Murray, Athen. Mittheil., VII, p
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qu'à Priène, dans le temple d’Athéna Polias, une balustrade ornée de sculptures régnait autour de la statue de culte; c’est celle dont le British Muséum possède les fragments, et on a reconnu depuis longtemps que la face sculptée était tournée vers la statue'. Il est fort possible que la même disposition puisse être attribuée à des bas-reliefs de date postérieure, mais appartenant à une époque où l'influence exercée par l’art de Pergame est incontestable; nous voulons parler des bas-reliefs de Y Ara Pacis Augustae, qui, d’après les recherches les plus récentes, auraient décoré l’enceinte de l’autel romain2. Admettre que l’autel de Pergame avait aussi sa balustrade, c’est là, croyons-nous, une hypothèse très légitime, concordant
d ailleurs avec le caractère monumental que nous lui avons donné. Elle a un autre avantage. Elle permet de ne pas préjuger à priori de la date de la petite frise qui peut avoir été exécutée en même temps que la balustrade, ou bien ajoutée après coup.
La frise racontait la légende de Télèphe et l’histoire de la fondation de Peigame; c était, dans une suite de tableaux dont la scène se passe en Grèce d abord, puis en Mysie, l’illustration des événements mythiques que l’érudition alexandrine avait groupés autour du nom de la cité mysienne. M. C. Robert a fait
1. Rayet et Thomas, Milet et le golfe Latmique, pl. i5. Wolters a démontré que la balustrade date de i5oav. J.-C. environ, et qu’elle est, par suite, postérieure à la construction du temple. Jahrbuch des arch. Inst., I, 1886, p. 56.
2. E. Courbaud, Le bas-relief romain à représentations historiques, Paris, 1899, p. 83-84.
une étude minutieuse des fragments conservés, et de leur ordre relatif'. Après ce travail, on suit sans peine le développement des épisodes.
L’enfance et la jeunesse de Télèphe. L'oracle. Sur la première dalle1 2, un personnage en costume royal est debout devant une statue de dieu que supporte une colonne ornée d'une tête de bélier, et qu’ombrage un laurier. En avant, un autre personnage agenouillé semble écrire. La scène est à Delphes. Aléos, roi de Tégée, consulte l’oracle d’Apollon, et apprend que si sa fille Augé met au monde
un fils, cet enfant deviendra le meurtrier de ses oncles. Le serviteur du roi écrit la réponse de l’oracle. Héraclès che\ Aléos. Cependant Héraclès, qui se rend à Olympie, passe par Tégée, et il est reçu chez le roi Aléos. Tel est le sujet du tableau qui montre la reine Néaira assise sur un trône, près d’un jeune garçon, et faisant accueil au héros. Un pilastre sépare cette scène de la suivante, où le sculpteur avait représenté la rencontre d'Héraclès et d’Augé. Le lieu de la scène est un bois de chênes, si l’on en juge par l’arbre qui étend son feuillage dans le champ du bas-relief. Le héros, seul conservé, est debout, la peau de lion flottant derrière les épaules, et il s'appuie à l une des branches de l’arbre. La délivrance d’Augé. La fille d'Aléos s'est réfugiée dans le temple d’Athéna Aléa pour mettre au monde l'enfant né de ses amours avec Héraclès. Sur un fragment important, on voit quatre femmes qui s'empressent pour donner leurs soins à l’accouchée ; l une d'elles tient des bandelettes, une autre apporte une boîte cylindrique; une troisième, le pied posé sur une sorte de soubassement, s'incline avec sollicitude vers sa maîtresse. L’embarquement d’Augé. Aléos a décidé de faire exposer le petit Télèphe, et d'abandonner aux caprices de la mer Augé enfermée dans un coffre. On exécute les ordres
1. C. Robert, Beitraege %ur Erklàrung des pergamenischen Telephos-Frieses, Jahrb. des arch. Instituts, II, 1887, p. 244; III, 1888, p. 45 et 87. Quelques-uns des morceaux de la petite frise sont reproduits dans Brur.n-Bruckmann, Denkmaeler griech. uiid roem. Sculptur, pl. 482. Cf. notre Hist. de la sculpture grecque, II, fig. 273-276.
2. L’ordre des fragments est interverti dans notre gravure, qui reproduit une photographie faite au musée de Berlin, où l’installation de la frise est encore provisoire. La première dalle est celle de droite.
