‹ pere hecker: est-il saint?Chapitre 15 sur 58 · chapitre général de l'ordre avait décrété que, vu · texte numérisé non relu

chapitre général de l'ordre avait décrété que, vu

le grand développement de la congrégation et sa diffusion dans le monde entier, la permission

donnée par la règle d'aller trouver, en certains

cas, le recteur majeur, serait désormais res- treinte aux supérieurs provinciaux. Le chapitre intimait à tous la défense absolue, sous peine

d’exclusion, d’aller trouver personnellement le

recteur majeur sans sa permission, parce que de pareils recours étaient absolument incompatibles avec la discipline religieuse. Et, en effet, si d'Amérique, si de tous les points du monde, les sujets d’une congrégation peuvent se transporter

à Rome, sans aucune permission, selon ‘leur.

caprice et leur fantaisie, il n’y a plus d'ordre ni de gouvernement possible.

Du reste, le chapitre de 1855 ne faisait qu’appli quer à la congrégation de saint Alphonse un point de discipline générale.

En effet, le Concile de Trente (25° sess. De

Requl., ce. IX) a formulé une prohibition semblable :

« Qu'il soit interdit aux religieux de quitter leurs couvents, même sous le prétexte d'aller trouver leurs supérieurs, à moins qu’ils n'aient été envoyés ou appelés par eux. Quant à ceux qui, sans cet ordre écrit, seront trouvés hors de leurs monastères, ils devront être châtiés par

les Ordinaires, comme transfuges de leur Institut (1). »

Que l’on ne vienne donc pas objecter que Îles actes du chapitre de 1855 n’étaicnt pas encore officiellement promulgués en 1857, parce que les décisions en étaient soumises à l'examen de la S. Congrégation, des Evèques et Réguliers. Car, outre que, sur ce point, ils appliquaient simplement le droit commun de l’Église, ces décisions particulières du chapitre de 1855 avaientété notifiées spécialement aux Pères Américains.

Trois mois avant le voyage du P. Hecker, à l’occasion d’un fait semblable, par une circulaire en date du 9 juin 1857, adressée à la province. américaine, le recteur majeur avait défendu, sous peine d'exclusion encourue 2pso facto, de l'aller trouver sans sa permission. Et dans cette circulaire, il déclarait clairement n’avoir pas accepté l’excuse que le coupable voulait fonder sur la règle de 1764 :

« Réprimandé à cause du dit grave délit et scandale, 1l prétendait avoir usé de son droit et avoir voulu venir vers moi, à Rome. Mais j'ai

(4) Nec liceat regularibus à suis conventibus recedere, eliam prætextu ad superiores suos accedendli, nisi ab üisdem missi aut vocali fuerint. Quivero sine prædicto mandato in scriplis obtento repertus fuerit, ab Ordinaris locorum, tanquam desertor sui Instibuli puniatur.

considéré cette excuse comme de nulle valeur (1). »

La circulaire se termine ainsi :

« Dans le chapitre général de 1855, a été déclaré passible de renvoi quiconque, sans la permission préalable du recteur majeur, viendrait à Rome. Quant à moi, je déclare par les présentes expulsé de l’ordre ipso facto, quiconque, sans permission, quitterait l'Amérique. » (2).

Il y avait donc, outre les prohibitions générales, un précepte particulier intimé aux Américains par le supérieur général, de ne pas se rendre à Rome sans sa permission, et cela sous peine d'exclusion 4pso facto.

Si un précepte semblable, donné par le supérieur légitime, n’oblige pas, le vœu d’obéissance n’a plus aucun sens et la profession religieuse n’est plus qu’une vaine cérémonie.

Dans ces conditions, partir pour Rome, sans permission du général, désapprouvé par son supérieur provincial, n'était-ce pas aller délibé-

(1) De hoc gravi delicto ac scandalo reprehensus, ad se excusandum prætendebat se jure suo uli et ad me Romam, venire voluisse ego vero hujusmodi excusationes nullius esse momenti duxri.

