LE CHRIST DANS L'HUMANITÉ
SOMMAIRE. — Pourquoi nous étudions à la fois l’article de Romanus et les discours de Mgr Keane à Chicago et à Bruxelles. — Méthode apologétique de Mgr Keane. —
Substitution des idées aux faits messianiques. — Les deux concepts de l’'Incarnation : l’oriental et l'occidental. — Parallèle entre la thèse de Mgr Keane et celle de Romanus. — Concepts anthropomorphiques de Dieu. — Concepts des « sages d'autrefois » sur la nalure et la mission du Rédempteur de l'humanité, d’après Mgr Keane — Bouddha, Confucius, Zoroastre et Socrate ont été suscités de Dieu, ils ont fait ce qu’ils ont pu. — Le verdict des siècles. — Le droit de l'humanité à la réponse de Dieu. L'affectueuse adoration des siècles proclame que le témoignage du Christ est véritable. — Concordance de la méthode apologétique de Mer Keane avec celle du P. Hecker.
Ce chapitre et le suivant contiennent un exposé assez étendu dela doctrine évolutionniste. Ceux de nos lecteurs qui voudraient prendre une connaissance plus rapide des tendances et des préten-
tions du parti, pourraient donc passer de suite au chapitre 1x.
Mais nous souhaitons que les hommes d'étude, et principalement les théologiens, ne se laissent pas rebuter par une lecture désormais plus laborieuse ; car si les faits manquent, les idées abondent en ces pages, et leur subtilité, parfois spécieuse, en fait précisément le danger.
Nous continuerons, dans cette étude, à suivre l'important article de Romanus, mais en nous éclairant désormais des discours prononcés par Mgr Keane, soit au Parlement des Religions, soit au Congrès international des savants catholiques.
Malgré la différence manifeste de style et.de tempérament entre l’orateur et l'écrivain, ily a une telle connexité d'idées et de doctrines, que nous serons nécessairement amenés à les unir presque constamment l’un à l’autre.
Mgr Keane a prononcé deux discours au Parlement des Religions, réuni à Chicago en 1893 : l’un sur /a Religion dernière, dont nous avons
“déjà parlé ; l’autre sur l’Idée de ?Incarnation dans l'Histoire et en Jésus-Christ.
C'est à ces deux discours que nous allons donner notre attention.
La méthode apologétique de Mgr Keane au Parlement des Religions, consiste à démontrer, par des arguments tirés de la raison et de lhis-
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toire, que le Christ répond à l'attente et aux aspirations de l'humanité et que la Religion dont le Christ est le centre, est la seule qui s'adapte pleinement à cette attente et à ces aspirations universelles du genre humain.
Cette méthode de démonstration du Christianisme était parfaitement appropriée au genre d'auditeurs que Mgr Keane avait devant lui; elle élait susceptible de permettre une exposition complète de la vérité catholique, mais elle pouvait aussi se prêter au développement des doctrines de l’évolutionnisme religieux.
Nous allons voir comment le cadre a été rempli.
Il convient d’abord de remarquer que l’orateur catholique, au Parlement de Chicago, n’est pas venu prêcher le fait, mais l’idée de l'Incarnation. Ce sont des faits que les apôtres annonçaient au Monde, en même temps que des doctrines, et c'est Le fait de la résurrection de Notre- Seigneur Jésus-Christ, prêché par saint Paul devant l’aréopage. qui lui aliéna les esprits de la majorité de ses auditeurs. A Chicago, nous l’avons vu, la religion fut considérée du côté de l'homme, plutôt que du côté de Dieu. C’est l'idée de Religion, l'Idée de l'Incarnation que Mgr Keane s’en vint exposer devant cèt auditoire disparate.
Ce plan apparait dès le début du discours.
L'orateur établit comme point de départ qu'il n’y a point de races d’athées ni de simples déistes. L'humanité croit avoir reçu de Dieu luimême une religion.
« Mais, ajoute-t-il, quoique ce primiuf enseignement donné à l’homme par son Créateur ait été transformé curieusement, étrangement et tristement au milieu des changements successifs de lointaines migrations, de fortunes changeantes et de civilisations diverses, cependant l'étude comparative des religions anciennes montre qu’en elles toutes il a existé un concept central pivotal, présenté, il est vrai, sous des vêlements variés de mythes, de légendes et de philosophies : mais cependant toujours le même, — le concept de la race humaine déchue et d'un futur Sauveur, Rédempteur, qui étant homme, devra être cependant différent de la simple humanité et la surpasser. »
Ainsi, l'Incarnation, la Rédemption ne sont pas envisagées ici comme des faits historiques, ni même comme des traditions appuyées sur les prophéties et les miracles ; ce sont des concepts.
