‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 108 sur 140 · MURS DE SOUTÈNEMENT DE LA TERRASSE DU THEATRE · texte numérisé non relu

MURS DE SOUTÈNEMENT DE LA TERRASSE DU THEATRE

immense alignement d’assises régulières, où, suivant le système d’appareil usité à 1 époque hellénistique, des pierres plus étroites alternent avec des pierres plus larges. Ce soubassement colossal était renforcé par de puissants contreforts, inclinés en talus comme le mur, et plongeant avec lui dans la vallée, là où la déclivité du terrain obligeait de donner à cette construction une grande hauteur. La terrasse inférieure n’est pas absolument régulière comme celle du portique. Tant qu on trouvait le rocher pour l’y asseoir, on pouvait lui donner une largeur de 6m,go; à partir du point où le sol se dérobait, on se décida à la faire plus étroite, pour éviter de coûteuses substructions. A cet endroit, c’est-à-dire à la

i. Altertûmer von Pergamon, IV, pi. XXXVI. Il est vrai que, dans la planche XVII, cette disposition est modifiée; la restauration des contreforts se rapproche beaucoup de celle que nous avons adoptée.

PERGAME. c

hauteur du vingt-sixième contrefort en remontant vers le nord, la terrasse se rétrécit; le mur de soutènement fait un coude, et continue en se rapprochant de la terrasse supérieure'.

Nous connaissons maintenant toutes les substructions sur lesquelles est assis le long portique occidental1 2. Ce dernier ne nous retiendra pas longtemps. Il n’en reste que quelques membres d’architecture. Les colonnes à vingt cannelures soutenaient des chapiteaux analogues à ceux du portique oriental. L’entablement se composait d’une architrave à deux fasces, d’une frise nue, et d’une corniche. La principale difficulté que soulève la restauration du portique est la suivante : doit-on placer une colonnade sur les deux côtés? Ou bien faut-il, avec Bohn, réserver la colonnade pour le côté oriental, et restituer à l’ouest, c’est-à-dire sur la face extérieure, une clôture formée de pilastres encadrant de hautes fenêtres? Nous avons préféré la première hypothèse, quitte à fermer la colonnade jusqu’à hauteur d’appui par une balustrade, pour assurer la sécurité des promeneurs. Nous avons peine à croire que ce portique, d’où l’on découvrait toute la haute vallée du Caïque, ne fût pas largement baigné d'air et de lumière, et n’offrît pas librement aux yeux la vue incomparable vers laquelle toute l’Acropole semble pour ainsi dire re- . garder.

Le temple ionique. — A l’extrémité nord de la terrasse du théâtre, les fouilles ont mis au jour un édifice de l'époque royale, restauré à l’époque romaine, et que nous devons nous contenter d’appeler le « temple ionique », faute d’en connaître avec certitude le véritable nom. On pourrait à la rigueur le désigner sous le vocable de « temple de Caracalla », car l’empereur romain y eut un culte. Détruit par un incendie, qui atteignit surtout les parties voisines de la façade, il fut reconstruit et consacré à l’empereur. Mais, à vrai dire, Caracalla usurpait une place à côté d’un premier occupant, ou à son détriment. Quel était ce premier titulaire du temple? Etait-ce un dieu ou un mortel divinisé? Aucun témoignage positif ne nous l’apprend. Avant d’examiner les hypothèses possibles, nous devons étudier le temple lui-même, tel que les fouilles nous l’ont fait connaître, c’est-à-dire avec les restaurations romaines.

1. Pour être complet, nous devons signaler une petite terrasse située en contre-bas de celle que nous décrivons du côté sud. On avait évidemment utilisé pour l’établir une plate-forme naturelle, une sorte d’esplanade formée par le rocher. Cette terrasse a son entrée spéciale.

2. Bohn a fait ressortir très justement les analogies que présentent les constructions de la terrasse de l’ouest avec celles du marché d’Ægae (Bohn et Schuchhardt, Altertiimer von Ægae, p. iq-30 . On retrouve à Ægae les deux étages inférieurs, sous le portique; mais à Pergame l’ensemble a un caractère imposant qui manque à Ægae.

LA TERRASSE DU THÉÂTRE

De tous les monuments de la terrasse, le temple ionique est le mieux conservé. Il s’élève sur une plate-forme rectangulaire, large de 18 mètres environ sur 27 mètres de profondeur, en grande partie travaillée dans le rocher. Pour l’établir, il avait fallu creuser le flanc de la colline, au-dessus du Trajaneum, et ce sont les parois de roc, revêtues de murs de soutènement, qui forment sur trois côtés comme l’enceinte du téménos. Le niveau de la plate-forme se trouvant à 4m,5o au-dessus du [sol de la terrasse, 011 accédait au temple par un bel escalier de 25 marches formées de dalles de marbre posées sur des substructions de trachyte. L’escalier montait entre

deux murs d’échiffre terminés du côté sud par des pilastres '. A la hauteur du seizième degré commençaient des murs supérieurs, encadrant l’escalier jusqu’à la plate-forme.

