‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 12 sur 140 · Pausanias, VIII · texte numérisé non relu

Pausanias, VIII

4. L’épisode est résumé par Proclus, Kinkel, Frag. épie., p. 18.

LA LÉGENDE ET LES ORIGINES

par erreur en Mysie. Se croyant en pays ennemi, ils se mettent à ravager la Teuthranie. Télèphe survient avec ses Mysiens, et livre aux Achéens, sur les rives du Calque, une bataille qui les met en déroute. Comme ils se retiraient vers leurs vaisseaux, Télèphe court sus à Achille; mais il trébuche sur un cep de vigne que Dionysos fait pousser subitement, et reçoit d’Achille un furieux coup de lance. L'oracle d'Apollon l’ayant averti que « celui-là seul qui l’a blessé pourra le guérir », il se rend à Argos, auprès des chefs achéens, s’empare du jeune Oreste, et menace de le tuer, si Achille lui refuse son secours. Un peu de rouille, prise sur la lance du héros, guérit Télèphe, qui se réconcilie avec les Achéens. La légende de la guerre Teuthranienne avait un épilogue, auquel font allusion quelques vers de ï Odyssée ' . Le fils de Télèphe, Eurypylos, devenu roi de Teuthranie, avait pris parti pour les Troyens, et s’était mesuré, sous les murs de Troie, avec le fils d’Achille, Néoptolème.

Il est assez difficile de démêler dans la légende de Télèphe, ce qui est dû aux additions ultérieures de la poésie dramatique. Les poètes tragiques d’Athènes l’avaient souvent mise en scène. Eschyle, dans les Mysiens et dans Télèphe , Sophocle dans les Mysiens et dans les Aléades, Euripide, dans son Télèphe, en avaient tiré le sujet de pièces aujourd’hui perdues2. Ce qui est sûr, c’est que cette légende s'était implantée dans la vallée du Caïque, et qu'elle s’y était conservée. La partie du golfe Élaïtique comprise entre Myrina et Gryneion s’appelait « le port des Achéens », en souvenir de la guerre Teuthranienne3. On montrait, sur l’agora d'Elaea, le tombeau du Cadméen Thersandros, tué par Télèphe, et les gens de la ville lui rendaient un culte4. On voyait près de Pergame un tumulus entouré d'un soubassement de pierre, surmonté d’une statue de femme nue en bronze, et l’on affirmait que c'était le tombeau d’Augé5. Mais la vérité, c'est que ces légendes appartiennent en propre à la vieille ville de Teuthrania, et non point à Pergame. Les érudits ne s’embarrassèrent pas pour si peu. Ils accaparèrent, au profit de la capitale des Attalides, une histoire mythique si brillamment illustrée par les poètes; les artistes y trouvèrent un thème à belles sculptures, et les Pergaméniens purent s’appeler fièrement les « Téléphides », en se targuant de leur parenté avec les Tégéates d’Arcadie6.

Pourtant Télèphe ne pouvait pas être désigné comme l'éponyme de Pergame. Il fallait trouver le fondateur mythique qui lui avait donné son nom : ce fut le héros

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