‹ pere hecker: est-il saint?Chapitre 31 sur 58 · SN DTLEN MT PRE · texte numérisé non relu

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tionnelles de la race saxonne aux choses de la vie intérieure ?

C’est qu'en vérité il n’avait jamais su distinguer la différence essentielle qui existe entre la vie intérieure, au sens théologique, traditionnel et latin du mot, et le subjectivisme de Kant. En donnant à la ve intérieure cette signification nouvelle, on doit reconnaître l'exactitude des considérations historiques d’Hecker. IL est bien vrai que ce subjectivisme répond à certaines habitudes intellectuelles plus conformes au génie des races saxonnes. Voilà ce qu’il faut entendre par ces mots: surnaturaliser le naturel: c'est produire des actes surnaturels par une sorte d'impératif catégorique auquel s'adjoint, sans doute, l’enspiration consciente du Saint-Esprit.

Cette interprétation, la seule qui puisse donner un certaine cohérence aux idées d'Hecker sur l’avenir des races, est aussi celle qui fait le mieux

apparaître l'erreur et le péril de sa prétendue

doctrine spirituelle.

Au fond de toutes ces théories et des rêves du fondateur des Paulistes, il y avait aussi une réminiscence de ses premières impressions protestantes. Cette « nouvelle phase de l’Église », qu'il

saluait d’avance avec enthousiasme, il en avait

conçu d’abord l’idée après une lecture de Heine, dont il résume ainsi les conclusions :

«€ J'ai lu ce matin un extrait de Heine sur

Schelling, qui m'a ému de que tout ce que j'ai

pu lire depuis six mois. L'Église, dit Schelling, en substance, fut d’abord de Pierre, puis de Paul, et doit être un jour tout amour en saint Jean : Pierre, le catholicisme ; Paul, le protestantisme ; Jean, ce qui sera.

» La proposition m'a frappé d’autant plus qu'elle répondait à mes vagues intuitions.

» Le catholicisme est la solidarité; le protestan-

tisme, l'individualité.

» Ce qu'ilnous faut et ce que nous désirons est ce qui les unira tous deux comme le fait lesprit de Jean, et cela, opéré dans chaque individu.

Nous n'avons pas besoin de l'autorité de l'histoire ni de celle de l'individu, de l'infaillibilité ni de la raison séparées, mais de toutes deux réunies dans /a vie.

.» Ni tradition, ni opinion, mais l'ére; un Évangile ni écrit, ni prèché, mais vivant. »

(28 avril 1843. — Page 70.)

Ce curieux aperçu de certaines idées protestantes nous explique la genèse des enthousiasmes et des impulsions d'Hecker. Il suffit de le rapprocher d’une page où l’abbé Dufresne résume la manière dont le P. Hecker lui « prophétisait, en quelque sorte, l'avenir » :

« L'Église, n'étant plus absorbée par la consolidation de son organisme extérieur, COnNSacrera toutes ses forces à approfondir, à étendre

Ce

et à enrichir sans cesse la vie intérieure de conscience réfléchie, de sanctification intime, de zèle et d'amour, qui n’a jamais été négligéc, mais qui recevra une impulsion encore plus vive. La sanctification, dont les cloîtres ont été jusqu'ici les principaux foyers, sera répandue bien davantage en plein monde et dans la masse du peuple chrétien, suivant l’exemple illustre donné par l’Église de Corinthe au temps de saint Paul. L'autorité étant désormais au-dessus de toute atteinte, elle pourra sans crainte laisser un essor plus hardi à l’initiative de chaque âme, sous l’impulsion du Saint-Esprit. De là résultera insensiblement un immense accroissement de force pour les chrétiens. Ce mouvement préparerala conversion des protestants et des libres penseurs. »

Mais le P. Hecker ne s’arrêtait pas en si belle voie ; il avait aussi deviné « l’âme slave » et nous sommes heureux de voir M. l'abbé Dufresne combler cette lacune du livre de M. l'abbé Klein.

« Le catholicisme romain lui apparaissait comme un juste milieu entre le protestantisme, qui a rendu 1a religion trop abstraite, et l’orthodoxie grecque, qui accorde aux rites et aux cérémonies un rôle par trop étendu. »

Il voulait donc aller en Russie et passer par les Indes et la Chine pour retourner en Amérique :

«Le profond sentiment de l’immanence divine

qu'ont les Hindous le frappait, et il voyait dans l'union si intime de Dieu avec l'homme par l'Eucharistie, un des principaux moyens grâce auxquels notre foi pourrait les alteindre dans l’avenir. Quant aux musulmans. qu'il avait étudiés en Égypte, ils l'avaient saisi par l'intensité de leur croyance dans le Dieu unique. Il se demandait si l'instrument providentiel de leur conversion ne serait pas, quelque jour, l’apparition dans leurs rangs d'un prophète qui les inclinerait insensiblement vers le christianisme, à l'action extérieure duquel ils sont obstinément fermés, »

Voilà bien l’ « universelle synthèse » d'un disciple de Kant. Il n’est pas invraisemblabie de supposer que si le P. Hecker füt demeuré plus longtemps en Égypte, il se serait cru, lui-même, ce prophète destiné à éncliner insensiblememt vers le christianisme les disciples du Coran.

Vraiment le P. Hecker valait à lui seul un congrès des religions !

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