Or, ces concepts varient nécessairement suivant les races, et Mgr Keane établit une grande ligne de démarcation, non pas entre le . peuple de Dieu, chargé de conserver intact la promesse divine, et la gentilité, mais entre l'est et l’ouest de l'Asie.
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L’ouest comprend, sans doute, la terre promise, mais il s'étend bien au delà, et cependant, Mgr Keane n’établit aucune subdivision qui perpermette de mettre à part le peuple d'Israël.
Voici le parallèle entre les deux concepts de l’'Incarnation, l'oriental et l’occidental : « En Orient, l'homme cest considéré comme une émanation passagère de la Divinité, et sa vie comme un malheur. » Aussi, « pour eux, s’il y avait place pour la notion d'un Rédempteur, il il fallait qu'il fût un être reconnaissant plus clairement que les autres quelle malédiction est l'existence, s’efforçant plus résolument que personne de s’en débarrasser et guidant les autres pour y échapper avec lui. »
Dans l’ouest de l'Asie, pour la branche sémitique et ses voisins les Aryens de la Perse, l’homme est une substance individuelle distincte de l’Étre Infini. En conséquence, la perfection de sa nature réside dans la conformité de sa volonté à celle de Dieu.
« De là encore, dans l’ouest de l'Asie, le futur Rédempteur était conçu comme une individuahté supérieure, humaine, il est vrai, type et chef de la race, mais aussi pénétré par la divinité, suivant des manières et des degrés plus ou moins obscurément connus — individualité employée par la divinité pour briser les chaînes du mal moral et du péché — même, pensait-on souvent, pour
délivrer aussi bien des maux physiques et des malheurs nationaux — et pour ramener l’homme au bonheur, à la Sainteté, à Dieu. Ainsi, vaguement ou plus clairement, ils gardaient une idée de l’Incarnation de la Divinité pour le bien de l'homme, et son Incarnation était naturellement regardée et attendue comme le couronnement béni et la gloire de l'humanité. »
Il est intéressant de comparer cet exposé, où l’on ne voit pas apparaître l'affirmation du fat de la révélation, à certains passages de l’article de Romanus et à d’autres discours de Mgr Keane, développant les mêmes théories sur l’évolution de l'idée de Dieu dans l'humanité.
Voici comment parle Romanus :
« De l'idolâtrie de l'Égypte et de la Syrie, sortit la divinité de la famille hébraïque, que les Juifs développèrent graduellement jusqu’à en faire le seul et unique Dieu de tout le monde entier. Il est vrai qu’une pareille divinité sémitique était et doit être indigne d’une si grande élévation, aux yeux detous ceux qui ne sont pas Sémites, mais, par suite de l'influence hellénique, ce Dieu syrien jaloux et vindicatif, s’apprivoisa. Drapé dans un peplum grec, il se modifia ensuite par l'esprit moral de la Rome stoïque jusqu’à devenir le Pater de cœlis Deus de 1 Église d'Occident et la divinité constamment invoquée ainsi par les Grecs :
« O Dieu ! Toi qui es Pamant de humanité. »
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Ainsi Romanus, comme Mgr Keane, comme {ous ceux qui ont plus ou moins participé au mouvement du Congrès des Religions, ont pris à täche de considérer Dieu du côté de l'homme, en sorte que c’est l’idée de Dieu, plus que la divinité qui les occupe. Cette tendance parait avec une véritable brutalité de pensée et de forme dans la suite de l'article de Romanus :
« Mais les progrès de la science morale et les modifications qui s ensuivent dans la conscience humaine produisent des changements d'une bien plus grande importance. Le proverbe : « tels sont les hommes, tels sont leurs dieux », est l’expression d'une vérité très importante. Car, puisqu'il nous est complètement impossible de nous élever au-dessus de la connaissance expérimentale, nos conceptions de Dieu sont nécessairement et inévita-
blement anthropomorphiques. »
Est-ce en vertu de la même doctrine que, dans son discours sur la religion dernière, Mgr Keane a voulu démontrer que l’idée d'un Dieu unique et d'un Dieu dont la Providence gouverne le monde, est le premier et le second degré dans l'ascension assurée vers la vraie religion ?
Mais comment s’élever de ces deux vérités, accessibles à la seule raison, jusqu'à la croyance au Christ Rédempteur ?
