Strabon, XIII
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ratides, devenue la forteresse (ya^o^uX^xiov) où Lysimaque dépose son trésor, le çpoupiov où Philétairos se maintient, après qu'il s'est proclamé indépendant. Là était le cœur de l’ancienne ville du quatrième siècle; l'enceinte fortifiée englobait le château du dynaste et le téménos d'Athéna Polias, de même qu’à Athènes, au temps des Pisistratides, les murailles de l'Acropole enfermaient le palais du tyran et le vieux temple d'Athéna. Ce plateau, c'est proprement l'Acropole, et au temps d'Eumène II, il conserve ce nom. Le même chemin qui conduisait au «ppoOptov des dynastes, conduit toujours à l'Acropole royale; c’est la route qui suit le flanc ’ oriental de la colline, et débouche à l'entrée de la porte ouverte dans le mur d'enceinte, sur le front sud.
Il faut se représenter l'Acropole des dynastes comme une véritable forteresse, d’aspect sévère, bien défendue, car le nouvel Etat doit, pour vivre, être une puissance militaire. Aussi est-elle enveloppée de murailles dont on a retrouvé les traces en plusieurs endroits, notamment sur le front sud. En arrière du mur de soubassement qui soutient aujourd'hui la terrasse d'Athéna, les fouilles ont mis au jour deux murs d’appareil moins soigné, certainement plus anciens, qui appartiennent à la première enceinte; quand Eumène remania la terrasse, ils furent masqués par un mur plus solide, bâti en belles pierres, et où l'on ménagea des niches avec des bancs circulaires '. Du côté nord, bien qu'elle fût défendue par les escarpements du terrain, l'Acropole n'en était pas moins mise en défense, et il est probable que le mur hellénistique, d’appareil si régulier, qui court aujourd'hui sur le front septentrional, a remplacé une fortification antérieure. Toute la partie haute du plateau a d'ailleurs été tellement modifiée, qu'on chercherait vainement à en restituer la physionomie primitive.
Sous Attale Ier, Pergame prend déjà l'aspect d'une résidence royale. Les limites de l’Acropole ne pouvaient pas changer, mais celles de la ville s’étendent. On suit encore les traces du mur d'enceinte qui s'est conservé par endroits, notamment à l’angle sud-ouest de l'agora. C'est un mur épais de im,70, composé de deux parements en pierres d'appareil moyen, et dont l'intervalle est rempli par un blocage. Enfermant les pentes les plus hautes de la colline, ce mur descendait vers le sud, atteignait l'emplacement où s'éleva à l'époque romaine le gymnase des « jeunes gens » (Nfoi), remontait vers le nord en suivant sur une partie de son parcours la route de l’Acropole, longeait la vallée du Kétios, et finissait par rejoindre la porte de l'Acropole. On peut voir, au-dessus du gymnase, près d’une grande citerne carrée, les fondations d'une porte qui appartenait à cette enceinte. La ville d'Attale Ier occupait donc les deux terrasses du grand autel et de l’agora, et couvrait en outre une partie de la colline. Les limites étaient restées
i. Altertümer von Pergamon, II, p. 76, pl. XIII, XIV.
LA VILLE GRECQUE
les mêmes au début du règne d’Eumène II. Quand le fils d'Antiochos III, Séleucos, vint mettre le siège devant Pergame, les soldats syriens purent s’avancer, suivant le mot de Tite-Live, « jusqu’au pied de la colline » [ad radices fere collis ').
Sous Eumène II, la ville s’agrandit encore. Tandis que l’agora est rectifiée, que les maisons éparses sur la terrasse supérieure disparaissent pour faire place au grand autel, et que le théâtre se construit sur le flanc occidental de l’Acropole, le mur d’enceinte est reporté plus bas. A l'ouest, les murs d’Eumène II partent
de la pointe « du jardin de la Reine » ; ils descendent vers le Sélinus, passent au bas de la terrasse du théâtre, et s’avancent assez loin au sud, jusqu'au cimetière arménien; ils longent ensuite la vallée du Kétios, font brusquement un coude, et reviennent se souder au mur de l'Acropole, laissant en dehors les rudes escarpements qui protègent suffisamment l’accès de la colline du. côté du nord.