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du roi. Quatre ouvriers sont occupés à fabriquer l’esquif, sous la surveillance du roi. Au second plan, Augé, assise sur un rocher, se désole, et ses femmes la regardent tristement'. Héraclès trouvant Télèphe. Le lieu de la scène est sur la montagne du Parthénion, où Télèphe a été exposé. Dans une anfractuosité de rocher, ombragée par un platane dont on voit se dresser le tronc vigoureux, l’enfant Télèphe est allaité par la lionne secourable qui l’a adopté comme son nourrisson. Appuyé sur sa massue, dans une attitude qui rappelle celle de l’Hercule Farnèse1 2 3, le héros contemple ce curieux spectacle, et reconnaît son fils. Le meurtre des Aléades. Confié par Héraclès au roi Korythos, élevé avec le fils du roi, Partheno-
paios, le jeune Télèphe a atteint l’âge d’homme, et voici le moment où va s’accomplir le meurtre des Aléades, oncles de Télèphe, prédit par l’oracle de Delphes. C’est sans doute à la scène du meurtre que se rattache un important morceau. Un personnage en costume royal, où l’on reconnaît le roi Korythos, se dirige vivement vers la gauche, escorté de deux jeunes gens; derrière lui, un homme tient une lance. Sur un autre fragment, qu on replace volontiers à la suite du précédent, on
1. Notre figure reproduit, à droite et à gauche de cette scène, deux fragments qui n’en font pas partie. Ce sont les fragments désignés par C. Robert sous les lettres X et Y ( Jahrbuch , III, p. 97.) X. Femme accourant vers une figure couchée. Y. Femme assise sur un rocher; au premier plan, jeune fille préparant un repas. Il est difficile d assigner une place à ces morceaux dans la composition. Peut-être le second fait-il allusion à l’arrivée d’Augé en Mysie.
2. M. Weiszacker a signalé ce rapprochement. Arch. Zeitung , 1882, p. 255. Il nous semble cependant qu il va bien loin en supposant que le prototype commun de la figure de la frise et de l’Hercule Farnèse était une œuvre originale existant à Pergame au temps d’Attale ICI. La grande popularité de l’Hercule de Lysippe, dont la statue Farnèse n’est qu’une copie, suffit à expliquer ce rapprochement.
aux rivages lointains de la Mysie, l’expiation du sang versé. C'est le dernier acte de la légende qui se passe en Grèce.
II. Les aventures de Télèphe en Mysie. Arrivée de Tëlèphe en Mysie. Le héros a obéi. Il arrive au pays où règne le roi Teuthras, et le voici, toujours accompagné de Parthénopaios, descendant l'échelle placée à la poupe de son vaisseau. Réception de Télèphe par Teuthras. Les deux jeunes gens arrivent chez le roi débonnaire qui règne en Mysie et qui a fort à faire pour repousser les attaques de son ennemi, le roi Idas. Comme dans les romans de chevalerie, il promet au jeune Grec la main d'Augé, qu'il a adoptée, s’il le délivre d’un voisin incommode. L épisode est mis en scène dans un tableau dont on possède plusieurs fragments. Télèphe, escorté de deux de ses compagnons, revêtu d’une cuirasse,
voit une scène d'exposition funèbre : c’est la prothésis des Aléades. Télèphe sur le Parthénion. Un paysage rocheux, une colonne surmontée d'un lion, indiquent que la scène se passe au pied de la montagne du Parthénion, près d’un sanctuaire de Dionysos. Il y a là une nombreuse réunion de personnages : un prêtre, des jeunes filles portant des torches, des femmes, et le dieu Pan assis sur un rocher. C'est le sanctuaire où Télèphe s’est réfugié après le meurtre. Le dieu veut lui faire payer le prix du sang; mais Télèphe sy refuse, et il est condamné à chercher,
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reçoit d’Augé les armes qui compléteront son équipement de guerre; elle lui présente le bouclier; derrière elle une suivante tient le casque et la lance. Plus loin Télèphe, armé de toutes pièces, se sépare de Teuthras pour marcher à l'ennemi. Le mariage d'Augé et de Télèphe. Le fils d'Héraclès est vainqueur, et Teuthras tient sa promesse. Nous reproduisons le morceau où il conduit Augé, revêtue du voile des fiancées, devant une statue d’Athéna, sculpture d’un style un peu lourd, et qui peut servir de terme de comparaison pour apprécier la supériorité de la grande frise. Ici, la petite frise est trop mutilée pour que nous sachions comment le sculpteur avait représenté la scène tragique dont la chambre nuptiale est le théâtre, et que Sophocle avait mise en scène dans les Mysiens : la tentative de meurtre faite par Augé sur l’époux auquel elle veut se soustraire; l'apparition d'Héraclès, la reconnaissance de la mère et du fils. On replace à la suite l'épilogue heureux du drame, le mariage de Télèphe et de Hiéra, la guerrière mysienne, et la scène qui clôt l'histoire de l'arrivée de Télèphe en Mysie, c’est-à-dire la fondation de Per game. Dans le fond, on aperçoit un temple dorique, près duquel est assise une déesse, sans doute la divinité appelée à présider aux destinées de la ville naissante , et pour laquelle on ne trouve pas de nom plus plausible que celui de la Mêler Basileia, dont le culte existait à Pergame. Un aigle vole dans le champ du bas-relief. En avant, plusieurs personnages s’empressent autour d'une base ou d’un autel, tandis qu au premier plan deux divinités fluviales personnifient le Kétios et le Selinus.
