‹ pere hecker: est-il saint?Chapitre 47 sur 58 · L'ÉVOLUTIONNISME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTIONNISME RELIGIEUX

Sommaire. — Mgr Keane proteste contre ceux qui ivfligent à des catholiques l’épithète de libéraux. — Romanus relève le drapeau du catholicisme libéral. — Inconvenant parallèle. — Pourquoi et comment l'école de Romanus désire fortifier Pautorité dans l'Eglise, — Diverses manifestations de l’évolulionnismereligieux.— A quoi faut-il attribuer la conversion du monde romain? — Théorie de l’évolution intérieure du christianisme. — Une question de vie ou de mort pour l'Eglise, d’après l’école évolutionniste. — Saint Paul proclamé par Romanus le PREMIER CATHOLIQUE LIBÉRAL. — Opinion de l’école évolutionniste, quant au temps et à la manière de promulquer les vérités nouvelles qui affectent la religion. — « Erreurs providentielles. »

Nous avons vu, dans le quatrième chapitre, avec quelle amertume Mgr Keane se plaignait des catholiques, et en particulier des catholiques américains qui se permettent encore aujourd’hui ‘d’infliger aux américanistes l’épithète de libéraux. C'est là, dit-il, une « malheureuse manie », que

« les gens raisonnables ne peuvent pas tolérer » ; c'est « une exagération, une injustice » qui n’a pas, en Amérique, l’excuse d’un attachement traditionnel aux « vieilles opinions et aux légendes qui s’en vont. » Depuis l’encyclique ZLibertas, Mgr Keane assure qu’il n’en devrait plus être ainsi :

« On estimait que cela mettrait fin aux attaques des catholiques contre des catholiques, car, en vérité, quiconque veut et ose se dire catholique ne saurait se trouver à l’étroit dans les justes limites tracées au libéralisme par le Saint-Père. Il semblait que personne ne’püût être assez fana-

tique pour flétrir des catholiques d’une épithète

qui, dans sa signification théologique, définie par

le Pape lui-même, leur est si inapplicable. Mais, l'étroitesse d’esprit et le fanastisme se sont montrés capables de cela même. » (Cathohc World. Mars 1898.)

Dans la Contemporary Review, Romanus soutient une thèse opposée. Mais cette opposition n'est-elle pas plus apparente que réelle? Car, si Romanus ne prétend pas que l'épithète de libéral ne doive plus être infligée à des catholiques, c’est parce que, en la revendiquant hautement pour lui-même, il s'efforce de la réhabiliter ; il en fait, en quelque sorte, le drapeau de son parti.

Cet article dont on pourrait dire qu'il est la soume des idées de l'américanisme, est intitulé, en

LA

effet : « Le Catholicisme libéral. » En voici le début :

« Nous avons été bien des fois surpris de rencontrer des hommes, qui devraient être mieux renseignés, s’imaginer que « le catholicisme » libéral » est une chose du passé. IL est certainement vrai que le présent Pape ne fait entendre aucune malédiction contre le « libéralisme reli- » gieux », qui fut si souvent anathématisé par Pie IX. Mais cela ne démontre pas que ses anathèmes aient été assez efficaces pour que le « Catholicisme libéral » en soit mort et oublié; cela prouve seulement quel grand changement s’est opéré à Rome même. »

Voilà déjà une déclaration qui ne laissera pas de surprendre un certain nombre de nos lecteurs. . Mais ils seront encore plus douloureusement impressionnés par l’audacieux parallèle que Romanus ne craint pas d'établir entre Pie IX et Léon XIII, distribuant à sa guise, Le blâme et la louange; de façon à rendre l’une au moins aussi inconvenante que l’autre :

« On devait sûrement s’attendre à voir un changement correspondant se manifester parmi les laïques catholiques instruits. Pie IX fut, il est vrai, presque adoré par un certain nombre de fanatiques (parmi lesquels feu Louis Veuillot et le D' Ward furent des types différents), qui justifièrent la dénonciation de Montalembert sur

« l'Idole du Vatican ». Néanmoins, un très grand nombre de catholiques intelligents étaient bien loin de partager ce sentiment ef regardaent son Pontificat avec aversion. Ainsi le premier Pontife déclaré officiellement infaillible (et qui a probablement fait plus de fausses prédictions qu'aucun Pape des deux siècles précédents) prépara les voies à une forte réaction de sympathie en faveur de quelque successeur raisonnable et modéré; et combien plus en faveur d'un Pape tel que celui qui de fait lui a succédé! »

Nous verrons, dans la suite, que Romanus ne craint pas de critiquer avec un « franc parler » peu respectueux et une obéissance sans nulle « obséquiosité » certains actes doctrinaux de Léon XIII.