Voici Ja démonstration esquissée par Monseigneur Keane :
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«De plus, le Parlementa montré que tous les essais des tribus de la terre pour rappeler et exprimer l’enseignement de Dieu et que tous leurs efforts pour parler des moyens préparés par la Providence du Dieu tout-puissant pourunir l'humanité avec lui, tout cela logiquement et historiquement conduit à Jésus-Christ comme point culminant. Nous avons vu que fous les grands chefs religieux du monde se sont déclarés eux-mêmes, ou comme tâtonnant dans les ténè- -bres, cherchant la plénitude de la lumière, ou comme de conscients précurseurs et prophètes de celui qui serait la Lumière du monde. Nous avons vu que tout ce qu'il y a de vrai, de beau et de bon dans leur enseignement n’est qu'un avantgoût de la plénitude du vrai, du beau et du bien qui devaient être manifestés en lui. « Bénis sont » les yeux qui ont vu ce que vous avez vu, dit-il » à ses disciples, car je vous le dis, beaucoup de » prophètes et de rois ont désiré voir ce que » vous voyez et ne l’ont pas vu, ont désiré en- » tendre ce que vous entendez et ne l'ont pas
«entendu. » Nous connaissons l honnêteté et la :
sincérité des sages d'autrefois et nous savons qu'il w’en est pas un qui n’eût considéré comme une folie et une impiété que lui, pauvre voyageur tàtonnant à la recherche de la lumière, pût être comparé à Celui:-là seul qui a dit : « Je suis la » Voie, la Véritéet la Vie. Je suis la lumière du
» monde. Celui qui me suit ne marche pas dans » les ténèbres mais il aura la lumière de la vie. »
Cet éloge des « sages d'autrefois, fait en présence de disciples de Bouddha et de Confucius, est expliqué par le discours de Mgr Keane, au Congrès scientifique de Bruxelles :
« Parmi ces pauvres égarés en face desquels nous nous trouvions à Chicago, il y avait des représentants des vieilles religions païennes. On a prétendu parfois que les fondateurs de ces religions étaient des envoyés du démon, chargés de faire abandonner la vérité et de faireembrasser l'erreur. C’est là un point de vue historiquement faux.
» À tous, Dieu a donné la véritéen partage. Quand la pauvre famille humaine s’est dispersée, elle a oublié les principes religieux et moraux. Alors, Dreu À suscité, même parmn les païens, des hommes pour rappeler la vérité. TELS FURENT LES SAGES DE L'ANTIQUITÉ. BOouDDHA, (CONFUCIUS, ZOROASTRE, SocrarTE, n'étaient point les serviteurs du démon ; ILS VOYAIENT LA VÉRITÉ, #24@s seulement en parte, mélée à des erreurs ; ILS ONT FAIT DU MIEUX QU'ILS POU- VAIENT. Pourquoi ne pas rendre hommage à leur bonne volonté et à tont ce qui est bon et beau dans leur enseignement? Pour les grands sages d'Israël, il est aisé de démontrer qu'ils annonçaient Notre-Seigneur. Ne pourrait-on démontrer la même chose pour les sages du paganisme?
C'EST AINSI QUE FAIT L'ÉGLISE EN UNISsANT Davin
ET LA SYBILLE : Zeste David cum Sybillä. »
Quand il s’agit d'expliquer le sens d’un discours, rien ne vaut le commentaire de l’auteur : nous avons ici le commentaire de Mgr Keane sur son discours au Parlement des Religions. Il est fort instructif,
Voilà bien cette évolution d'erreurs providen tielles, cette synthèse du progrès et du catholicisme le plus pur, « dont l'américanisme fournit un exemple. » Nous comprendrons mieux, à présent, le sens des considérations suivantes.
Nous sommes toujours au Parlement de Chi- Cago :
« Les désirs du monde pour la vérité setournent vers Celui qui en apporte la plénitude. Les tristes gémissements du monde sur la misère du péché ne font pas présager la délivrance de l'humanité (toute promesse de délivrance n’est qu’une impossibilité et un mensonge); mais dans sa rédemption l’hmanité trouve une purification, un relèvement, une restauration. Les aspirations du monde pour s'unir avec le divin trouvent leur glorieuse et archétype réalisation dans son Incar-. nation ; et pour prendre part à cette merveilleuse union, fous sont appelés les branches de la Vigne mystique, les membres du Corps mystique ; ce qui élève l'humanité au-dessus de son état naturel et répand en elle la vie de l'amour. Ce dont Wordsworth et Emerson a’ont entrevu que de faibles
EST-IL UN SAINT? SFa991
lueurs par leur conception de l’immanence de Dieu dans la nature, est cette merveilleuse habitation de Dieu dans l'âme sanctifiée conférée par le Christ qui la rend participante de sa propre Filia tion. C'EST LUI QUI REND PLEINE JUSTICE A TOUT CE QUI EST HUMAIN DANS LA RELIGION, Car il est le Fils de l'Homme et peut dire avec beaucoup plus de vérité que le poète : « Rien de ce qui est humain ne » m'est étranger. » C’EST LUI QUI REND PLEINE JUSTICE A TOUT CE QUI EST DIVIN DANS LA RELIGION, parce qu'il est Le Fils de Dieu qui a pris l'humanité dans ses bras pour l’élever jusqu’à son Créateur.
