‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 116 sur 140 · LE MUSÉE ROYAL · texte numérisé non relu

LE MUSÉE ROYAL

Deux noms surtout personnifient pour nous l'école pergaménienne au temps des Attalides : ce sont ceux d’Antigonos de Karystos, et de Cratès de Mallos. Le premier représente bien la curiosité d'esprit, la culture très variée, qui caractérisent les érudits de l'époque hellénistique Il est à la fois artiste et écrivain. Il est cité par Pline parmi les bronziers renommés qui travaillent pour les Attalides, et il écrit sur la toreutique un traité qui est une des sources d'informations de l’écrivain latin. Il est l’auteur d’un recueil d’histoires merveilleuses (Itrroptôv impatâguv cjvay wyf\) qui, à défaut d’autre originalité, atteste au moins le goût de la recherche; il compose enfin des biographies de philosophes et de peintres célèbres; si cette dernière œuvre provoque des discussions critiques de la part d’un autre érudit, Polémon % elle permet d’affirmer qu’Antigonos a sa place parmi les auteurs grecs auxquels sont dus les premiers essais d’histoire de l’art. Orateur et philologue, Cratès de Mallos est une des gloires de l'école de Pergame 3. « Atticisant » convaincu, grand admirateur d'Athènes, il écrit un traité sur le dialecte attique; il commente en grammairien et en géographe les poèmes homériques et hésiodiques, et soutient de savantes polémiques contre Aristarque d'Alexandrie. Peut-être fut-il un des bibliothécaires de la bibliothèque de Pergame, et dressa-t-il les tableaux ou -iW=ç qui en formaient le catalogue. Au début de son règne, Attale II l'envoya en ambassade à Rome, et il y eut un vif succès. Forcé d'y faire un long séjour, pour se remettre d’une chute malheureuse dans un égoùt, près du Palatin, il donna des leçons publiques, dissertant élégamment sur les sujets les plus variés, charmant les Romains par son éloquence toute imprégnée de grâce attique. Il fut à Pergame le maître du stoïcien Panaitios, qui vécut à Athènes et à Rome. Avec Cratès de Mallos et ses disciples, on voit se former le lien qui rattache à la civilisation pergaménienne le développement du goût littéraire chez les Romams.

Le musée royal. — Si, à bien des égards, le mouvement intellectuel est le même à Pergame qu'à Alexandrie, il semble que, dans la capitale des Attalides, les érudits cultivent avec plus de faveur des études encore nouvelles, celles-là mêmes auxquelles se livre Antigonos de Karystos, c’est-à-dire la critique d'art. Elles y trouvent des conditions très favorables. On ne conçoit guère en effet que de pareilles recherches puissent se poursuivre sans le secours de collections d’art. Or, il y a à Pergame un véritable musée royal 4. Assurément il ne faudrait pas songer ici à nos mu-

1. Voir, sur Antigonos, U. von Wilamowitz-Moellendorff, Antigonos von Karystos , Philologische Untersuchungen , I V; E. Sellers, The elders Pliny's chapters on the History of the art, pp. xxxvi-xlv. Alfred Croiset, ouvrage cité, p. 127.

2. Le traité de Polémon était intitulé Ilp?; ’ASxîov xxl jVvTi’yovov. Polémon vit entre les années 202 et 1 3 1 .

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