‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 23 sur 140 · Polybe, XVI · texte numérisé non relu

Polybe, XVI

où il avait de ses deniers racheté un terrain consacré à Apollon, les habitants lui élevèrent sur l'agora une statue colossale, près de celle du dieu, lui dressèrent une autre statue en or, et instituèrent en son honneur des sacrifices annuels. C’était assurément une Grèce bien dégénérée qui lui adressait ces flatteries; mais si banales qu'elles fussent devenues, elles représentaient encore la gloire. La vieille Hellade consacrait ainsi le renom de la jeune monarchie pergaménienne.

Eumène II {ig'j-iSq). — Le successeur d'Attale, son fils aîné Eumène, devait continuer sa politique et cultiver l'amitié des Romains, quitte à éprouver les lourdes exigences d'une alliance qui, de la part de Rome, allait bientôt prendre le caractère d'un protectorat. Nous ne saurions presque rien des débuts de son règne, si des inscriptions ne nous apprenaient qu’en iq5 et en 192 il porta aide aux Romains et aux Achéens dans leurs campagnes contre le tyran de Sparte, Nabis. Ses soldats lui élevèrent une statue, et Eumène consacra des ex-voto de victoire à Athéna Niképhoros ’.

Beaucoup plus importante, et plus profitable pour Pergame, est la guerre avec Antiochos III, qui éclate aussitôt après. Profitant de ce que les Romains étaient occupés en Italie et en Espagne par les Carthaginois, le roi de Syrie avait mis la main sur les pays d’Asie Mineure dépendant de l’Égypte et de la Macédoine. 11 entra en pourparlers avec Eumène, car il y avait, semble-t-il, à Pergame un parti assez disposé à préférer l'alliance syrienne à celle de Rome. Mais Eumène resta un allié fidèle, au risque de voir la guerre transportée sur son propre territoire, ce qui arriva. En 191, il avait laissé la garde de sa capitale à son frère Attale, et, avec les flottes de Rhodes et de Rome, il surveillait la plaine d’Adramytte, menacée par Antiochos. Le fils du roi de Syrie, Séleucos, mit le siège devant Pergame, et la situation devenait critique, quand Attale put faire entrer de nuit dans la place une troupe de vieux soldats achéens, commandés par un capitaine éprouvé, Diophanès. Trompés par le silence de la citadelle, les Syriens narguaient les défenseurs, et ne se donnant plus la peine de tenir leurs chevaux harnachés et bridés, flânaient dans la campagne ou faisaient de longues siestes à l’ombre des arbres. Diophanès tombe à l’improviste sur les assiégeants, et les disperse sous les yeux des habitants de Pergame, qui s'étaient portés en foule aux remparts2. La grande bataille de Magnésie du Sipyle, qui termina la guerre, coûta peu à Eumène et lui rapporta beaucoup. Il était à l’aile droite de l'armée romaine, avec ses auxiliaires et ses cavaliers. Quand les légions du consul L. Cornélius Scipion eurent mis le désordre dans l’armée syrienne, les escadrons d’Eumène chargèrent cette cohue débandée, où, dans le tourbillonnement des chars de guerre, parmi les éléphants de l’Inde,

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