» C’est pourquoi il est, POUR TOUS CEUX QUI ONT JAMAIS PARLÉ DE Dieu, « le seul médiateur entre Dieu et l’homme ». C'est pourquoi LE VERDICT DES SiècLes proclame, par les paroles de l’apôtre des Gentils, qui le connaissait et connaissait tout le reste: « Aucun homme ne peut poser un autre
» fondement que celui que Dieu a posé, qui est le Christ Jésus. » Aussi longtemps que Dieu est Dieu et que l’homme est l'homme, Jésus-Christ est le centre de la religion pour toujours. »
Nous avouons. sans détour, qu'un premier examen ne nous avait fait voir dans cette page qu'une amplification oratoire qui manquait surtout de force probante ; mais le commentaire qu'en a donné Mgr Keane au Congrès de Bruxelles, en nous expliquant le fond de sa pen ER nous en montre aussi les périls.
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Ce verdict des siècles, cet accord de fous ceux qui ont jamais parlé de Dieu, fait du Christ, en définitive, la plus parfaite des conceptions anthropomorphiques de la divinité.
Sisévère que cette appréciation puisse paraître, nous en trouvons la justification dans le discours sur l’êdée de lIncarnation dans l'Histoire et en Jésus:Christ.
Après ‘avoir décrit, comme nous l'avons vu, les deux courants religieux de l'Asie orientale et de l'Asie occidentale, l’orateur fait remarquer que la différence fondamentale de ces deux courants est une différence philosophique. 11 faut donc appliquer la pierre de touche de la raison aux philosophies cachées sous ces deux systèmes.
Ilesquisse une réfutation rationnelle du panthéisme basé sur des contradictions, puis il s’exprime ainsi :
« La vie humaine, l'Incarnation, doivent signi- : fier autre chose. Quant à l'esprit qui anime la tradition de l'Orient, esprit de profonde annihilation de soi-même en présence de l’Infini et d’ascétique immolation de soi-même pour la vie des sens, non seulement nous pouvons, mais nous devons lui garder la plus tendre sympathie, bien plus, le plus sincère respect. Qui, ayant connu cet esprit, N'A PAS SENTI LA FASCINATION DE SES MYSTÉ- RIEUSES TÉNÈBRES ? Mais la religion a une autre portée. Elle est faite non pas seulement pour le
cœur de l'homme; mais aussi pour son intelligence. Elle doit avoir pour fondement le roc inébranlable d'une solide philosophie. »
Vraiment, on ne s'attendait guère à voir un des chefs de l’américanisme devenir si traditionnel et si respectueux de l'autorité des «grands sages d'autrefois ». Après avoir mentionné parmi eux les « sages d'Israël », Mgr Keane passe aux Gentils :
« En dehors de la terre d'Israël, les nations des Gentils furent remuées par des déclarations et des espérances semblables. Peu après le temps de Moïse, Zoroastre donne à la Perse la prédiction d'un futur Sauveur et Juge du monde.
» La Grèce entend la vieille promesse de la délivrance de Prométhée, dont l'écho se retrouve dans la prière du grand vieillard Socrate (dear old Socrat) demandant à Dieu de venir des Cieux pour enseigner la vérité à son peuple et le sauver du sensualisme auquel il s’attache si obstinément. La Rome païenne aussi, héritière de tout ce qui l'avait précédée, entend les Sibylles célébrant l'Étre Divin qui va être donné au monde par la merveilleuse Vierge-Mère. Rome éprouve ainsi le tressaillement de cette universelle attente dont Tacite rend témoignage, en disant que tous attendaient alôrs un grand Chef qui devait s'élever en Judée et gouverner le monde.
» Et l'attente du monde ne devait pas être frustrée.…. »
Cette page ne manque pas d’éloquence et développe une preuve que plus d’un apologiste a mise en avant. Seulement, d'ordinaire, on en tire un argument en faveur du Fair de la révélation primitive et de la divine promesse d’un Sauveur. Ici, c’est seulement le concept du Rédempteur qui s'affirme et se précise.
