DU SAINT ESPRIT
Sommaire. — Le procès des vertus passives, par le biographe du P. Hecker. — L’apologie des vertus passives par l’exemple même du P. Hecker. — Belles pages écrites par le P. Hecker sousla discipline des rédemptoristes. — Pensées vraiment chrétiennes du P. Hecker durant son dernier séjour en Europe. — Explication de certaines contradictions dans la conduite et les écrits du P. Hecker. — La dis tinction entre les vertus, d’après le cardinal Satolli. — Toutes les vertus sont aclives, tous les vices sont des
passions. — Comment le P. Hecker s’est écarté de cette doctrine. — La légilime confiance en soi et la foi robuste à l'inspiration du Saint-Esprit. — Allégation erronée d’un
texte de saint Paul. — Sens catholique et sens erroné des conseils du P. Hecker aux directeurs spirituels. — Doctrine de saint Ignace et de saint Jean de la Croix sur la docilité au Saint-Esprit. — Exagérations du P. Hecker, relativement à l’action du Saint-Esprit dans les âmes et dans l'Eglise. — Opinion d’un prédicateur.
Le lecteur n’a pas perdu le souvenir d'une théorie nouvelle qui fit un certain bruit dans la presse, il y a quelques mois.
C’est de la Vie du P. Hecker que s'était inspiré M. l'abbé Naudet pour prêcher l’excellence des vertus cardinales et reléguer l’/mitation de Jésus- Christ parmi les livres bons pour un autre âge.
Nous trouvons les principes de la dite doctrine formulés en deux endroits du livre : à la page 410 et dans la préface.
Voici ce morceau d'importance :
« Les vertus passives cultivées sous l’action de la Providence pour la défense de l'autorité extérieure de l'Église, alors menacée, produisirent d’admirables effets comme uniformité, discipline et obéissance. Elles eurent leur raison d’être alors que presque tous les gouvernements étaient monarchiques ; maintenant ils sont ou républi: cains ou constitutionnels, et sont censés être exercés par les citoyens eux-mêmes. Ce nouvel ordre de choses demande nécessairement l'initiative individuelle, l'effort personnel. Le sort des nations dépend du courage et de la vigilance de chaque citoyen. C’est pourquoi, sans détruire l’obéissance, les vertus actives doivent être cultivées de préférence à toutes les autres, aussi bien dans l’ordre naturel que dans l’ordre surnaturel. Dans le premier, il faut fortifier tout ce qui peut développer une légitime confiance en soi : dans le second, on doit faire une large place à la direc-
tion intérieure de l’Esprit-Saint dans l’âme individuelle, »
par Cz < EST-IL UN SAINT ? 103
On ne s’attendait guère à voir apparaître la politique en ces matières, mais nous sommes destinés à éprouver loutes les surprises.
Ce qu'il y a de piquant en ceci, c'est que les meilleures inspirations d’Hecker, ses plus belles pages, les seules sur lesquelles on puisse s’appuyer pour plaider en faveur de sa sainteté, sont précisément celles où rayonne, avec une intensité singulière, l’éclat doux et fort des vertus passives.
Ces pages, Hecker les écrivit en Europe, soit au début de sa vie religieuse, tandis qu'il était soutenu et contenu par la forte discipline et la doctrine spirituelle des rédemptoristes ; soit à la fin de sa vie, lorsque, malade et désenchanté, il venait chercher un repos qui partout le fuyait.
Les notes écrites durant son noviciat sont bien supérieures, à tous égards, à ce qu'il a écrit avant ou depuis.
Il était venu au noviciat avec une bonne volonté entière et le mérite acquis d'une généreuse conversion. Il était soumis et prêt, en tout, à faire la volonté de Dieu. Dans la première ferveur de sa conversion il écrivait :
« (2 avril 1845.) — Je ne tiens pas à être quelque chose ; je m’abandonne. Je crois que Dieu est avec moi et qu’il ne me délaissera pas dans l’avenir. » (Page 175.)
« Je tâche de suivre les avis de mon directeur spirituel, sans quoi j'aurais peur de moi-même ;
je lui fais connaître toutes mes difficultés, mes péchés, mes tentations. » (Page 171.)