Mais ces éloges sont une précaution oratoire, pour préparer les esprits à certaines hardiesses.

Après avoir parlé des conséquences du Concile du Vatican dans un sens fort semblable à celui du P. Hecker, Romanus s'exprime en ces termes :

« L’opposition-des « Vieux Catholiques », quoiqu'un synode général anglican ait essayé de stimuler son activité, est devenue si faible qu’elle est au-dessous du mépris. D'un autre côté, le parti dominant dans l’Église d'Angleterre (en dépit des efforts des prélats vraiment protestants) gagne continuellement de l'influence, tandis que chaque jour il s’approche de plus en plus dans

rai

son rituel, dans son enseignement et dans son esprit de ce que l’on avait coutume d’appeler -« la grande apostasie ».

» C’est ainsi que dans le monde entier, il s’est formé un courant de sympathie plus favorable à la Papauté, telle que nous la voyons maintenant

dans la personne aimable, cultivée et conciliante :

du Pontife actuel, le promoteur des recherches historiques, l'ami de la République française, le relativement libéral Léon XIII. Un grand calme semble s'être répandu partout, et parait avoir apaisé les vagues de cette mer sur laquelle navigue la barque de Pierre. »

Quelle conclusion l’école dont Romanus est ici l'interprète va-t-elle tirer de cet état des esprits si favorable à l'unité de l’Église? C’est ici que nous allons retrouver la pensée familière au P. Hecker :

.€ Les « Catholiques libéraux » n’ignorent nullement ce qu'est devenue la Constitution essentielle de l'Église. Ils apprécient complètement cette marche qui s’est produite vers la centralisation, d'une manière plus ou moins continue depuis le second siècle, développant un royaume spirituel, une monarchie telle qu'on n’en vit jamais dans le monde, Les « Catholiques libéraux » se rendent bien compte que l'énorme pouvoir de l’Église pour le bien serait fatalement affaibli si l’on portait atteinte à son organisation et ils regardent

tout essai de retour en arrière comme un acte absurde et anti-scientifique. »

La prétention de s'emparer de l’organisme de l'Église est, on le voit, nettement accusée. Seul, un parti puissant peut parler avec une telle assurance. Ce n’est pas, d’ailleurs, l'assurance qui fait défaut au signataire de ce programme. Après cette entrée en matière, il formule aussitôt des desiderata et des griefs, comme un homme qui prend en main les intérêts d'un domaine dont il espère hériter bientôt.

« C'est pourquoi leur désir est de fortifier et non de détruire l'autorité. Ils désirent particulièrement la fortifier, en la détournant de procédés auisibles à son propre avantage.

» Rien n'est plus attristant pour eux que de voir l'autorité se dégrader elle-même, tantôt par la désastreuse influence de telle ou telle éminente personnalité, tantôt par celle de quelque puissant ordre religieux Ils gémissent sur les conséquences de pareilles influences dans l'Europe méridionale, et sur cet éloignement général du christianisme qui est si répandu parmi les gens inslruits dans les contrées dites catholiques. »

Après cet avertissement, d'un «franc-parler » peu « respectueux », Romanus développe avec une hautaine assurance les ‘idées dont les « catholiques libéraux » aiment à reconnaitre la réalisation dans l'Eglise :

« Ils sont profondément convaincus que

l'Eglise catholique est la seule grande influence

capable de promouvoir le bien-être spirituel de l’humanité. Ils sont profondément convaincus qu'iln'y a pas de pouvoir comparable au sien pour promouvoir la vertu et tout ce qu’il y a de plus élevé, de plus noble, de plus pur, de plus désintéressé et de plus généreux dans l’humanité. [ls sont convaincus que c’est la plus complète — la seule complète — organisation pour amener dans toutes les classes, toutes les nations et toutes les races, l’accomplissement des deux grands commandements du Christ qui comprennent la Loi et les prophètes, c'est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain. »

Ayant énuméré ensuite, du même ton impérieux, les bienfaits de l’ Hoi dans l’ordre surnaturel et dans l'ordre social, Romanus conclut en ces termes, toujours au nom des « catholiques libéraux » :

« Ils regardent aussi son influence sur la phi-

losophie comme étant d’une valeur inappréciable et. n'estiment pas pour peu de chose les services qu'elle rend à la liltérature. Profondément pénétrés de ces convictions, les adeptes du « catholicisme libéral » doivent évidemment désirer de maintenir intacte cette merveilleuse organisation dont Rome est la tête. »

Saint Bernard, auquel on a comparé nos

« puissants prélats américains », ne parlait pas, à son ancien disciple le pape Eugène, sur un ton aussi haut que Romanus parle à l'Eglise.