Les dernières recherches de M. Conze ont permis de déterminer exactement le point où s’arrêtaient au sud les murs d'Eumène; elles ont de plus fait connaître la porte principale de la ville, dégagée en 1898, au-dessous du cimetière arménien1 2. C était une construction considérable, une véritable entrée de ville fortifiée.
1 • Tite-Live, 37, 20. Cf. Fraenkel, Inscliriften von Pergamon, n° ô 1 3 .
2. Conze et Schuchhardt, Atlien. Mittheilnngen, XXIV, 1899, p. 1 1 5, pl. IX.
Une première porte, flanquée à droite d'une haute tour, donnait accès à une cour mesurant un carré de 22 mètres, et fermée de murs pleins sur deux côtés. Dans le mur ouest s’ouvraient deux entrées intérieures, qui débouchaient sans doute sur une grande voie. Cette cour indique des préoccupations de défense; c'était comme un réduit que les assiégeants devaient forcer en cas d’assaut. Plus tard, lorsque la porte perdit son caractère d’ouvrage défensif, onTutilisa pour y établir une sorte de marché. On voit, le long du mur ouest, des piliers qui devaient supporter un toit adossé au mur. C’est là que se tenaient les vendeurs, les petits marchands qui assiégeaient les passants de leurs offres. C’était là la porte la plus fréquentée, et on peut la comparer à la porte du Dipylon à Athènes. Mais il y en avait deux autres, à l’ouest et à l’est. Celle de l’ouest s’ouvrait sur la vallée du Sélinus, celle de l’est, sur la vallée du Kétios. Cette dernière est conservée en partie ', et elle sert encore de passage au visiteur qui suit, pour entrer à l’Acropole, un chemin âpre et rocailleux, longeant le mur d'enceinte; c’est la route antique, dont le tracé n'a pas changé.
Sous les successeurs d’Eumène II, l’assiette de la ville ne dût pas être sensiblement modifiée3. Le texte des décrets rendus après la mort d’Attale III nous .apprend comment on désignait à cette époque les principaux quartiers3. Il y avait d’abord le ©poupiov, c’est-à-dire l’Acropole proprement dite; puis la « vieille ville » (àpya ia woXiç), c’est-à-dire la ville comprise dans l’ancienne enceinte datant des premiers temps de la royauté. Pour les contemporains d’Attale III, la vieille ville s’opposait tout naturellement à la ville neuve, qui était celle d’Eumène; c’était le haut quartier, aux maisons étroitement serrées les unes contre les autres. Plus tard à l’époque romaine, cette distinction subsista, mais le nom changea. Quand une nouvelle ville se juxtaposa à la ville hellénistique, et s'étendit librement dans la plaine du Caïque, on prit l’habitude d’appeler ce haut quartier « l'Acropole » ; les gens qui y avaient leur demeure se désignaient eux-mêmes comme « les habitants de l'Acropole » (oi -dw àxpdiroTiiv /.aToixouvTtç)*; il semble qu’ils aient formé comme un groupe à part, se réunissant pour faire en commun des dédicaces honorifiques. Et n’est-ce pas ainsi, que dans plusieurs de nos villes de province, le fait d'habiter les vieux quartiers ou les nouveaux établit une ligne de démarcation dans les relations sociales?
A l’époque royale, Pergame eut plus d’un siège à subir, et les troupes ennemies campèrent souvent au pied des murailles. On dut se préoccuper d alimenter d’eau cette ville située presque entièrement sur une montagne isolée, et dont il
1. Voir le plan dressé par Schuchhardt, Athen. Mittheilungen, XXIV, 1899, p. 120.
2. Strabon dit d’Eumène '< tt,v liz\ togovSs xatotxîav toü IlepYâ.uou t^v vüv oùaav éxsïvoç TrpoffE^tXoxxXTiîE. ». XIII,