‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 60 sur 140 · FRISE DE TÉLÈPHE. — TÉLÈPHE DANS LE CAMP DES ACHÉENS · texte numérisé non relu

FRISE DE TÉLÈPHE. — TÉLÈPHE DANS LE CAMP DES ACHÉENS

toute la différence qui les sépare. A bien des égards, la grande frise relève encore de la tradition classique, par les réminiscences déjà signalées, par l’esprit de la composition qui met en scène une action unique et un moment de cette action, enfin par 1 absence de l’élément pittoresque. Ici, la rupture est complète avec les anciennes conventions. Tenez compte en outre de l’exécution parfois médiocre de la frise de Télèphe, des proportions un peu lourdes de certaines figures, vous serez en droit de vous demander si les deux œuvres sont bien rigoureusement contemporaines. En plaçant, comme nous l'avons fait, la frise de Télèphe à l'intérieur de la balustrade, nous avons laissé le champ libre à une hypothèse qui n'est

i . Il est à peine besoin de rappeler les travaux bien connus de Schreiber, Die Wiener Brunnenreliefs atts Pala\\o Grimani, iSSS, et les objections présentées par Wickhoff dans l’introduction de la Wiener Genesis, Vienne, 1895. Nous renvoyons au travail le plus récent, celui de M. Edmond Courbaud. Le bas-relief romain à représentations historiques.

pas invraisemblable. La frise de Télèphe peut, comme la balustrade de Priène , avoir été ajoutée après coup, soit sous un des successeurs d'Eumène, soit même après la mort d'Attale III, quand Pergame était déjà romaine.

Nous avons décrit le grand autel restitué. Mais c'est là un de ces monuments qu’on ne saurait justement apprécier si on les isole, si on les sépare du cadre naturel qui en fait valoir la masse et l'ordonnance. Les architectes d'Eumène avaient bien compris que cette ample terrasse, fièrement assise sur le flanc de l’Acropole, devait servir de base à un monument d’aspect solide et puissant. Nous en avions le sentiment très net, en regardant les débris de l’autel à l'heure où le soleil couchant enveloppe toute l’Acropole de reflets dorés. Le massif du grand autel dessinait ses lignes sur un fond d’une coloration intense et chaude; des ombres fortes soulignaient énergiquement les assises du soubassement, dont le profil s’enlevait en vigueur sur les pentes du Geikli-Dagh, veloutées d'ombres violettes, tandis qu’une lumière blonde inondait la vaste plaine du Caïque, fuyant vers la mer. Et nous trouvions une intime harmonie entre ce paysage si large, si coloré, aux lignes si accusées, et la ferme architecture de l'autel. Dans ce riche décor, il était facile d'évoquer la silhouette solide du soubassement, le profil élégant de la colonnade, la belle ampleur de l’escalier; de replacer sur la plateforme l’autel de cendres, d’où montait la fumée des sacrifices; de faire revivre le cortège des processions chantant l’hymne sacré que nous a conservé une inscription de Pergame « O Zeus tout puissant, toi qui habites le sommet de l'Olympe, la haute citadelle des Titans, salut! »

i. Inschriften. von Pergamon, VIII’, n° 324.

ni

le sanctuaire d’athéna polias. (Vue prise de l’angle nord-ouest.)

Page 1