Hecker avait donc, à cette époque, un directeur spirituel, bien qu’il semble, plus tard, l'avoir oublié; et vraiment, les pages qu’il a écrites alors prouvent qu’il s’en trouvait bien :
« (24 octobre 1848.) — Maintenant, dit-il, l'acte principal, dans tous mes exercices spirituels, tend à la résignation et à la conformité à la volonté de Dieu, à une entière conformité aux inspirations et invitations du Saint-Esprit, et à un abandon complet de moi-même à la divine Providence. Dieu me semble toujours agir par sa grâce dans mon âme pour y réprimer mon activité propre. La fin de mon activité propre ‘est sa destruction. Dieu commande un entier et tolal abandon de l’âme en lui, de sorte qu’il puisse, avec sa grâce, détruire ou annihiler tout ce qu'il trouve en nous de contraire à ses desseins et à sa volonté. Dieu semble me demander parfois l'abandon effrayant et héroïque de mon être à son bon plaisir. Lui seul sait plier l’âme à l'exercice de la vertu, et le Saint-Esprit est le seul maître de la vie spirituelle. Non-seulement cet Esprit excite en moi et obtient de moi des actes volontaires d'abandon, mais souvent mon âme se trouve dépouillée de tout appui, et exposée en quelque sorte au bord d’un sombre et insondable abîme, afin qu’elle arrive à reconnaître que son
seul esprit est de se remettre entre les mains de Dieu. Les paroles de Job expriment bien cette épreuve : « Les traits du Tout-Puissant sont sur » moi, leur fureur épuise mon âme, les terreurs » du Seigneur combattent contre moi. » Quelquefois ces peines me transpercent jusque dans les dernières profondeurs. L'état violent où se trouvent réduites mes facultés par l’effet de ce feu subtil et purifiant, les prive pour un temps de leur activité ordinaire, et mon esprit incapable de recevoir aucun soulagement ni d'échapper à ses souffrances, n’a d'autre ressource que de se résigner à la volonté de Dieu. » (Page 206.)
Tout ceci est susceptible d’une interprétation pleinement orthodoxe et nous l’admirons sincèrement, mais ce sont des vertus passives.
Cette page fut écrite par Hecker au scolasticat des rédemptoristes ; il est intéressant de la rapprocher d’une autre page, datant de la fin de sa vie, pendant son séjour en Europe, sous les étreintes de la maladie.
« Être sevré du monde et de toute activité extérieure, met l’âme dans les meilleures conditions pour n’aimer que Dieu, et c’est le paradis sur la terre.
» Bénie soit la maladie qui détache l’âme de toutes les créatures et l’unit à son souverain bien! Mais, direz-vous, vos responsabilités, vos devoirs, que vont-ils devenir? — Il faudra bien
les quitter un jour, et pourquoi pas maintenant ? Nous nous croyons nécessaires, et les autres cherchent à nous le persuader; il y a à cela peu de vérité et beaucoup d’amour-propre. « Que de- » manderai-je de toi, dit le Seigneur dans l’Zmu- » tation, sinon que tu t’abandonnes entièrement » à moi? » C’est là ce que Dieu veut gagner dans notre âme. » (Page 384.)
On voit, par ce trait, qu’en critiquant le livre de l’Zmitation, M. l'abbé Naudet a poussé plus loin que le P. Hecker l’amour des vertus actives. Ainsi, les disciples surpassent souvent le maître en ce qu’il a de moins bon.
Parlant de lui-même, Hecker écrivait encore vers le même temps:
« Je connais un homme qui pense ne rien savoir et qui, en effet, tous les jours, constate qu'il sait moins; un homme qui espère bien arriver avant de mourir à ne rien savoir du tout. -
» O bienheureux vide que celui qui nous remplit tout entiers ! O heureuse pauvreté que celle qui possède tout ! O bienheureux néant que celui . qui permet de s’écrier : Mon Dieu et mon tout ! » (Page 319.)
Comment concilier ces beaux sentiments, ces accents dont la sincérité et l'élévation ne se peuvent feindre, avec les erreurs de conduite et les extravagances de doctrine dont nous avons
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vu ou dont nous verrons encore trop d'exemples dans cette vie ?
