‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 110 sur 140 · IS · texte numérisé non relu

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dont on a retrouvé les fondations de trachyte et la base de marbre. Celle-ci se compose d'un socle avec une moulure concave, et d'un tore richement décoré d'entrelacs. Mais 1 autel a dû être reconstruit à l'époque où fut restauré le temple. Pour proposer une date, nous n avons donc pas d’autres indices que les caractères techniques des constructions appartenant au temple grec. Or, le travail est encore assez soigné, le style architectural encore assez élégant, pour qu'on puisse attribuer l'édifice à la première moitié du second siècle. Rien n'empêche de croire qu'il fut élevé sous Eumène II, ou sous Attale II.

Reste un problème à résoudre. A qui le temple ionique était-il dédié, avant que 1 empereur Caracalla en prît possession1? M. Fraenkel a proposé d'y reconnaître un temple de Zeus 2; mais ses arguments, croyons-nous, ont été suffisamment réfutés, et il n y a pas lieu d'ouvrir ici une discussion. Suivant MM. Conze et Bohn, on a le choix entre trois hypothèses. Ou bien le temple ionique est l'At-

taléion de Craton; ou bien c'est un temple consacré au culte de l'un des rois de Pergame, élevé après sa mort au rang des dieux; ou enfin on peut y reconnaître le temple de Dionysos Kathégémon, le dieu des artistes dionysiaques. Nous ne reviendrons pas sur la question de l’Attaléion. Nous l’avons identifié avec l’édifice à niche voisin du théâtre, et maintenant que nous connaissons le temple ionique, nous pouvons ajouter un nouvel argument. Comment croire que le joueur de flûte Craton eût fait les frais d'un édifice aussi important, exigeant des dépenses considérables? L’objection tombe s'il s’agit de la construction plus modeste que nous rappelions tout à l'heure. Le temple ionique était-il dédié à un roi déifié? Il

1. M. Conze a examiné et discuté les différentes hypothèses émises à ce sujet. Der ionische Tempel.

2. M. Fraenkel invoque à l’appui de son hypothèse les témoignages suivants : i° des monnaies de Pergame frappées sous Caracalla, et montrant au droit un temple à quatre colonnes avec l’effigie de Zeus. a-* le lragment de dédicace du naïskos, ou, comme on l’a vu, il restitue le mot A|«; 3" une dédicace d’un prêtre de Zeus trouvée près du temple ionique. ( Inschriften von Pergamon , VIII % n» 326). M. Conze, iDerion. Tempel ) et avec lui Bohn (. Altertümer von Pergamon, IV, p. 63 font observer : i» que le dieu figuré sur deux des monnaies en question étant accompagné d’un serpent n’est pas Zeus, mais Asclépios; 2° que la lettre A peut appartenir au nom de Dionysos, aussi bien qu’à celui de Zeus; 3“ que la dédicace du prêtre de Zeus provient sans doute du Trajaneum, dédié à Zeus Philios et à Trajan, et qui se trouve juste au-dessus du temple ionique.

LA TERRASSE DU THEATRE

n’y a rien d’impossible à cela; mais aucune preuve ne permet de l’affirmer. L'hypothèse qui place le temple ionique sous le vocable de Dionysos Kathégémon nous semble au contraire fort séduisante. Le dieu des artistes dionysiaques de Téos a le théâtre sous son patronage, et la porte de la parodos lui est consacrée. N'est-il pas naturel qu'il possède aussi un sanctuaire près de ce théâtre où il règne en maître '? Voici un autre argument. Si, comme nous le croyons, le temple ionique date du règne d'Eumène II ou de celui d’Attale II, l’érection d’un temple de Dionysos par les artistes de Téos se comprend fort bien. C’est le moment où la puissante corporation jouit à Pergame de privilèges importants accordés par la faveur royale; qu’elle en profite pour élever sur la terrasse du théâtre un temple à son dieu, rien de plus vraisemblable. Si cette hypothèse est juste, Dionysos Kathégémon serait ce premier occupant auquel les Romains associèrent une divinité tard venue. Mais le culte de l’empereur ne paraît pas avoir évincé celui du dieu. C’est en qualité de « nouveau Dionysos » qu'il eut sa statue à côté du dieu de Téos.

Nous avons terminé la description des monuments de l’époque royale. Jetons les yeux sur notre restauration de la façade de l'Acropole, pour en prendre une idée d ensemble. Le voyageur qui arrivait à Pergame par la route d'Elaea, aujourd’hui celle de Dikéli, la voyait sous cet aspect. Il apercevait de loin, parmi les pointes sombres des cyprès qui lui dérobaient la vue de la ville basse, la croupe allongée de la colline, couronnée d’édifices éclatants de blancheur sous la chaude lumière du ciel d Asie. Ce n’était encore qu'une longue tache claire, où son œil distinguait seulement les larges échelons des terrasses. A mesure qu'il approchait des faubourgs populeux, tout bruissants de vie et de mouvement,

I animation de la route annonçait le voisinage d’une grande capitale. Il coudoyait des passants aux costumes variés et bigarrés, montagnards pisidiens, Lydiens aux traits efféminés, Grecs d'Éphèse, de Tralles et de Smyrne; il croisait des cavaliers de l’armée royale, vétérans macédoniens au visage basané, ou des gardes du corps, des paraphylakites, portant fièrement leur armure étincelante. Arrivé sur les hauteurs qui dominent le cours du Sélinus, il découvrait, mais cette fois de plus près, l'ensemble des édifices qui racontaient la gloire des Attalides, et, de 1 humble forteresse d’autrefois, avaient fait une des plus belles cités de 1 Asie. Alors il admirait les prodigieux soubassements de la terrasse du théâtre, énormes assises qui semblaient former à l'Acropole un immense piédestal; le long

i. On pourrait être tenté d’identifier le temple ionique avec le temple de Dionysos mentionné dans un décretdeTéos [Inschriften vonPergamon, nu 1 63). Hyest dit quele décret sera inscrit dans le temple (àvaypa^r.vai si; to içpàv tou A'.ovûsou'. Mais M. Conze écarte avec raison cette hypothèse. Il fait remarquer qu’il serait contraire a 1 usage d’alficher le décret dans une autre ville que celle où il a été rendu [Der ionische Tempel, p. 1060).

II s’agit donc, dans l’inscription citée, du temple de Dionysos à Téos.

ERGAME.

portique au-dessus duquel s'arrondissait le théâtre; le temple de Dionysos qui découpait son élégant profil sur le fond roussâtre du rocher. Plus haut, il devinait la place occupée par le jardin royal, où des bancs de marbre et des statues brillaient au milieu de la verdure; puis il distinguait la belle ordonnance des portiques du sanctuaire d'Athéna, le temple de la déesse, les hautes tours qui fermaient l'entrée de l’Acropole, et, au bord de la terrasse, les silhouettes hardies et tourmentées des groupes de bronze consacrant le souvenir de triomphes retentissants. Enfin, au-dessus des portiques de l'agora, il reconnaissait à sa belle colonnade, à son large escalier, l’autel si vanté que tout le monde proclamait la merveille de l'Acropole. Sur la masse de cendres qui dépassait le sommet des portiques, la flamme brillait; une colonne de fumée montait dans l'air, se déroulant en longues spirales; c'était l'heure où, sur l'autel des sacrifices, brûlaient les chairs des victimes immolées en l'honneur de Zeus et d’Athéna Niképhoros, la puissante déesse qui, disait-on, était une fois apparue pour conduire elle-même à la victoire les armées de Pergame.

MONVMENTS

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