Cependant, Mgr Keane semble arriver au fait quand il cite l'Évangile de l’Annonciation et les
articles du symbole de Nicte, contenant la
croyance à l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ; mais voici ce qu’il ajoute aussitôt :
« Mais encore à cette redoutable (#remendous) déclaration qui contient non seulement une re-
ligion, mais aussi une philosophie, nous pouvons .
et nous devons appliquer la pierre de touche de la raison et demander : ce qu’on nous dit là est-il
possible ou impossible, car on ne peut jamais :
s'attendre à nous faire croire l'impossible. Dieu et l’homme peuvent-ils s'unir ainsi ? »
Nous ne voyons pas bien ce que ces articles du
credo ont de redoutable et Mgr Keane rassure en
ces termes, la raison alarmée de son auditoire :
« De plus, nous voyons que c’est là précisément
la chose vers laquelle l'humanité n’a cessé d'aspirer ardemment, inconsciemment ou non. C’est à ce que toutes les religions ont attendu ou c’est
vers ce but qu’elles ont tâtonné dans l’obseurité. Tournons-nous vers lui et demandons-lui :
« Êtes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous » en attendre un autre ? » A cette question, il doit répondre, car le monde a le besoin et le droit d’avoir la vérité... C’est pourquoi il répond clairement et sans qu'on puisse s’y tromper... »
Peut-être le lecteur jugera-t-il que cette argumentation manque de vigueur et n’entraîne pas la conviction à l’insondable mystère.
Quant à nous, c'est l'implacable logique de
l'orateur qui nous frappe.
Toujours il se maintient dans l'ordre subjectif des idées, sans se laisser entraîner au dehors par les faits.
La preuve de l'Incarnation, c'est la question
. de l'âme humaine, c’est le droit qu'elle a à la vérité.
De même, ce n'est pas le fait de la Résurrection que Mgr Keane affirme devant l'aréopage de Chicago, c’est « la glorieuse évidence » qu'en a l'Église.
« Comme preuve de tout ce qu'il disait, il prédit sa résurrection de la mort au troisième jour et, dans la glorieuse évidence de l’accomplissement de cette garantie, son Église n’a pas cessé de chanter l’antienne de Pâques à travers
. le monde.
> » À cette Église, il confie une autorité qui
s'étend à tous les siècles, à toutes les nations, à toute créature, ce qui eût été une folie dans toute autre bouche que celle de Dieu Incarné.
.» Tel est letémoignage donné sur lui-même à un monde qui a besoin de savoir, témoignage donné par celui que personne n’osera accuser de mensonge ou d’imposture, et L'AFFECTUEUSE ADORATION DES SIÈCLES PROCLAME QUE SON TÉMOIGNAGE EST VRAI.
» En lui sont accomplies toutes les figures et les prédictions de Moïse et des prophètes, toute l'attente et les désirs d'Israël. En lui est la plénitude de grâce et de vérité vers laquelle Zes Sages. des Gentils étendaient les mains, avec des soupirs de tristesse ou d'empressement. En chacun d'eux, il y avait beaucoup de vrai et de bien ; en Lui est. tout ce qu’ils avaient et tout le reste après lequel ils soupiraient ; en Lui seul est la plénitude, ef c’est pourquoi, à eux tous et à tous leurs disciples, nous disons : venez à la plénitude.
» Edwin Arnold, qui, dans sa Lumière de l'Asie, dépeint avec toutes les couleurs de la poésie les Sages de l’Extrème-Orient a, dans son récent ouvrage : La lumière du Monde, amené cette sagesse de l'Orient en adoration aux pieds de Jésus-Christ. Puissent ses paroles être une prophétie.
« O Père, accordez-nous que les paroles de votre Fils soient accomplies, que tous par lui. deviennent-enfin un en Vous ! »
On le voit, pas un instant, Mgr Keane ne s’est départide sa méthode et nes’estécarté de la preuve subjective de l’Incarnation.
Ilétait fidèle en cela au système du P. Hecker, développé dans les Questions de l'âme et les Aspirations de la nature.
Mais, combien cette méthode ne se prète-t-elle pas aux théories de l'évolutionnisme religieux, sans parler d’autres périls ? Romanus nous en donne la preuve : « Maïs notre connaissance de cette vérité (l’évolution) entraîne avec elle une obligation correspondante. C’est évidemment notre devoir de bâtir notre conception de Dieu avec l'idéal le plus élevé et le plus noble que nous puissions de l'humanité — en avouant toujours, il va sans dire, que notre conception restera infiniment inadéquate. »
Le danger de pareilles théories ne saurait échapper au lecteur catholique.