‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 32 sur 140 · Ibid., n0s · texte numérisé non relu

Ibid., n0s

LA VILLE GRECQUE

était si facile de couper les communications avec les vallées du Sélinus et du Kétios. Au début de la royauté, quand Pergame n’occupait qu'une place restreinte, on se contenta sans doute des citernes dont on trouve sur l'Acropole de nombreux vestiges. Mais quand la ville s’étendit, il fallut aviser. Les ingénieurs pergaméniens accomplirent ce tour de force de faire monter l'eau des sources captées dans la montagne au point le plus élevé de l’Acropole, à une hauteur d’environ 335 mètres au-dessus du niveau de la mer '. La seule région d'où il était possible de faire venir l'eau est le massif montagneux du Madaras Dagh, l'ancien Pindasos. Mais de ce côté, le terrain est fort accidenté. Au pied du flanc nord de l'Acropole, très abrupt, se creuse une dépression profonde; puis le terrain se relève avec la montagne d'Haghios Georghios; une nouvelle dépression se creuse, et le relief du sol va dès lors en s'accentuant, avec les pentes projetées par les contreforts du Madaras Dagh. Ces difficultés, les ingénieurs d’Eumène en triomphèrent. Une étude minutieuse du terrain a permis de constater l'existence d’une conduite d'eau souterraine, composée de gros tuyaux de plomb, larges de om,3oàom,35; ils étaient maintenus de distance en distance par de larges pierres percées d'un trou qu'ils traversaient. Pour en chercher le point de départ, M. Schuchhardt a dù entreprendre une véritable expédition dans le haut pays; il La trouvé dans le Madaras Dagh, à une hauteur de 5 1 6 mètres environ. Les ingénieurs d'Eumène avaient donc accompli ce prodigieux travail de capter les sources dans la montagne, de faire descendre la conduite de plomb jusqu'au pied de l’Acropole, en lui faisant escalader la montagne d'Haghios Georghios, haute de 233 mètres au-dessus du niveau de la mer, et de lui faire remonter le flanc nord de l'Acropole, jusqu’à la terrasse que les gens du pays appellent « le jardin de la Reine ». Amenées par cet énorme siphon, les eaux jaillissaient fraîches et pures, car elles trouvaient sur leur parcours des réservoirs soigneusement construits où elles se clarifiaient. La ville basse avait encore d'autres ressources. Sur chacun des flancs de l'Acropole, à l’est et à l’ouest, courait un canal, au-dessus des vallées du Sélinus et du Kétios. Construits à une hauteur de 20 ou 3o mètres au-dessus du lit de ces fleuves, ils étaient compris en partie dans l'enceinte des murs d'Eumène II. Celui de la vallée du Kétios a laissé des vestiges très apparents; il est profond de im,6o avec om,9q de largeur. Les habitants de Pergame, à l'époque grecque, ne risquaient donc pas de manquer d'eau. Mais les travaux d’Eumène ne suffirent point aux Romains. Des aqueducs alignèrent leurs arcades aux environs de l’Acropole, et de nouvelles canalisations amenèrent dans la ville

1. Nous ne pouvons entrer ici dans des détails techniques. Nous renvoyons aux mémoires de MM. Graeber et Schuchhardt. Die Wasserleitungen von Pergamon, et die Wasserleitung von Madaras Dagh , Abhandl. der berl. Akademie, 1887, p. 3-3 1, et pl. I. M. Schuchhardt est revenu sur cette question. Athen, Mittheil., 1899, p. i23-i43.

basse l'eau des sources captées dans la montagne. Au moins les ingénieurs grecs avaient-ils eu le mérite d'en montrer le chemin.

Eumène II ne s'était pas borné à enrichir l'Acropole d'édifices nouveaux. Hors des murs d'enceinte, dans la plaine, il y avait comme une banlieue de temples et de sanctuaires, et ces édifices avaient cruellement souffert des guerres d’Attale Ier. En 201, furieux de rencontrer derrière les murailles de Pergame une résistance qui l'obligeait à lever le siège, Philippe de Macédoine avait passé sa colère sur les temples situés hors de l'enceinte fortifiée; il avait ravagé le Niképhorion, brûlé le bois sacré, détruit les haies qui servaient de clôture, et rasé jusqu’aux fondations un grand nombre de temples, n’en laissant pas pierre sur pierre '. A son avènement, Eumène trouvait bien des désastres à réparer. Nous savons de source certaine que c'est lui qui restaura le Niképhorion 2.

L’emplacement exact du Niképhorion n’est pas connu; on sait seulement qu'il était voisin de Pergame 3. C’était comme le sanctuaire suburbain de la déesse de l’Acropole, Athéna Polias Niképhoros. On se le figure volontiers comme une 'sorte d'Altis, peuplé de chapelles et de statues, égayé par une végétation plus luxuriante encore que celle des platanes d'Olympie. On y célébrait les fêtes des Niképhories, instituées par Attale Ier, sans doute après ses grands succès de 226-1. Philippe avait tout saccagé. Eumène rendit au Niképhorion ses beaux ombrages, releva le sanctuaire de ses ruines, et ajouta de nombreuses chapelles; à côté d’Athéna, il y donna droit de cité à un dieu étranger, Sabazios, dont le culte avait été introduit à Pergame par la reine Stratonice, originaire de Cappadoce5. Pour consacrer le sanctuaire restauré, il donna aux fêtes des Niképhories une telle ampleur, que ce remaniement équivalait à une fondation. Une inscription de Delphes nous a conservé un décret des Etoliens, qui, vers 179, reconnaissent les jeux institués par Eumène à cette occasion; ils s'appellent désormais oî àyûvEç tùv Nixriçopiwv cT£?xvîTai 6; ils comprennent des concours musicaux « isopythiques », des concours gymniques et hippiques « isolympiques ». A partir de 1 83, on célèbre tous les deux ans, au Niképhorion, des fêtes solennelles qui prétendent rivaliser d'éclat avec celles de Delphes et d'Olympie.

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