III. La guerre teuthr antenne. La bataille près du Caïque. Une suite de tableaux, dont il ne reste que de petits fragments, racontait la guerre soutenue pai les Teuthraniens contre les Achéens qui, faisant route vers Troie, avaient débarqué par erreur aux rivages de Teuthranie. On devine, plutôt qu'on ne les îestitue, les scènes représentant la mort des fils d’Istros, les plus vaillants parmi les chefs de 1 armée de Télèphe; les prouesses de Hiéra combattant à cheval comme les guerrières mysiennes; Télèphe blessé par Achille; les Achéens fuyant
vers leurs vaisseaux. Télèphe enlevant Oreste. Tourmenté par une blessure inguérissable, Télèphe a consulté l'oracle, et il a reçu cette réponse : « Celui qui a blessé, guérira. » Le reste de la frise racontait comment Télèphe avait obtenu d’Achille sa guérison. Le voici dans le camp achéen où il s’est introduit. Il s’est emparé du petit Oreste, s’est réfugié sur un autel, et menace de tuer l’enfant si les Grecs refusent d'accueillir sa demande. Le héros mysien, agenouillé sur l'autel, tient sous son bras l'enfant éperdu, et, le poing fermé, il est prêt à le frapper. Devant lui se désole la suivante à qui était confié le soin de veiller sur Oreste. Télèphe che~ les chefs achéens. La réconciliation de Télèphe et des Achéens formait, semble-t-il, le dernier tableau de la frise. C'est une scène conçue avec une certaine ampleur, comme celle de la fondation de Pergame. Télèphe est assis au milieu des chefs achéens, qui le reçoivent comme un hôte. Ulysse, reconnaissable à son pilos, explique à Achille le sens de l’oracle, et triomphe de sa résistance. Agamemnon, Nestor, Ménélas, complètent le cercle. Cependant des serviteurs s'empressent autour d'eux, remplissent les coupes, apportent des plats chargés de fruits. Les malheurs de Télèphe vont prendre fin, et le sculpteur n’avait sans doute pas poussé plus loin l'illustration de la légende chère à Pergame.
Le premier trait qui frappe dans la petite frise, c’est son caractère narratif. Nous avons sous les yeux une véritable chronique sculptée en marbre. Raconter la vie et les aventures d'un personnage, les dérouler dans une série d’épisodes qui ramènent les mêmes figures, et font reparaître les principaux héros de la légende, tel est bien le procédé appliqué par le sculpteur; et, si l’on veut bien y réfléchir, c’est celui que les primitifs italiens ont plus d'une fois employé, témoin Carpaccio racontant la légende de sainte Ursule. Dans l'art grec, c'était une nouveauté. Si les frises du monument des Néréides à Xanthos, ou celles de l'hérôon de Trysa nous montrent déjà, au quatrième siècle la préoccupation de mettre en scène les divers épisodes du siège d'une ville, le style narratif y est seulement en germe. On n'y surprend pas encore, comme à Pergame, l'intention nettement affirmée de faire parcourir au spectateur tout un cycle d'aventures. A n’en pas douter, nous voyons apparaître une conception nouvelle du bas-relief qui conduit tout droit aux bas-reliefs historiques de l’époque romaine. Les sculpteurs de la colonne Trajane ne feront guère que tirer de ce procédé toutes les ressources qu’il comporte, en le transportant dans le domaine de l'histoire, en racontant, dans leur style réaliste, les campagnes militaires de Trajan.
Une autre particularité digne d'attention, c’est que la frise fait une large place au décor pittoresque, si longtemps dédaigné par la sculpture décorative de la Grèce. L artiste a pris soin de localiser la scène par des éléments empruntés au paysage et à l’architecture. Çà et là, un arbre, chêne ou platane, déploie son feuil-
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lage, traité avec un réel souci de la vérité. Ailleurs on aperçoit un fond de rocher, un intérieur de temple, avec sa statue de culte. Le tableau d’Hercule, trouvant Télèphe enfant, a pour décor un véritable paysage, une sorte de grotte abritée par un arbre, qui nous transporte dans les gorges sauvages du Parthénion. La perspective même a conquis sa place; la scène de l’embarquement d'Augé a son premier plan et son fond. Ainsi la frise de Pergame porte les traces manifestes d’une évolution de style dont l’histoire a dans ces derniers temps provoqué de nombreuses recherches, et dont on a cru trouver le point de départ dans l'art d’Alexandrie '.
Comparez la frise de Télèphe à celle de la Gigantomachie : vous saisirez