Assis directement sur le sol rocheux de cette plate-forme, le temple n’avait pas de fondations. Le stylobate, avec ses trois degrés, couvrait une aire de 2im,6o sur 1 3m ,17, mesurée au degré inférieur. Au niveau de la base des colonnes, c’està-dire au degré supérieur, la superficie n’était plus que de 20m,22 sur nm,8o4.

1 . On peut rapprocher cette disposition de celle qu’ont fait connaître les dernières fouilles de Didymes, pour le temple d’Apollon Didyméen. Là aussi, les marches sont limitées par deux pylônes sur toute la largeur du pronaos. Haussoullier et Pontremoli, Fouilles de Didymes, Revue de l'art ancien et moderne, I, n° 9, p. 3g6- 3 97-

L édifice, construit en marbre, se composait d'une cella rectangulaire, large de 9 ,20 sur iom,79 de profondeur, précédée d'une prostasis d'ordre ionique, ayant six colonnes sur la façade, et deux sur les côtés, y compris les colonnes d’angle. Si les flammes de l'incendie avaient dégradé sur la face intérieure les murs de la cella, elles ne les avaient pas endommagés au point de les rendre inutilisables dans la restauration. Ils subsistent encore en partie, notamment à l’angle nord-est, où Ion peut admirer le soin de la construction et la beauté de l'appareil Au pied des murs court un socle, haut de om,525, dont le profil reproduit assez exactement celui d une base ionique, avec deux tores séparés par une profonde scotie. Aux angles, le socle fait une saillie de o”,025 à o”,o40, pour soutenir un pilastre à deux faces qui renforce 1 angle et 1 enveloppe pour ainsi dire. L’entablement se composait d une aichitrave ionique à trois fasces, d une frise unie, et d’une corniche dont

corniche du temple ionique. (Époque grecque.)

on a pu retrouver un fragment important reproduit ci-joint. On y reconnaît des éléments purement grecs : une rangée de denticules, un larmier saillant, une cymaise avec une tête de lion formant chéneau. Comme la face en retour montre 1 amorce d un fronton, et que ce fronton est forcément celui de la façade postérieure, le fragment de corniche appartient à l’angle nord-est. Nous possédons, par suite, tous les éléments d’une restauration pour cette partie du temple ionique. Notre figure la met sous les yeux du lecteur.

L extérieur de la cella avait été laisse presque intact par l’incendie; mais rentrée et l’intérieur avaient dû être reconstruits de fond en comble. Le mur sud, celui où s’ouvre la porte de la cella, est entièrement une restauration romaine; on n’a pas de peine à s’en rendre compte, car l’architecte romain a employé le trachyte au lieu du marbre, et l’appareil assez grossier contraste avec l’exécution si soignée des murs grecs. Le bloc de marbre servant de seuil n’appartenait pas davantage à l'édifice primitif. Il supporte encore un des chambranles de la porte conservé dans sa

i. La planche XXXI des Altertilmer von Pergamon, t. IV, les montre sous cet aspect.

LA TERRASSE DU THEATRE

partie inférieure, et* dont la décoration est d'une grande richesse. D'élégantes bordures d’oves et de palmettes limitent le champ où se déroulent des rinceaux d’un style excellent; les ornemanistes de l’époque royale n’auraient pas désavoué cette composition décorative, et l’on s’étonnerait de constater, au troisième siècle après notre ère, une telle sûreté de goût, si l’on ne pensait qu'elle s’explique d'une façon fort vraisemblable par l'imitation pure et simple d'un ancien modèle.

A l'intérieur de la cella, la dégradation des murs, entamés par la flamme, avait rendu nécessaire une réfection complète. L'état actuel le montre très clairement. Le long des parois règne un socle construit en matériaux grossiers, qui disparaissaient sous un revêtement de marbre. Au milieu de la paroi du fond, ce socle forme une saillie de 3m,385 de largeur sur im,5i de profondeur, supportant elle-même une base large de im,825. Il y avait donc place pour deux statues, dont l’une était certainement celle de Caracalla. Un fragment d’architrave, où sont conservées quelques lettres d’une inscription dédicatoire, permet de restituer au fond de la cella une sorte de chapelle, un naïskos soutenu par deux colonnes et deux pilastres, qui abritait les deux statues; des débris de sculpture trouvés en même temps, des morceaux d’un aigle et d’une couronne de chêne appartiennent à la décoration du naïskos. p

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