L'enseignement des auteurs spirituels l’explique facilement. Il est incontestable que le P. Hecker avait reçu des grâces particulières de Dieu. Sa nature, tout exubérante qu’elle fût, était, par certains côtés, celle d’un contemplatif ; sa bonne volonté, sa bonne foi poussée jusqu’à l'inconscience, la rendaient irresponsable des actes les plus graves en eux-mêmes. Dieu, dans sa miséricorde, lui accordait parfois des grâces #43 qui eussent fait de lui un saint, s’il en avait mieux ee profité. Quand il se soumettait humblement et ; docilement à l'action surnaturelle, les sentiments les plus purs, les plus désintéressés agissaient
aussitôt dans son âme. Dès que, revenant au u7a galop, la naturelle activité de son esprit entra- | vait l’action d'En-Haut, il retombait dans les é
rêves et les illusions.
L'exemple même d’'Hecker nous fournit donc cs la meilleure réfutation de cette nouvelle théorie des vertus. Me
Il est intéressant de faire observer que cette distinction, inconnue des théologiens, entre les vertus actives et les vertus passives, trouve sa réfutation dans le savant opuscule que vient de publier sur les Habitudes, Son Éminence le cardinal Satolli. L'illustre prince de l'Église, qui a, comme délégué apostolique, exercé une si heu-”
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reuse influence aux États-Unis, consacre ses courts loisirs aux études philosophiques. Le traité qu'il vient de faire paraître a pour titre: De habitrbus, doctrina SŸ Thomæ Aquinatis, lectionibus proposita (4). « Doctrine de saint Thomas d'Aquin sur les habitudes proposée en forme de leçons.» C'était bien le cas de parler des vertus passives. Le cardinal Satolli n’en dit pas un mot. Il traite à fond la question des vertus, de leur objet, de leur distinction entre elles. Toutes sont à ses yeux des vertus actives, et les vertus morales, en particulier, se diversifient par le fait qu’elles ont chacune à réfréner une passion correspondante ou à faciliter une action. C’est qu’en effet, il n’y a pas de vertus passives ; il n’y a dans l'homme que des passions qu’il subit, s'il cède au mal, et des vertus qu’il exerce, s’il dompte ses passions.
Toutes les vertus sont actives et tous les vices sont passifs. Un homme qui réprime ses instincts, qui mortifie sa nature, qui rompt sa volonté à. l'obéissance, est un homme qui agit et, plus il agit par vertu, plus il devient apte à entreprendre de grandes choses. C’est à cette vieille et traditionnelle doctrine des saints que le P. Hecker doit ce qu'il y a de bon en lui.
(1) De habitibus, doctrina Sti Thomae Aquinatis, in I-II. qq. XLIX-LXX summae Theologicae lectionibus proposita
a Francisco Card. Satolli, Romae ex-typographià polyglotta 5. C. de Propagandà fide, 1897. Due
Aussi goûtait-il les meilleurs auteurs mystiques: sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, ete., et s’il ne les comprit pas toujours, comme les faits le prouvent, c’est qu'il lui manquait pour cela, outre certaines qualités de jugement, un fond d’études théologiques et un bon directeur spirituel.
Comment le P. Hecker, après les textes que nous venons de citer, peut-il être présenté comme l'initiateur d’une mystique nouvelle, donnant plus d'importance aux vertus actives, qui sont, dans l'ordre naturel : « une légitime confiance en soi », et dans l’ordre surnaturel, « une plus large place donnée à la direction intérieure de l'Esprit- Saint dans l'âme individuelle ? »
Son plus fidèle disciple va nous l'expliquer :
« Son amour de l’individualisme reposait sur sa foi à l'action du Saint-Esprit dans l’âme indi-
viduelle. Il soutenait que cette action est donnée.
à chaque chrétien, mais qu’on la trouve à un degré supérieur chez ceux dont la vocation spéciale est d'aider les caractères indépendants à trouver l'esprit de Dieu en eux-mêmes, ou, s'ils le connaissent déjà, à mieux suivre ses directions. Les paulistes devaient être, dans l'intention de leur fondateur, des hommes que l'expérience et l'étude rendroient capables de propager la connaissance des voies de Dieu, le Saint-Esprit, dans
le cœur des hommes, — capables d'enseigner,
aux fidèles à distinguer en eux la voix de Dieu d'avec les fantaisies de l'imagination ou de la passion, et à répondre promptement, généreusement, à tout appel intérieur de Dieu. C'est à cause de cette présence intérieure de l'Esprit- Saint dans toute âme régénérée, que le P. Hecker présentait si énergiquement la liberté individuelle comme la plus grande ressource de lapostolat catholique, conformément à ce texte : « Où est » l'Esprit de Dieu, là est la liberté. » (Page 286.)
