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Vie du P. Hecker :
« Notre siècle n’est pas un siècle de martyrs, d’ermites, de moines. Bien qu’il ait ses martyrs, ses reclus, ses communautés monastiques, ce ne sont pas là, et ce ne seront vraisemblablement plus là les types dominants de la perfection chré-
tienne. Nos contemporains vivent dans leurs
marchés bruyants, dans leurs comptoirs, leurs ateliers, leurs foyers, dans toutes les situations variées qui forment la société humaine, et c'est là qu'il faut introduire la sainteté. Saint Joseph
est le modèle par excellence de ce type de per-.
fection. Il faut que ces devoirs et ces circonstances deviennent autant d'instruments de sanctification, car les difficultés et les obstacles de notre temps sont ce qui forme notre caractère ; une fois surmontés ils deviennent des moyens de perfection et des titres de gloire. Voyez cela nettement, et vous tenez le type de sainteté qui sera de plus en plus la vivante expression de la vie actuelle de l'Eglise. C’est là le champ de conquête pour l’héroïsme chrétien d'à présent. Les soucis, les travaux, les devoirs, les affections et les responsabilités de la vie quotidienne formeront les piliers de la sainteté des stylites de nos jours. C’est sous cette forme que triomphera désormais la vertu chrétienne. » (Pages 314-315.)
Il est aisé de saisir sur le vif, dans cette page
qui ne manquera pas de vigueur, le défaut d'équilibre et de justesse dont l’esprit du P. Hecker nous à déjà donné tant de preuves.
Dire, en parlant de la vie laborieuse des ateliers et des comptoirs : « C'est là qu’il faut introduire la sainteté. Saint Joseph est le modèle par excellence de ce type de perfection. IL faut que ces devoirs et ces circonstances deviennent autant d'instruments de sanctification... », voilà de belles et fécondes pensées, dignes d’un apôtre des ouvriers et d’un conquérant des âmes ; mais, ajouter que la vie monastique, la solitude, le silence, le martyre « ne seront vraisemblablement plus les types dominant de la perfection chrétienne », dire que c'est au milieu des affaires, du négoce, des responsabilités et des sollicitudes de la vie mondaine « que triomphera désormais la vertu chrétienne », c’est tomber dans une erreur très grave, c’est oublier l’existence des conseils évangéliques et la place qui leur appartient à côté et, en un certain sens, au-dessus des préceptes.
Il est possible à tous, avec le secours de la grâce, d'observer les commandements de Dieu au milieu du monde, mais il est beaucoup plus difficile et plus rare d'y observer les conseils évangéliques. Or, sans la pratique des conseils évangéliques, dans la mesure où le permet notre élat de vie, il n’y a pas de perfection chrétienne.
« Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres et suivez-moi », dit Notre-Seigneur.
Voilà pourquoi, bien que toute âme doive tendre à la perfection, même dans le monde, et que personne n'ait le droit de désespérer d'y atteindre, il sera toujours vrai de dire que le plus sûr moyen et le plus facile de tendre à la perfecfection, c'est de quitter le monde.
Bien plus, quand même il ne serait pas si difficile d'observer dans le monde les conseils évangéliques, qui sont la règle de la perfection chrétienne, il serait et il est, en effet, de l'essence de l’Église, que ces conseils soient pratiqués d'une manière publique et sociale par des corporations religieuses, adonnées officiellement et obligées par vœux à la pratique des conseils.
A ce titre, les ordres religieux, non pas tel ou tel ordre, mais le clergé réqu'ier et, par extension, l’ordre des vierges consacrées à Dieu, sont de l'essence de l'Église. Le Pape et les conciles n’ont pas le pouvoir de supprimer linstitution monastique. Ce n’est pas làune doctrine d'école, c’est l'enseignement traditionnel et indiscutable de l’Église.
Le P. Hecker commettait donc une erreur théologique quand il disait que les es communautés monastiques ne seront vraisemblablement plus le type dominant de la perfection chrétienne.
Il était libre de croire que l’avenir verrait se multiplier les corporations religieuses sans vœux, mais il ne devait pas prononcer la déchéance de l'institution monastique et des vœux de religion.
Quelle était donc la découverte qui permettait au « plus grand initiateur spirituel de notre temps », de faire monter sur les cheminées des usines de New-York « les stylites de nos jours!»
« L'action croissante du Saint-Esprit, jointe à une coopération plus vigoureuse de la part de chaque fidèle, élèvera la personnalité humaine à une intensité de force et de grandeur qui marquera une ère nouvelle dans l'Église et dans la société, une ère que l’imagination aura peine à concevoir, que la parole aura peine à exprimer,
à moins de recourir au langage prophétique. » (Page 404.)
Nous avons vu précédemment quelle place tient la direction du Saint-Esprit dans la « mys-. tique d'Hecker ». En annonçant « une ère nouvelle dans l’Église, » une « ère que l'imagination aura peine à concevoir », en parlant d'un nouveau « baptème de l’Esprit-Saint » qui serait le principe de cette « ère nouvelle », le P. Hecker se mettait en contradiction avec la doctrine rappelée par Léon XIII dans l'Encyclique Divinum du 9 mai 1897.
» Qu'il nous suffise d'affirmer, dit Léon XII,
que, si le Christ c est la tête de l’Église, l'Espr EU Saint en est l’âme, ce qu'est l'âme . noire corps, DE Esprit-Saint l'est dans le corps du Christ qui
est l'Église (1). Puisqu’il en est ainsi, on ne sau-
rait demander une autre te plus vaste
et plus féconde de l’Esprit divin ; celle que nous
voyons, en effet, maintenant dans l'Église est la
plus grande qu’on puisse voir, et elle durera jus-
qu'à ce que l'église, ayant achevé sa course ici-.
bas, jouisse dans le ciel de la joie du triomphe. »
ferme n’est que l'expression de la doctrine tradi-
tionnelle de l'Église, mais il apparaît ici d'une :
opportunité ue à l’heure même où était.
publié en France le livre qui nous occupe.
On n’a pas craint cependant d’appuyersur l’au-
torité de Léon XIII, et particulièrement de l'Eney-
clique Divinum, les théories du P. Hecker et de signaler l’encyclique du 9 mai 1897; comme le point de départ du mouvement de l'Église pour
rentrer dans sa voie normale. « L'époque ar-
rive, dit M. l'abbé Klein, commençant peut-être
avec cette encyclique sur la Trinité et le Saint-.
Esprit à laquelle on prête trop peu d’attention, l’époque arrive où l'Église, ayant affermi ce qui était attaqué dans sa hiérarchie, va reprendre sa
voie normale, diriger de plus en plus ses efforts
(4) Saint-Augustin Sermon 188.
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