(2) In capitulo quidem generali (an. 1855), declaratum fuit. Quemlibet dimissionem mereri qui absque previd rectoris müjoris licentid Romam adiret. Ego autem hisce declaro ipso facto dimissum esse qui ex America absque licentià discederet.

rément et de gaieté de cœur, au-devant de l’expulsion ? Quand le P. Hecker s’écrie : « Ils m'ont chassé de la maison de mon cœur et de mon amour! » il à tort de s’en prendre aux supérieurs, il ne doit s’en prendre qu'à lui-même et dire : « J’ai quitté la maison de mon cœur et de mon amour ».

Cependant le biographe du P. Hecker présente les faits de telle sorte que la sentence paraît imprévue. Le P. Hecker arriva à Rome le 26 août 1857. « Trois jours après (lisons-nous à la page 228), le 29 août, agenouillé dans la salle du Conseil de l'Ordre, il recevait du Père général ou recteur majeur, l’avis qu'il était expulsé de l’ordre du Très Saint Rédempteur, le voyage qu'il avait éntrepris de son plein gré et à ses frais étant considéré comme une infraction à ses vœux d'obéissance et de pauvreté. »

Nous lisons à la page suivante : « Lorsque le Père général commença, à la stupéfaction du P. Hecker, à lire la sentence d'expulsion, celuici fondit en larmes. » |

L'auteur de la vie du P. Hecker ajoute :

« Gardons-nous cependant de blâmer la conduite des supérieurs. L’amour de la discipline et de l’obéissance qu'ils croyaient sérieusement com-

promise par la démarche du Père américain, ins-

pira seule leur sévérité. »

En leur rendant cet hommage, le biographe

n'est quà moitié juste. L'infraction au vœu d'obéissance était d’une gravité trop manifeste ;

il y avait, en outre, violation du vœu de pau-.

vrelé, puisque le P. Hecker avait emprunté de l'argent, sans aucune permission.

Laisser fouler aux pieds un décret intimé Spécialement aux Américains quelques mois auparavant, et sous peine d'exclusion, c'eût été ruiner la discipline de l'ordre. Quand donc, après son expulsion, le P. Hecker revint s’agenouiller aux pieds du général pour le supplier de revoir sa cause, celui-ci, « tout en maintenant la sentence, affirma que le sentiment de son devoir ne lui permettait pas d'agir autrement, que, dans le for de la conscience, il n’avait pas l'intention de condamner le P. Hecker, mais seulement d’exercer sa juridiction sur sa conduite extérieure. » (Page 230.)

En parlant ainsi, le général des Rédemptoristes parlait le langage de la sagesse et de la justice. Il n’avait pas à juger le P. Hecker, au for de la conscience, mais à condamner sa conduite extérieure, qui était un vrai scandale pour toute la congrégation et la ruine de la province américaine, si une pareille faute restait impunie. Il se souvenait des paroles de saint Alphonse de Liguori : « Au jour du jugement, je proteste que j’accuserai au tribunal de Jésus-Christ tout supérieur qui, pour ne pas déplaire, tolérera des

fautes préjudiciables à l’obéissance et sera ainsi cause du relâchement dans la congrégation. »

(Corresp. I. 257.) | Mais les choses ne devaient pas en rester là. Bien que le supérieur général des rédemptoristes eût simplement rempli un douloureux devoir en expulsant un religieux qui lui avait désobéi gravement, le P. Hecker l’attaqua devant la Congrégation des Evèêques et Réguliers comme coupable d'injustice et d'illégalité. demandait, en conséquence, sa réintégration dans l’ordre, c’est-à-dire l'humiliation et la condamnation de son supérieur. Le procès dura sept mois pendant lesquels il demanda la réintégration pure et sim-

ple, d’abord, puis son incorporation aux rédemp-

toristes napolitains, qui formaient alors une branche distincte dans la famille de saint Alphonse ; puis une organisation séparée, en Amérique, avec la règle de saint Alphonse.

(Page 241.)

Mais il se convainquit bien vite que rien de

tout cela ne lui serait accordé. Déjà, le 12 novembre 1857, il écrivait à ses trois compagnons qui s’élaient solidarisés avec lui :

« Mon impression actuelle est que ni la réunion aux Pères cisalpins, ni la séparation comme congrégation de missionnaires rédemptoristes aux Etats-Unis, ne sont approuvées en haut lieu. Il me paraît de plus en plus probable que nous

aurons à partir d'une autre donnée. Peut-être, tout considéré, est-ce le mieux. » (P. 25.)

