‹ pere hecker: est-il saint?Chapitre 29 sur 58 · TAN · texte numérisé non relu

TAN

vers la pratique de la vie intérieure, et son atlention vers le côté intelligible des mystères de la foi. » (Préface.) Un nouveau parallèle entre l’enseignement « du grand initiateur spirituel » et la parole du Pape fera justice de cette assertion :

Le P. Hecker s'exprime ainsi :

«L'Esprit-Saint prépare en ce moment l'Église pour une plus grande effusion de lui-même dans le cœur des fidèles. Cette action croissante de l'Espril-Saint renouvellera toute la face de la terre religieusement et socialement. Des âmes seront inspirées par lui pour coopérer à cette œuvre. (Ce sont les Paulistes.)

» La vérité centrale qui poussera les membres de l'association à agir sera l'établissement du royaume de Dieu au-dedans de nous — vérité qui devrait faire le fond de tous les sermons. » (Page 397.)

Voici maintenant les recommandations de:

Léon XIII :

« Peut-être aujourd'hui encore, y-a-t-il des chrétiens qui, interrogés comme ceux auxquels l'apôtre saint Paul demandait s'ils avaient reçu le Saint-Esprit, répondraient comme eux : Mais nous n'avons pas même entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. (Act. xx, 2.) S'iln’en est pas ainsi, du moins beaucoup ne connaissent pas cet Esprit; ils font souvent appel à son nom dans

laccomplissement des actes religieux mais leur foi est enveloppée de ténèbres.

» Aussi, tous les orateurs de la chaire sacrée et tous ceux auxquels est confiée la direction des âmes devront-ils se souvenir qu'il leur appartient de distribuer au peuple avec plus de zèle et avec plus d’abondance, les enseignements relatifs à l'Esprit saint, de telle sorte cependant que l'on écarte les controverses difficiles et subtiles, et qu'on évite les vaines entreprises de ceux qui s'efforcent imprudemment de scruter tous les mystères divins. IL IMPORTE PLUTÔT DE RAPPELER ET D'EXPOSER LARGE- MENT LES NOMBREUX ET GRANDS BIENFAITS QUI, DE CETTE SOURCE DIVINE, ONT DÉCOULE OU DÉCOULENT ENCORE SANS CESSE SUR NOUS, de telle sorteque l'erreur et l’ignorance relatives à de telles grâces, erreur et ignorance indignes des fils de lumière, svient entièrement dissipées. »

Ainsi, d’après l’encyclique, la prédication ne doit porter, ni sur les promesses d’un avenir meilleur réservé à l’Église par une plus abondante effusion du Saint-Esprit, ni sur une subtile analyse des opérations et des inspirations du Saint-Esprit dans les âmes, mais sur les bienfaits accordés, dans le passé et dans le présent, à l'Église et aux âmes par le même Saint-Esprit.

Ce. n’estpas précisémentla méthode du P. Hecker.

Sa théorie du développement de l'individualité

humaine par l'inspiration consciente du Saint-Esprilest liée, suivant lui, au grand fait dogmatique de ce siècle, la définition du concile du Vatican :

« L'Église, dit-il, ayant affermi et développé son action extérieure, ayant fortifié ce qui était attaqué dans sa hiérarchie, peut maintenant reprendre sa vraie voie normale avec une action plus soutenue ». (Page 104.)

« Les tentatives faites depuis la Réforme pousatisfaire les besoins modernes ont définitivement échoué. Ajoutez que les décrets du concile du Vatican ont mis fin à toute controverse sur l'autorité parmi les catholiques. La conséquence de tout cela, c’est que la force individuelle doit

désormais tenir dans le catholicisme autant de

place que la force hiérarchique et que tout doit

tendre au développement du Saint-Esprit dans l'âme de chacun. » (Page 402.)

