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Hésiode, Théogonie, vers 695 et suivants

La liste des représentations figurées de la .Gigantomachie a été dressée par Koepp : De Gigantomachiae in poeseos artisque monumentis usu. Berlin, 1893.

un sujet vieilli, ils ont donné l'interprétation la plus complète, la plus moderne pour ainsi dire, que nous ait laissée l’antiquité d’un thème vingt fois traité par plusieurs générations d'artistes.

On n’imagine pas une composition aussi vaste sans une idée d’ensemble qui la régisse, qui introduise un certain ordre dans la répartition des groupes de combattants. L’artiste qui a modelé la maquette de la frise a très heureusement

FRISE DE LA G I G A N TO M AC H I F.. — JEUNE GÉANT COMBATTANT CONTRE UNE NYMPHE.

résolu la difficulté. Il a groupé les dieux suivant leur nature et leurs affinités. Nous essaierons, dans notre description, de rendre apparent ce système de groupement, qui donne à la frise une réelle unité1.

Les Nymphes , Hermès et Dionysos. Prenons pour point de départ la partie de la frise qui commence à droite de l'escalier; nous rencontrons d'abord le groupe

i. Nous reproduisons, dans une planche d’ensemble (pl. VII bis) le développement complet de la grande frise, telle qu’elle a été restituée par M. Puchstein. Nous empruntons ce document à la Beschreibung der Skulpturen aus Pergamon, et nous remercions M. le Directeur général des Musées royaux de Berlin qui nous a obligeamment autorisés à en faire usage.

LE GRAND AUTEL

des Nymphes et d'Hermès, malheureusement très incomplet. Une des Nymphes a pour adversaire le Géant Brotéas ou Brontéas, qui occupe la dernière dalle, entaillée par les emmarchements. Le Géant a le type monstrueux qui reparaît souvent dans la frise, et dont les sculpteurs ont tiré un si heureux parti pour mêler aux corps humains des éléments empruntés à la nature animale; ses épaules sont munies de fortes ailes qui s’éploient largement; ses cuisses se terminent en corps de serpent, et par une conception d'un illogisme évident, chacun de ces corps écailleux se termine par une tête. Ces serpents prennent part au combat. L'un d’eux se dresse contre un aigle : mais l’oiseau enfonce ses serres dans la gueule menaçante qui s’entr’ouvre, et, sous l’étreinte de la douleur, le torse du Géant se contracte comme par un spasme d’angoisse. Nous connaissons l'auteur de ce morceau de maîtrise, de cette étude de nu si forte et si savoureuse : c’est le sculpteur Théorrétos, dont le nom se lit sur le bandeau inférieur de la frise. Des Nymphes et d’Hermès il ne reste presque rien; mais le musée de Berlin possède la dalle sculptée qui formait retour d'angle sur le pilastre de droite1. Escorté de deux petits satyres et de sa panthère familière, Dionysos brandit son thyrse contre le Géant Eurytos. Il est couronné de feuillage, vêtu d'une tunique de fine étoffe avec la pardalide jetée en sautoir, et chaussé de riches brodequins dont le sculpteur a détaillé avec un soin curieux tous les ornements. La souplesse du travail, le rendu caressé des draperies, font de cette figure un des meilleurs morceaux de la frise, et l'ont désignée tout d'abord pour la place d'honneur qu'elle occupe dans la Rotonde du musée de Berlin.

Les divinités de la Terre. Sur le même pilastre, Rhéa, coiffée du calathos, combat précédée d’un lion qui livre à un Géant un furieux assaut. La frise sud commence avec la figure de Cybèle, la grande déesse phrygienne. C’est encore là un des morceaux qui caractérisent le mieux la manière des sculpteurs pergaméniens. Assise avec une sorte d'indolence paisible sur un lion qui l'emporte au galop, la tête nimbée d'un voile flottant, la chevelure dénouée sur le cou, la déesse, d'un geste nonchalant, tire une flèche de son carquois. Sa tunique a glissé de l’épaule gauche, dont elle met à découvert les fermes rondeurs, et elle laisse deviner, sous ses plis fluides, l’ampleur matronale des formes, les contours pleins de la gorge et des flancs. Le lion est traité avec une recherche visible de l'effet décoratif. La tête haute, la crinière au vent, il galope à une allure relevée, comme s'il était fier de servir de monture à la Mère des dieux. A voir ce groupe d’une facture si brillante, d’un modelé si opulent, on évoque le souvenir de certaines figures de Rubens, et l'aisance de l’exécution n’est pas faite pour contrarier cette impression. En avant de Cybèle combat une divinité féminine vêtue d’un

i. PI. VIII.

ample chiton ionique et d un manteau dont les plis lâches font autour de son buste comme un flottement de draperies : c'est sans doute Adrastéia, déesse phrygienne, parfois assimilée à Rhéa-Cybèle. Vient ensuite un Cabire, brandissant à deux mains une hache et accourant au secours de Cadmilos terrassé par Typhon, le Géant qui habite les gorges sauvages du Taurus. Le type de ce dernier est remarquable et ne se rencontre qu'une fois dans la frise; il a le front armé de cornes puissantes, et, la tête baissée, fonce comme un taureau contre son adversaire.

Les divinités de la lumière. Les dieux qui personnifient l'éclat du jour et le ciel lumineux sont réunis dans cette partie de la frise. Les peintres de vases avaient souvent montré Séléné assise en écuyère sur un cheval1. Les sculpteurs de Pergame ont suivi cette tradition. La déesse chevauche sur sa monture dont elle tient les rênes de la main gauche, tandis que de la droite elle dirige contre un Géant la flamme de sa torche. C'est avec la même arme que combat Hélios. Le jeune dieu, vêtu de la longue tunique flottante des auriges, tient d'une main les rênes de son attelage qui se cabre, et va frapper de sa torche un jeune Géant à forme humaine, musclé comme un athlète. On restitue à la suite la Titanide Théia, dont le buste est seul conservé, et la déesse de l’Aurore, Eôs. Comme Séléné, Eôs combat à cheval2. Assise sur une housse faite d'une peau de bête, vue de dos, elle présente aux regards les lignes souples de son corps, entrevues sous un foisonnement de plis menus, et les contours d’une épaule nue d’où la tunique a glissé dans le mouvement d'une chevauchée rapide. Cette charmante figure, qui s éclaire d un rayon de grâce attique, est d'une exécution excellente, et si I on voulait faire un choix parmi les morceaux de la frise, pour en donner l'idée la plus avantageuse, celui-ci pourrait trouver place à côté du Dionysos. Derrière Eôs, venait une figure de femme ailée, la déesse du jour, « Héméra aux ailes blanches », comme 1 appelle Euripide; puis Æther, sous les traits d'un homme robuste, étouffant dans ses bras le Géant Léon, être fantastique à tête de lion, aux mains armées de griffes aiguës; plus loin Ouranos, combattant avec l’épée et le bouclier, et déployant deux larges ailes; près d'Ouranos, une de ses filles, la Titanide Thémis. Le groupe qui suit montre la Titanide Phoebé, sœur de Thémis, et Astéria, la mère d Hécate. Couronnée d un diadème, les cheveux flottants, Phoebé brandit, comme une lance, une longue torche dont elle dirige la flamme ardente vers le visage d un Géant ailé. Astéria, en chiton dorique, plonge son épée dans la gorge d un Géant arc-bouté sur ses anneaux de serpent, où le chien de la déesse, un énorme molosse au poil frisé, enfonce rageusement ses crocs.

Les grands dieux. Nous sommes arrivés au retour d'angle de la face méri-

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