Voir notre Hist. de la sculpture grecque . I, rtg
2. Un certain nombre de monuments prouvent que, dès le troisième siècle, l’art grec connaissait ce type des bicorpores Gigantes; médaillons de terre cuite décorant des anses d’amphores de la grande Grèce. Mavcr, Die Giganten und Titanen, p. 397) ; moule à relief d’Agrigente (Brizio, Mittheil. des arch. Inst., Roem.. Abtheil. XII, 1898, p. 288, pl. XI); bronze du musée Kircher ( Journal of hellenic Studies, IV, 1889, p. 90). On peut même remonter encore plus haut. M. Hermann Winnefeld a publié un élégant aryballe à dorures, conservé au musée de Berlin, et qui montre Dionysos sur un char attelé de griffons, combattant contre un jeune Géant dont les jambes se terminent en corps de serpent, exactement comme dans la grande frise. Festschriftfiir Otto Benndorf, Vienne, 1898, p. 72, et pl. I.) Or le vase en question appartient certainement au cinquième siècle.
Enfin, ce qui est encore nouveau, ce sont les principes qui président à la conception du bas-relief. Cette forte saillie des figures, ces partis-pris violents d ombres et de lumière, ces fonds envahis par une accumulation de détails, tout cela nous indique que l’art de Pergame a rompu avec l'ancienne tradition classique. La grande frise nous donne la formule d’un art nouveau, qui aura son prolongement dans l’art romain, et ainsi, à une date où l'on avait pu croire l’art grec vieilli et épuisé, nous le voyons pousser une floraison exubérante, qui est le témoignage d'une robuste vitalité.
Le visiteur qui avait longuement passé en revue les scènes de la Gigantomachie n’avait pas fini d'admirer la décoration sculpturale du grand autel. Pour en prendre une idée complète, il lui fallait gravir l’escalier, et s'arrêter devant la petite frise où étaient racontées les aventures de Télèphe.
Que cette seconde frise, haute de im,57, ait eu sa place sur la plate-forme entourée de portiques, cela paraît hors de doute. Mais il est plus difficile de déterminer quel rôle elle jouait, à quel endroit elle se développait. L’indice le plus précis que nous possédions est le suivant. Plusieurs plaques ont une tranche taillée en biseau, et devaient nécessairement se raccorder à angle droit; or l'angle ainsi formé est un angle interne, par rapport à la surface sculptée de la plaque; la frise était donc faite pour être vue du côté intérieur. D'après ces données, Bohn a pensé qu’elle courait le long du mur qui cernait la plate-forme; elle aurait formé, à 1 intérieur du mur, et à sa partie inférieure, comme une plinthe continue, couverte de sculptures '. M. C. Robert a précisé encore cette idée. Calculant pour la frise une longueur totale de 70 mètres, il propose de lui donner comme champ non seulement la face interne du mur, mais encore celles des deux amorces de mur en retour d'angle que suppose la restauration de Bohn2.
Nous avons adopté un parti différent. Dans notre restauration, la petite frise décore l'intérieur de la balustrade qui règne autour de l'autel de cendres; elle a ainsi un développement d’environ 5o mètres3. Nous croyons pouvoir justifier cette disposition par des exemples. Sans parler du temple de Zeus à Olympie, où la statue du dieu était entourée d'une barrière peinte à l’intérieur4, on se rappellera
1. Bohn, Jahrbuch derpreuss. Kunstsammlungen, 1880, p. 1 65 ; Conze, ibid., p. 1 83- 1 84 .
2. Voir C. Robert, Jahrbuch des arcli. Instituts, 1 888, III, p. ioo, avec un plan de la plate-forme reproduit par Puchstein, Beschreibung, p. 3.
o. Toujours d après les calculs dé M. C. Robert ( Jahrbuch , 1 888, p. 99) les morceaux conservés mesurent une longueur actuelle de 14,79, et leur longueur primitive devait être de 23,98. Il y a certainement beaucoup de lacunes. La question est de savoir si elles exigent, pour la frise, une longueur totale de 70 mètres ou de 5o. C’est là une question qu’il est difficile de trancher avec les renseignements que nous possédons.