cherchant là où vous n’étiez pas, et je ne vous ai pas trouvé. Mais, Ô Scigneur Dieu!
Vous m'avez trouvé, ne me laissez plus aller.
» Je sens croître en moi la grâce de Dieu ; je me tourne vers lui comme vers mon soutien. Ne me donnera t-il pas la sagesse aussi bien que l'amour ? » (Page 130.)
Dieu certainement l'attirait, et il en avait conscience :
« 23 mai 1844. — Ma vie échappe à ma direction et vogue, indépendante de ma volonté, vers le port qui lui est destiné...
» 1I me semble que je ne fais que naître et que je vis dans le sabbat de la création. Je suis tenté de donner à chaque chose un nom nouveau, comme si toute chose avait pour moi un sens différent. Si ma vie devenait..: Quoi ? Il est singulier, qu'avec la conscience d’une force intérieure plus puissante, je me sente plus de tran-
quillité et moins de volonté que lorsque cette
force commençait à poindre en moi. Je suis.
comme un enfant, joyeux et souple, toute ambi-.
tion m'a abandonné. Je vois maintenant où j'en étais et je me rends compte du danger extérieur mêlé à toutes les influences auxquelles j’acquiesçais; danger dont je me sens affranchi désormais.
» Il me semble que l’horizon mondain qui s’ou-.
vrait devant moi est fermé à tout jamais, et je me sens petit, tout petit, aux yeux du monde, êt je le suis en effet. Je ne me sens pas plus de force qu'un enfant, cependant j'ai un amour fait d'abandon qui l’emportera en moi et dont, Ô Seigneur! je n'avais jamais rêvé la douceur. »
(Pages 132-133.)
À l’époque où il écrivait ces lignes, Hecker était sur le point d'entrer dans l'Église catholique ; à mesure que le moment approche, la joie et la paix de son âme augmentent : il lui semble vraiment qu’il commence à vivre, mais il y a en: core dans son langage, dans la manière dont il parle de l'Esprit qui le dirige, certaines allures méthodistes dont on voudrait le voir affranchi :
« 27 juillet 1844. — J'ai commencé d'agir; mon union à l Église catholique est mon premier acte réel et vrai, et, sans aucun doute, l’avantcoureur de beaucoup d’autres dans le même ordre. Jusqu'ici, je ne voyais ni ne sentais sur
quel terrain je pouvais agir avec suite et sécurité. Jele sais maintenant, et sur cette base, j’édifierai ma vie. Ce que seront mes actes, peu m'importe. C’est cette profonde et éternelle certitude qu'il me fallait et je me rends compte maintenant que ne pas la posséder était la raison de mon inactivité.
-» Je ne sens pas le besoin de m’appuyer sur mes amis, sur mes parents, sur le monde : seul, l’'Esprit me suffit. Sa direction me semble absolue. Si maintenant une erreur se produit dans ma vie, elle ne pourrait venir que d’une désobéissance de ma part » (Page 158.)
Pour bien comprendre ce langage, il faut se souvenir que Hecker avait longtemps appartenu à ces sectes méthodistes dont les membres s'assemblent pour attendre la visite de 1 Esprit-Saint. Dès qu’un des assistants se croit animé par l'Esprit de Dieu, il se lève et prend la parole au mi-. lieu de ses frères, jusqu'à ce qu'une inspiration semblable lui suscite parmi eux un émule ou un contradicteur.
IL y a donc lieu de craindre que Hecker ne fût exposé, alors surtout, à croire trop facilement que l'Esprit de Dieu l’inspirait dans ses paroles et ses pensées.
Il en convenait, d’ailleurs; à la fin de sa vie:
« 30 juin 1886. — Pourquoi n’ai-je pas glissé hors du christianisme comme Carlyle ? Parce que
je crois être resté plus fidèle à la raison naturelle et principalement parce que Dieu m’a donné une telle abondance de lumières infuses et de grâces que j'ai été forcé de choisir un guide sous peine de tomber dans le fanatisme le plus extravagant.
» On me poussait dans la voie de l'illuminisme. Georges Ripley me dit un jour : « Hecker, qu'a- » vez-vous donc à nous révéler ? Dites-nous ce » que c’est, et nous l’accepterons. » (Page 117.)
S'il échappa à ce danger et à cette séduction grossière, Hecker ne fut pas préservé cependant de toute illusion.
Ainsi, la veille même de son entrée dans l'Église catholique et de son baptême, il écrivait. ces étranges paroles :
« 30 juillet. — La voix intérieure se fait de plus en plus entendre. Elle dit : « C'est moi, » écoute ! »
» À ce qui est neuf il faut des vêtements neufs.
» Quelle preuve donne-t-on de son existence, si l’on ne fait que ce qui a été fait déjà ?
» Est-ce qu'il peut y avoir du génie à répéter le passé ?
» Un acte vrai donne passage à dix autres.
» L'homme est laissé à sa destinée propre; la religion ne fait quela sanctifier. » (Pages 158-159.)
L'auteur de la préface française nous assure
que ces lignes furent écrites sous la dictée du Saint-Esprit. L’affirmalion est grave, et nous voudrions connaître les raisons sur lesquelles on prétend l'étayer.
L'esprit de Dieu n'inspire pas, semble-t-il, à un néophyte, à la veille du baptême, des maximes abstraites sur les caractères du génie, la manifestation extérieure de notre existence, la destinée propre de l'individu et autres aphorismes d’allure philosophique, où les habitudes d'esprit d'un lecteur de Kant se font assez sentir.