On le voit, « une préoccupation d'actualité »

poursuit toujours le P. Hecker dans ses disserta-.

tions les plus mystiques ; mais cette préoccupation leur donne un sens novateur et suspect qu'elles n’auraient pas toujours sans cela. Si nous insistons sur ce sujet, ce n’est pas seulement à cause de sa portée doctrinale et de sa connexion étroite avec les dogmes fondamentaux du christianisme : c’est à cause des conséquences prati-

ques que de telles doctrines peuvent avoir pour la direction des âmes.

teur l’inconcevable légèreté avec laquelle le P. Hecker prétend mettre d’accord l'autorité ex- térieure de l'Église avec l'autorité intérieure du . Saint-Esprit agissant dans l’âme.

Pour être sûr qu'une inspiration ne vient pas de Dieu, il faudra que le fidèle ait constaté l’im- possibilité de trouver un confesseur qui consente

à lui donner l'absolution. Le témoignage de l'abbé Dufresne en fait foi ; il vient à point rem-

plir une lacune et élucider une question restée

obscure dans la Vie du P. Hecker.

Le « grand initialeur spirituel », qui a pu concevoir une pareille invraisemblance, s'appuie

indüment sur l'autorité des auteurs mystiques.

les plus incontestés. C’est un malheur et un danger.

Depuis quelques années un mouvement s’est accompli en faveur de l’étude de la théologie mystique, trop négligée par une parlie du clergé, au grand détriment des âmes.

La réédition des œuvres de sainte Thérèse par l’abbé Bouix, la traduction nouvelle des

œuvres de saint Jean de la Croix faite par une Carmélite, et publiée sous la direction du R. P. Chocarne ; le beau 7raité de la vie intérieure, parle R. P. Meynard ; les Éclaircissements sur les œuvres mystiques de saint Jean de la Croix, par le R. P. Ludovic de Besse; la réédition de

FR

l’admirable travail d’un Jésuite du dix-huitième siècle, le P. de Caussade, qui a mis en forme de catéchisme la substantielle doctrine des tnstructions spirituelles de Bossuet sur les divers états d'oraison ; bien d'autres publications encore, telles que les Degrés de la Vie spirituelle, par l'abbé Saudreau, nous promettaient une recrudescence de vie surnaturelle dans les âmes par le rappel des principes trop oubliés de la théologie mystique,

L'exemple du P. Hecker aurait causé à l’Église et aux âmes un immense dommage, s'il donnait à penser que la lecture des auteurs mystiques, et en particulier de saint Jean de la Croix, a pu contribuer à le jeter dans ses périlleuses illusions.

Il eût trouvé au contraire, dans l'étude des écrits du prince de la théologie mystique, le remède et le préservatif le plus sûr contre les chimères de son imagination, s’il avait su étudier et sil avaiteu moins de confiance en lui-même.

Que n’avait-il compris ces paroles de saint Jean de la Croix :

« L'âme qui s’attache fidèlement aux lumières et aux vérités de la foi marche sûrement sans danger d’errer. Car on peut tenir pour règle ordinaire qu'une dme ne s'éqare qu'en suivant ses inclinations, ses qouls, ses raisonnements et ses idées propres, qui la font pécher presque toujours,

ou par excès, ou par défaut, l’inclinant vers ce qui ne convient point au service de Dieu.

» Quand une âme s’appuie sur sa proprescience ou sur ses goûts et ses sentiments pour aller à Dieu, ne voyant pas que de pareils moyens sont sans valeur et sans proportion avec un tel but, elle s’égare facilement ou s’arrête en chemin, faute de s’attacher à la seule foi qui est son vrai guide.

» C’est une chose surprenante que ce qui se passe de nos jours Quand une âme a pour moins de quatre deniers de considération des choses divines, et qu’elle entend en elle-même le son de quelque parole intérieure, dans un moment de recueillement, elle tient aussitôt cela pour quelque chose de sacré et de divin, et sans en douter le moins du monde. « Dieu, dit-elle, m'a dit, — Dieu m'a répondu. Or, cela n’est pas vrai ; et c’est elle-même qui se parle et qui se répond par l'effet même de son désir.