C'est un organisme, un énstrumentum regni, dont les « vieux catholiques » n’ont pas su apprécier la puissance, mais que les « jeunes catholiques », les « catholiques libéraux », sauront utiliser.

Cependant, il y a une condition : il faut que l’on abolisse la douane, que l’on abaisse les pontslevis et que l’autorité cesse de se dégrader ellemême, tantôt par la désastreuse influence de telle ou telle éminente personnalité, tantôt par celle de quelque puissant ordre religieux.

Nous verrons plus loin Romanus nous donner lui-même la clé de cette énigme.

Que le lecteur veuille bien se reporter maintenant aux théories du P. Hecker sur l'influence des races dans 1 Église et jusque dans le domaine de la vie intérieure ; qu'il se rappelle les observations si fines et si importantes de M. André Hallays à propos des ecclésiastiques que sont à l'avantgarde du clergé francais et qui voient dans /a théologie la simple traduction de l'expérience re gieuse dans le langage scientifique et métaphysique de l'humanité ; estimant que, sur certains points, les temps sont venus pour l'Eqghse de parler un langage mieux approprié aux âmes d'aujourd'hui ; que le lecteur se reporte à ces divers passages de

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notre étude, et il reconnaîtra la même pensée, la même doctrine, dans les pages que nous allons citer.

Seulement, tandis que les prètres dont parle le Journal des Débats sont trop prudents pour formuler des maximes générales, l'écrivain de la Contemporary Review, dont le but semble être, au contraire, de sonder l'opinion, a, lui, toutes les audaces.

C'est l’évolutionnisme, non plus avec « toutes les atténuations possibles », comme nous le montre M. André Hallays, mais avec l’ampleur que peut lui donner un « Catholique libéral ».

« L'Église, pendant les dix-neuf siècles de son existence, a eu à subir l'influence non seulement de très diverses conditions matérielles qui l’entouraient ; mais aussi de milieux intellec- tuels très différents qui l'ont profondément modifiée. Son succès a souvent été dû à son pouvoir de s’approprier l’objection et de se modifier elle-même en présence de nouvelles circonstances, tandis que son existence même a plusieurs fois dépendu de la possibilité d'établir des relations favorables entre son enseignement et sa discipline d'une part et d'autre part le courant des croyances, des sentiments et des conditions “sociales des différents âges et des différentes contrées, Mais, sans la remarquable évolution sociale et religieuse qui se produisit dans le paga-

nisme pendant le premier et le second siècle de notre ère, JAMAIS L'ÉGLISE N'AURAIT PU CONVERTIR L'EMPIRE ROMAIN; tandis que les voies étant ainsi préparées, cette conversion devint inévitable; et si quelque chose doit nous étonner en cela, c’est qu’elle n’ait pas eu lieu un peu plus tôt! »

Jusqu'à présent, nous avions pensé, nous autres catholiques sans épithète, que la conversion du monde romain'était due à la prédication des apôtres et au sang des martyrs. Il paraît qu'il n’en est rien et que cette conversion provient d'une évolution tellement irrésistible que nous devrions nous étonner plutôt qu'elle n'ait pas devancé la mission des apôtres!

Mais si l'évolution païenne a préparé le christianisme, une autre évolution l’a transformé :

« Nous avons parlé de l’évolution sacerdotale et sacramentelle de la primitive Église. Qu’une pareille évolution fût non seulement possible mais hautement probable, c'est ce qui est rendu évident par le spectacle que nous avons actuellement sous les yeux en Angleterre. Dans les premiers siècles du christianisme, il n’y avait aucun sentiment de désapprobation pour de telles évolutions comme il s’en était déjà produit, aucune révolte contre « les altérations » qui avaient eu lieu. Sur un terrain ainsi préparé, les évolutions ecclésiastiques pouvaient et devaient rapidement croître. Le respect pour ceux qui paraissaient

visiblement inspirés par le Saint-Esprit — les

prophètes et les prédicateurs — et aussi pour les

anciens, et graduellement, de plus en plus, pour les chefs anciens ou les évêques de chaque communauté, ne pouvait manquer de produire une pareille évolution. Nous pouvons être certains en vérité que ce fut inévitable, puisque maintenant nous voyons comment se produit un mouvement semblable, par une sorte de fatalité, malgré les circonstances les plus défavorables. »