Il serait oiseux d'insister sur ce point et nous ne voulons voir dans l'affirmation de M. l'abbé Klein qu'un /apsus de plume échappé à son enthousiasme pour ce grand américain.
Malheureusement, le P. Hecker ne fut pas assez en garde contre cette voix mystérieuse qui le poussait à n'écouter d'autre inspiration que la sienne ; il en notait soigneusement les paroles dans son journal :
« La condition de mon séjour en vous, c’est que vous vous entreteniez avec moi seul, et sous aucun prétexte avec d’autres.
» Je suis tout, et cela suffit.
» Vous n’avez rien à dire, ni à faire, ni à vous inquiéter de rien. Faites seulement ce que je vous dirai de faire, suivez ce que je vous dirai de suivre, et restez en paix. (Page 111.)
» Je vous parle à chaque instant et suis près
de vous en toute saison; ma joie est d'être avec vous, de vous aimer, et je fais mes délices de l'amour que je vous porte. Je dirige votre plume. votre parole, vos pensées, vos affections, bien que ce ne soit pas d'une manière sensible.
» Mais vous connaîtrez plus clairement qui je suis et tout ce qui me concerne si Vous suivez mes inspiralions.
» Ne craignez rien, vous ne pouvez errer Si.
vous vous laissez quider par moi. » (Page 112.)
Il n'est pas nécessaire d'être très versé dans les choses spirituelles pour savoir à quels dangers de telles suggestions peuvent exposer une âme.
Aussi voyons-nous Hecker en proie à des phénomènes étranges qui n’appartiennent nullement à la mystique divine.
« 1844. — J'éprouve une forte inclination au sommeil, dit-il au commencement du second volume de son journal, et, dans ces sortes d’assoupissements, les ombres vagues qui m'appa-: raissent dans l’état de veille prennent de plus en plus consistance; leur conversation devient étrangement réelle et satisfaisante pour moi. Je me sens dédoublé, dans cet état, et je me demande si tout cela n’est pas vrai. J’appelle cela dormir, mais ce n’est pas du sommeil, car dans cet état je suis plus éveillé que jamais. » (Page 133.)
f. [ EST-IL UN SAINT ? 23
Il y a plus, et comme saint François d'Assise avait contracté une union mystique avec la pauvreté, Hecker aura aussi une fiancée mystérieuse. Il était encore protestant quand ceci lui advint. Un soir, apparut au pied de son lit une créature
« d'une beauté angélique », environnée d'une.
« lueur semblable au clair de lune ».
« Quand je la regardais, écrit-il, je ne voyais aucune ligne précise, mais quelque chose de divin que je ne saurais décrire. C’est cette image qui a laissé une impression indélébile dans mon esprit. J'ai continué d’en subir l'influence, et maintenant elle s'exerce si fréquemment que le réel autour de moi ne me touche plus : si j'étais resté dans l'état où j'étais avant cette vision, je serais peutêtre marié maintenant, car j'ai, depuis, réncontré la jeune fille qui aurait satisfait à toutes les exigences de mon âme. Mais, actuellement, la vision me hante et mempêche, par sa beauté, d'accepter toute autre qu’elle, car je suis sous son influence et je sens que si je la quittais pour une créature, je perdrais la seule vie qui soit pour moi une vie véritable. » (Page 75.)
L’imagination d’'Hecker était surexcitée à cette époque par des austérités effrayantes et un séjour prolongé dans une sorte de phalanstère nommé Brook Farm.
Si sérieux que fût, en lui-même, l'effet de cette vision, il y a dans ce fait quelque chose de trou-
blant et d'étrange que les visions des saints n’ont jamais.
D'ailleurs, Hecker contracta plus tard d'autres fiançailles, avec une créature non moins mystérieuse ; il était alors catholique et son biographe ne nous dit pas si cette fiancée élait la même qu’à Brook Farm.
« 18 décembre 1844. — Rèves d'avenir, visions extatiques ! Espoirs et désirs inexprimables qui remplissent l’âme tout entière ! Comme un ange doux, harmonieux et pur, comme la fiancée de l’âme triomphante, parée pour les noces, je vois l'Avenir m'inviter à aller vers lui avec un clair et lumineux sourire ! Ah! disait mon âme, je te rejoindrai car je suis en ta présence, et, Dieu aidant, je te resterai fidèle. La beauté, la grâce et l'amour qui m’attirent ne souffrent aucune comparaison! Avenir, éternelle et radieuse vierge, n’arriverai-je jamais à te saisir, à te presser sur mon cœur ? Si je regarde en moi, je me courbe sur la douleur ; mais si je lève les yeux vers toi, je me perds en toi. Ta grâce et ta beauté passent dans mon âme ct je devine tout ce quetu es.
» Je suis fiancé à Loi, je voudrais que ce füt d'une union étérnelle. Mais, lorsque je regarde en moi, je te perds de vue, et je ne vois plus que les taches et les défauts de mon âme. Comment peux-tu m’aimer? Pour l’amour de toi seul, je me fonds en toi. » (Pages 173-174.)
vai LE os une verlu le la sainte #2 uvreté de Jésus-Christ, né dans une étable et.
or nu sur la croix.
Hecker, lui, est fiancé à une abstraction, àune
e indifféremment applicable au bien ou au 1 futur, et qui, selon le style de Kant, m'est
u'une catégorie du temps.