» Celui qui voudrait, de nos jours, demander à Dieu et obtenir quelque vision ou révélation, ferait, ce me semble, outrage au Seigneur, ne jetant pas uniquement les yeux sur son Christ. Et Dieu aurait droit de lui répondre :

« Voici que vous avez mon.fils bien-aimé, en » qui j'ai mis toutes mes complaisances : écoutez- » le, et ne cherchez pas de nouveaux modes d’en- » seignement, car en Lui et par Lui je vous ai dit

142 LE P. HECKER See E

» etrévélé tout ce que vous pouvez désirer et me » demander, vous le donnant pour frère, pour mai. » tre, pour ami, pour rançon et pour récompense.»

» Nous devons en tout nous guider par la doctrine de Jésus-Christ et de son Église, y cherchant le remède à nos ignorances et à nos faiblesses spirituelles. Celui qui s'écarterait de cette voie serait non-seulement coupable de vaine curiosité, mais d’une témérité insupportable. » (Avis et Maximes spirituelles.)

Aucun enseignement, n'était plus propre à mettre le P. Hecker sur ses gardes, au sujet des prétendues inspirations et des voix intérieures d’après lesquelles il avait pris l'habitude de se conduire; s'iln’en a pas profité, la faute en est à lui seul : puisse:t-il être seul également à subir les conséquences de son erreur ! |

Non, le P. Hecker n’était pas un saint; il n’était pas un théologien, il n’était pas un maître dont on puisse invoquer l'autorité pour tracer aux âmes le chemin de la perfection. On ne voit pas en lui les signes d'une vraie dévotion à la Très Sainte Vierge et au Sacré Cœur de Jésus. Est-ce là, à ses yeux, de ces dévotions secondaires dont les Paulistes laissent le choix aux pasteurs des paroisses ?

Le seul reproche qu'il ait adressé à un jeune prêtre, le seul que l’on rapporte dans sa vie, c'était de vouloir donner trop de temps à la

mn

5 prière. Il lui conseilla d'aller « tourner ses

pouces » hors d'Amérique.

Le P. Hecker n’avait même pas une véritable

. dévotion au Saint-Esprit ; sans cesse il en parle,

mais ce n’est pas pour engager les âmes à lui rendre un culte, c’est pour «élever la personnalité

humaine à une intensité de force et de grandeur

qui marquera une ère nouvelle dans l’Église et dans la société ». Léon XIIT a rappelé, au début de l'encyclique Divinum, le danger auquel serait

exposée la foi chrétienne, si l’on prétendait ho-

norer séparément l'une des trois personnes divines. L'Eglise fait mention spéciale 'de cette doctrine dans le symbole de Nicée, à propos du

Saint-Esprit, qui cum Patre et Filio simul adora-.

tur et conglorificatur. Nous ne voyons point trace, dans les écrits et dans vie du Père Hecker, de cette adoration indivisible, de cette conglorifcation du Père et du Fils avec l'Esprit-Saint.

Quant à la sainte humanité de Jésus-Christ, sans laquelle, dit sainte Thérèse, nulle âme ne peut parvenir à la perfection, puisque le Christ estle médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme, on ne voit pas quelle place elle avait dans la dé-

votion du P. Hecker. Le nom adorable de Jésus

n'est peut-être pas prononcé cinq fois, dans ce volume de près de cinq cents pages, presque entièrement consacrées à des sujets spirituels.

Le saint nom de Marie est encore plus rare

« Si vous écrivez dis saint Had jen = goûte point vos écrits, à moins que je ny lise nom de Jésus. »

Un disciple de saint Paul et un missionnaire aurait dû se souvenir de la parole des Actes des. Apôtres : « Il n'a pas été donné aux hommes un. autre nom, sous le ciel, par la vertu duquel is puissent être sauvés. »

Page 1