Ainsi, l’Esprit-Saint prenant, en quelque sorte, sous sa sauvegarde l'initiative individuelle pour développer la « légitime confiance en soi », et fortifiant cette confiance par une foi robuste à inspiration intérieure de Dieu, telle est, croyonsnous, la synthèse des idées du P. Hecker.
À ceux qui demanderaient où cette doctrine peut conduire, nous répondrons par un texte fort clair du maitre :
» Ne tenez pas compte de ce que les gens disent, gardez votre manière de voir, tenez-vousen à votre sens et abondez-y. Que chacun, comme dit l'Apôtre, abonde dans son propre sens. Ne cherchez pas à ranger tout le monde à votre avis : 1l n'y apas deux nez qui se ressemblent ; encore moins deux âmes. Dieu ne se répète jamais. (Page 318.)»
Cette thèse, évidemment séduisante pour des
esprits dirigeants et d'une « grande indépendance
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| native », comme sont; parait-il, les paulistes, ne saurait cependant être appuyée sur l'autorité de saint Paul, qui, dans l’Epitre aux Romains, et non pas dans la seconde Epître aux Corinthiens, ainsi que le dit la note de la préface, parle dans un sens parfaitement déterminé, et n’ayant nul- 4 lement l'extension que lui donne icile P. Hecker. Fr Un homme plein d’une « légitime confiance ae en soi », persuadé en outre que l'inspiration d'En-Haut confirme ses vues personnelles, doit êlre un sujet peu facile à manier.
. Il est vrai que le P. Hecker a prévu l'objection, et voici comment il la résout : tte $ « De ces vérités, l'on peut tirer la règle pra- 4 tique de conduite qui suit : l'Esprit-Saint estle pe guide immédiat de l’âme dans le chemin du salut ce et de la sanctification ; etle critérium ou le signe ? que l'âme est guidée par l'Esprit-Saint, c’est sa prompte obéissance à l’autorité de l'Eglise. Cette ‘e règle écarte tout danger d’erreur et, en l’obser- “4 vant, l'âme peut marcher, courir, voler, si elle le 7 veut, avec la plus grande sécurité et une liberté nt parfaite, dans les voies de la sainteté.» (Page ‘ 404.) M Voilà qui est fort bien, mais il faudrait s’en- Bet. tendre sur ce qu’on appelle ici l'autorité de l'Eglise.
S'il s'agit de l'autorité suprême du Saint-Siège, NES il est évident que la plupart des âmes n’y auront
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jemais recours durant leur vie. Le Pape aurait fort à faire, s'il lui fallait prononcer sur les inspirations intérieures de chaque individu. |
Or, c'est toujours de l'autorité de l'Eglise, dans ce sens vague et indécis, que parle Hecker, quand il définit le criterium de l'inspiration surnaturelle.
La manière dont il interpréta les décisions de cette autorité suprême, lors de son expulsion de l’ordre des rédemptoristes, nous fait craindre que ce criterium ne soit surtout subjectif.
Je sais bien que, autre part, Hecker parle de l'utilité d’un directeur spirituel, seul juge accessible de ce genre d'inspiration. Il donne même aux directeurs des conseils qui, bien entendus et compris traditionnellement, seraient excellents :
« La vraie direction spirituelle, écrit-il, consiste à découvrir les obstacles qui s'opposent à la direction divine, à aider et à encourager le pénitent à les surmonter, à lui enseigner les moyens de distinguer dans son âme les mouvements de l'Esprit, enfin à l’y rendre toujours plus docile. Les directeurs n’ont pas à prendre la place de l’Esprit-Saint, mais à le faire grandir dans l’âme comme son prenier et son suprême guide.
» Le premier agent de la sanctification de l'âme, c’est l’Esprit-Saint agissant en elle ; l'action du directeur est secondaire et subordonnée à celle
de l'esprit : négliger cette vérité fondamentale de la vie spirituelle est une grande erreur, qu’elle vienne du directeur ou du dirigé.» — (Page 300.)
Si ces paroles veulent dire que le directeur doit discerner dans une âme fervente le travail surnaturel de la grâce, et que cette âme doit suivre avec docilité et confiance la direction qu’elle reçoit, il n’y a qu’à les approuver sans réserve.
Mais si la « confiance en soi » amène le pénitent à chercher près de son directeur la confirmation authentique de ce qu’il croit être l'inspiration divine ; s il s’estime autorisé à changer de confesseur dès que celui-ci paraît peu disposé à reconnaître l’inspiration d’en-Haut, on devine où ces conseils peuvent conduire.