En janvier 1858, plus convaincu encore que le Pape n’approuverait aucun des plans précédents, ilécrit:

« Mon objet, en venant à Rome, était de persuader au général de l’ordre de soutenir et de favoriser nos travaux de missionnaires aux Etats- Unis. Mon but était le bien de l’ordre et les intérêts de la religion et je le présentais de bonne foi. Sous une impression erronée de mes intentions, la congrégation décréla mon expulsion, trois jours après mon arrivée. J’en conçus une profonde affliction, et, jusqu’à ces dernierstemps, mon plus grand désir était de rentrer dans la congrégation. A présent il me semble que la Providence a permis ces choses pour me donner la facilité d'entreprendre la mission qui n’a jamais cessé d'occuper ma pensée. »

Le P. Hecker fait encore entendre dans ce paragraphe que son expulsion eut pour cause « une impression erronée de ses intentions ». Cest se méprendre étrangement sur la cause de son expulsion, qui fut uniquement, comme nous l'avons vu, motivée par son voyage à Rome, entrepris contre la volonté formelle de son supérieur. Il fut expulsé pour avoir manqué au vœu d’obéissance et au vœu de pauvreté.

Quant à ses intentions d'entreprendre des con-

troverses avec les protestants, il est certain que son supérieur ne les partageait nullement ; la controverse ne répond pas à la mission apostolique telle que l'entend saint Alphonse, mais cette divergence de vues ne fut en aucune façon la cause du décret d'expulsion.

Au commencement de 1858, le P. Hecker avait donc perdu tout espoir de rentrer dans la congrégation. Et, en effet, sa demande fut rejetée, de même que celle de se soustraire, lui, et ses compagnons, « à l'autorité et à la juridiction du recteur majeur et d’être gouvernés par un supérieur qui leur füt propre, immédiatement soumis au Siège apostolique et suivant la règle des rédemptoristes. |

«Après avoir attentivementconsidéré la chose, dit le décret du Saint-Siège (6 mars 1858), il a paru à Sa Sainteté qu'une séparation de ce genre serait préjudiciable à l'unité de la congrégation et ne s’accorderait nullement avec l’nstitut de saint Alphonse, et par conséquent né saurait être permise. »

« Le Saint-Père se contenta de délier de leurs vœux le P. Hecker et ses compagnons et de les retirer de la congrégation, afin qu’ils pussent s'appliquer à poursuivre les œuvres du saint ministère sous la direction des évêques locaux. » (Page 263.)

Le général des rédemptoristes fut heureux

d’une solution qui lui permettait de conserver in. tact l'esprit de saint Alphonse dans sa congrégation, en éloignant des missionnaires animés d’un autre esprit.

Le P. Hecker et sescompagnons furent égales ment heureux de se trouver libres et de pouvoir s'appliquer plus spécialement à la conversion de leurs compatriotes protestants.

Telle est la vérité sur ce douloureux épisode, vieux de quarante ans,et que la Vee du P. Hecker a mis sous les yeux du public.

A la fin du chapitre de l'édition anglaise, où cette délicate question est traitée, le P. Hewit, successeur du P. Hecker, a écrit : « Je tiens à ajouter ici que les relations entre rédemptoristes et paulistes sont, et j'en ai la confiance, continueront d'être parfaitement amicales. »

Nous formons, nous aussi, le même souhait, mais nous croyons que le biographe du P. Hecker, en montrant sous un jour peu favorable l'attitude de la congrégation des rédemptoristes vis-à-vis des Pères américains leur a laissé tout le mérite de ces amicales relations.

Avant de terminer ce chapitre, il nous faut relever une assertion d’un caractère plus grave.

L’historien du P. Hecker a cédé trop facilement à son enthousiasme pour Je grand américain quand il à écrit : « La sentence rendue le 9 mars 1858 fut, on peut le dire, l’œuvre de

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