S'appuyant ainsi sur des faits contestables ou d’une inégale valeur, Romanus poursuit sa thèse évolutionnisle :

« Il fut aussi inévitable dans le premier siècle que beaucoup de manières de voir, relatives à l’Ancien Testament, alors en faveur parmi les Juifs (qui n'étaient pas exempts de l'influence hellénique), se répandissent largement parmi les chrétiens, comme aussi la croyance à la prochaine arrivée du « Second Avènement » — croyance, vraisemblablement, d'une nécessité absolue pour maintenir le courage, le zèle et la piété des premiers chrétiens.

» Des croyances qui nous semblent étonnantes dans leur barbare naïveté eurent leur place nécessaire dans l’Église du neuvième siècle, comme aussi, au treizième siècle, eurent leur place des croyances au sujet de l’espace que nous regardons maintenant comme absurdement étroites,

* et beaucoup plus récemment des croyances non moins erronées sur le temps passé. »

Quelle conclusion Romanus va t-il déduire de ces considérations plus ou moins historiques ?

Il nous faudrait dépasser de beaucoup les limites que nous nous sommes imposées pour en donner le complet exposé; voici du moins quelques-unes des considérations développées par Romanus :

« Comme chacun de nous doit êlre, dans un sens plus ou moins restreint, un homme de son temps, ainsi l’Église de chaque période successive a été l’Église de son époque, reflétant les connaissances bornées du monde intellectuel et moral alors existant.

» Aucune personne raisonnable ne peut supposer qu'un homme des temps apostoliques se servit du langage des temps actuels dans son enseignement sur la nature du Christ, ou même comprit la doctrine de la Trinité comme elle est exprimée dans le Credo d'Athanase. De même, auraient-ils pu parler de la Transsubstantiation ou même en avoir l’idée? Est il plus croyable que la dévotion à Notre-Dame ait eu place dans la religion de saint Paul? Ces faits constituent ils des arguments valides contre de telles choses ? nullement. Ils montrent seulement que l’Église, comme tout être vivant, en possession d’une bonne santé, a subi et aura à subir un continuel

progrès de développement. Puisqu'il en est ainsi, ce serait en vérité calamiteux, si elle devait toujours continuer à être imbue de l'esprit d’un âge qui est depuis longtemps mort et passé et si elle s'obstinait à répandre cet esprit, alors que le monde est entré dans une nouvelle période dont la pensée est devenue tout à fait étrangère à des croyances et à des manières de voir si primitives. Dans l’opinion des « Catholiques libéraux », c'est pour l’Église une question de vie ou de mort (articulus stantis vel cadentis Ecclesiæ) de se tenir en contact avec tout ce qu'il y a de meilleur et de plus élevé dans chaque lustre successif (sic). Et l’on ne peut mettre en doute que le progrès intellectuel de l'humanité contient toujours une plus large et plus sûre étreinte de la vérité. Tout homme qui a le sens commun doit savoir que c’est au progrès des connaissances scientifiques que nous devons tout ce qui a amélioré les conditions matérielles de la vie. C’est lui qui a mis à la portée des masses une meilleure nourriture et de meilleurs vêtements; qui écarte les épidémies, qui guérit les malades et produit l’insensibilisation dans la douleur.

» Comment peut-on s’imaginer que les hommes supporteront toujours avec patience de la part des ecclésiastiques, une attitude d'opposition à cette science à laquelle les ecclésiastiques eux-mêmes sont si profondément redevables? Les hommes

accepteront-ils des enseignements sur les condihions du bien-être dans le monde à venir, de la part de gens qui se montrent eux-mêmes si lamentablementignorants sur les conditions du bien-être dans le monde où nous sommes ?

» Les « Catholiques libéraux » déclarent être dévoués à la découverte, à la promulgation et à l'établissement de la vérité dans tous les champs de la science, historique, critique et scientifique, spécialement en ce qui porte sur la religion. Théistes sincères, ils sont profondément convaincus que le Dieu de vérité ne peut jamais être servi par un mensonge; mais que la cause de la religion ne peut jamais être promue par d’habiles faux-fuyants, par des déclarations soigneuse- ment ambiguës, par le silence imposé à des vérités désagréables, ou (quand elles ne peuvent plus être cachées) par une manière de les présenter qui change ou réduise leur signification — essayant par une série de subtils artifices de déguiser les conséquences qui en découlent logiquement. Les « Catholiques libéraux » s'efforcent de se montrer les fidèles disciples pu PREMIER « CATHOLIQUE LIBÉRAL », à savoir sr Pauz — et comme il s’opposa CRUUInnEn à la circoncision de la chair ainsiils voudraient s "opposer à la circoncision de l'intelligence. »