C'est cependant ainsi, paraît-il, que le P. Hecker entendait la direction des âmes. Dans l’article publié par la Revue du Clergé Francais (1° mars 1898), M. l'abbé Dufresne, voulant venger Hecker du reproche que nous formulions plus haut, s'exprime ainsi :
« Cela ne l’empêchait pas de proclamer la nécessité de faire toujours contrôler par un confesseur les inspirations particulières de chaque âme. [l disait que tout chrétien est libre de changer de confesseur, mais qu’il doit cependant finir par en trouver un qui consente à lui donner l'absolution.
Ainsi, ajoutait-il, se trouvent assurés à la fois et
la liberté de l'âme et le contrôle de ses voies par l'autorité extérieure. »
Qu’en pensez-vous, chers confrères, et ne trouvez-vous pas l’autorité des directeurs bien affermie ?
En vérité, les admirateurs d’Hecker nous rendent la tâche facile ! |
Cette théorie de la sujétion immédiate de l’âme au Saint-Esprit, que le P. Hecker croyait neuve, est aussi ancienne que l'Eglise, et tous les saints l'ont enseignée. Saint Ignace lui-même, auquel le P. Hecker semble reprocher de ne l'avoir pas assez connue, recommande aux directeurs de ne pas se substituer au Saint-Esprit, de ne pas se glisser entre l'Esprit-Saint et l'âme ; mais, au contraire, de s’effacer et de disparaître pour laisser ce grand Maître agir immédiatement sur l'âme. Il a hésité à donner des règles à son ordre, pensant qu’il valait mieux l’abandonner à la loi d'amour et de charité que le Saint-Esprit a coutume de graver dans les cœurs.
Saint Jean de la Croix, dont le P. Hecker se réclamait souvent, aurait dû le prémunir contre les illusions auxquelles il céda. Mais un homme qui ne pouvait pas étudier devait mal lire. Autrement, il n'aurait pas si aisément pris son parti de n'avoir point de directeur spirituel. Saint Jean de la Croix écrit, en effet :
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« Malheur à qui est seul ! dit le Saint-Esprit, aussi la direction d'un Maître est-elle nécessaire à toute âme ; deux résisteront plus facilement ensemble au démon, unissant leurs forces pour voir et agir selon la vérité.
» Dieu aime tellement que l'homme soit gou- |
verné par un autre homme, qu’il ne veut absolument pas que nous donnions pleine créance aux
communications surnaturelles, avant du moins qu'elles aient passé par le canal d'une bouche hu-
maine. » (Maximes et avis spirituels, 185-186.) Si le P. Hecker eut étudié l’enseignement des saints, s’il eût seulement compris ceux qu’il li-
sait (5 plus, il se fût épargné l'illusion de croire
qu'il était un pionnier à l'intérieur.
Le lecteur ne sera pas surpris d'apprendre que le P. Hecker tirait de ces prétendues découvertes les conclusions les plus étendues. Il y voyait le germe d'une rénovation du monde par un nouveau baptème de l’Esprit-Saint :
Tout l'avenir de la race humaine depend de la soumission plus complète et plus parfaite de chaque âme, en particulier, au joug du Saint- Esprit.
» Ce dont la société a le plus besoin aujourd’hui, c’est du baptême de l'Esprit-Saint.
» Cette âme est parfaite, qui est guidée par une sorte d'instinct, que lui rend sensible laction du Saint-Esprit.
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» Le but de la perfection chrétienne est la direction de l’âme par le Saint-Esprit habitant en elle.
» La pratique de l’ascétisme et des vertus naturelles, morales et chrétiennes, estle moyen qui prépare à cet état spirituel, où la direction consciente de l'Esprit-Saint règne dans l'âme.
» Pour arriver à l'état spirituel qui consiste a avoir pleine conscience de la présence et de la direction de l'esprit, etc., etc. » (Pages 298-299.)
Nous aurons occasion de revenir sur ces prévisions enthousiastes, en étudiant les idées d'Hecker et de ses disciples sur l'avenir de l'Eglise. Dès maintenant, il semble que nous pouvons dire avec un éminent prédicateur :
« Dans ce livre, ce qui est bon n’est pas nouveau et ce qui est nouveau n'est pas bon. »