Certes, on At appeler ce langage un «franc-

parler ». L’épithète de libéral, attribuée à saint

Paul, n’est pas sans hardiesse, et ce souci de rattacher à l'apôtre des nations les idées qu’il professe, nous induit encore plus à penser que Romanus est un disciple du fondateur des paulistes. C'est aussi un point de vue nouveau que de considérer le salut éternel des âmes comme une question de bien-être dans l'autre vie et c'est là un trait de caractère essentiellement américain.

Mais nous verrons mieux encore.

Afin d'éclairer la religion du lecteur et de calmer les légitimes scrupules de ceux quine croient pas aisément que des catholiques et des prêtres puissent professer les doctrines de Romanus, nous allons recueillir de sa bouche l’exposé de la manière dont les « catholiques libéraux » savent ménager les esprits pusillanimes et arriérés.

« Pourtant ils ne sont pas fanatiques (les catholiques libéraux); ils reconnaissent le danger qu'il y a d'augmenter actuellement l'erreur, par une promulgation imprudente d'affirmations qui expriment a vérité pour eux, mais qui pourraient malheureusement être mal comprises par des esprits qui ne sont pas du tout préparés à les recevoir. Ils ne sont pas assez aveugles pour ne pas voir ce fait, qu'un corps aussi vaste et aussi complexe dans sa structure que l’Église catholique doit se mouvoir lentement. Ils ne sont pas non plus surpris ni choqués que les nouvelles vérités astronomiques, géologiques

ou physiologiques ne soient pas acceptées avec promptitude, ou que les découvertes relatives à l'Ancien et au Nouveau Testament et les faits fou droyants par rapport à l'organisation de l'Église dans les deux premiers siècles, ne soient pas accueillis avec enthousiasme et proclamés à à haute voix. Le « catholicisme libéral » comprend bien le besoin d’un certain temps de réticence et d’un soin scrupuleux quant à /a manière de promulquer des vérités nouvelles qui affectent la religion. Nous vivons à une époque très critique. Les déclarations dogmatiques demandent à être l’objet d'un soin très spécial, maintenant que, grâce aux travaux d'hommes tels que Harnak et Weizsaker, une si grande lumière a été proietée sur la genèse et l'histoire du dogme et l’état primitif de l'Église chrétienne. Mais la diffusion de ces vérités n'est plus guère dangereuse, pourvu seulement que l'autorité sache s'abstenir d'affirmations par lesquelles &LLE SE DÉTRUIRAIT ELLE-MÊME. Car la doctrine moderne de l'évolution, considérée avec un esprit théiste, aplanit et écarte toutes les difficultés en montrant comment des erreurs partielles et inévitables ont servi providentiellement à l'avancement du bien-être spirituel de l'humanité. Toutes ces vérités nouvelles peuvent trouver leur place dans l'Eglise catholique, qui n’a pas à craindre de les accepter et de se les assimiler, de même que, dans le passé, e//e a graduellement accepté d'autres

vérités nouvelles et même des modifications vitales. »

Nous ne nous lassons point de citer Romanus, car il a une sincérité, on pourrait dire une crudité de langage qui prévient tout danger d'équivoque. La doctrine évolutionniste est, pour lui, le dernier terme de la science théologique, etle christianisme, que l’évolution païenne avait préparé, doit à de « providentielles erreurs » son complet développement. |

Écoutons plutôt :

«Qu’y a-t-il, par exemple, de plus évident que l'enseignement de la primitive Église (auquel nous avons fait allusion), par rapport au prompt avènement du règne du Christ sur la terre ? Nous savons que c'était une erreur ; mais ce ne fut pro bablement pas la moins providentielle des erreurs, comme moyen absolument nécessaire pour rendre les chrétiens d'alors capables de résister aux efforts combinés de la persécution et de la séduction païennes. Quoique l'on n’ait abandonné cet enseignement que peu à peu, on finit par le laisser tomber entièrement et on en vint à insister sur les conséquences incompatibles avec une telle croyance. »

Telle est la théorie de Romanus, ou plutôt de son écoie, sur la formation de l’enseignement ecclésiastique. Nous allons la voir appliquée aux vérités fondamentales de notre foi, dans les deux chapitres suivants.

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