Altertümer von Pergamon, II, pl. XLV
LE SANCTUAIRE D'ATHÉNA POLIAS NIKÉPHOROS
verticaux (^apa^T-arai), que consolident des supports intérieurs (;xe<7o<7Txrat) ; il a pris soin d’indiquer les cordes où étaient passés les leviers qui servaient à la manœuvre, et les chevilles d’arrêt. Assurément nous n’avons ici qu'une esquisse abréviative de Yenthytonon décrit par Héron et Philon; mais telle qu’elle est, elle nous offre le commentaire le plus précis qui puisse nous aider à comprendre le texte des écrivains grecs.
On le voit par les exemples que nous avons choisis : dans les trophées de Pergame, les armes grecques se mêlent à des armes barbares, toutes nouvelles pour nous. Mais il n'est pas nécessaire de supposer que les sculpteurs avaient mêlé
les armes des vainqueurs et celles des vaincus. Les troupes auxquelles s’étaient si souvent heurtées celles d'Attale et d'Eumène, offraient une étrange bigarrure d'équipement. Les Pergaméniens avaient eu pour adversaires les Macédoniens de Philippe, les soldats d’Antiochos Hiérax, les bandes galates, les Syriens d'Antiochos III et leurs auxiliaires, Phrygiens, Lydiens, Cariens, Pisidiens, Mèdes, Arabes. On s explique facilement la variété des armes qu’avaient groupées, sur les balustrades, les artistes d'Eumène. Toutefois, s'il est malaisé de désigner, dans le détail, à quels peuples ils les avaient empruntées, on peut tout au moins faire la part des Galates. C’est à eux qu'il faut restituer les cottes de mailles, les longs boucliers ovales, les chars de guerre, peut-être aussi les casques à timbre allongé; la persistance avec laquelle ces armes reparaissent, témoigne suffisamment que le souvenir des victoires d'Attale Ièr a plus d’une fois dirigé le choix des artistes.
Le style des balustrades est une nouveauté dans l’art grec. Ces compositions
serrées, très remplies, où les objets apparaissent disposés sur plusieurs plans, sont traitées avec le sentiment pictural qui, à l'époque hellénistique, a modifié les principes du bas-relief. Elles accusent en outre une curieuse recherche de réalisme. Nous sommes loin du temps où des maîtres attiques, sculptant les balustrades du temple d'Athéna Niké, y groupaient un choeur gracieux d'exquises Victoires, et trouvaient une charmante allégorie pour glorifier les succès militaires d’Alcibiade. Ici l'allégorie a fait place au détail matériel, observé et rendu dans toute sa réalité, et c'est là une évolution d’une portée considérable, dont l’action se fera longtemps sentir. Les trophées qui décorent l'Arc d’Orange, ceux qui ornent la base de la colonne Trajane, dérivent directement des trophées pergaméniens *. Les artistes d’Eumène ont vraiment trouvé une formule d’art, qui, par son réalisme et sa précision, s'imposera à la Rome impériale, et, forte d’une longue tradition classique, passera de là dans la sculpture moderne. Il est permis de le dire sans paradoxe : une lointaine influence pergaménienne, transmise de siècle en siècle par l'intermédiaire de Rome, revit dans les trophées de la colonne Vendôme.
Les ex-voto et les sculptures de la terrasse d’Athéna Polias. Ces victoires qui avaient assuré la fortune rapide de l’État de Pergame, et que rappelaient les bas-reliefs des portiques, bien d'autres monuments les racontaient. La terrasse d'Athéna était vraiment le lieu consacré où les Attalides avaient accumulé les témoignages de leurs succès, et de leur gratitude envers la déesse. Les armes reproduites sur les balustrades avaient pu être copiées d’après nature, car on conservait, peut-être dans un petit édifice servant de musée, les dépouilles de guerre des Galates1 2. Des peintures retraçaient les sanglantes batailles livrées contre eux3, et c'est une hypothèse assez plausible que de leur assigner une place sur les murs de fond des portiques. Il faut encore restituer, à l'intérieur de ces mêmes portiques, d’autres ex-voto dont il ne reste aucune trace, et qui avaient été dédiés par Attale II. Les fouilles ont livré des plaques de marbre mutilées, ayant appartenu les unes à un socle, les autres à une sorte de cymaise qui de-
1. Voir sur cette question, les remarques très justes de M. Courbaud, Le bas-relief romain à représentations historiques, p. 336-337-
2. Pausanias le dit en propres termes : nEpY“,uL>ivotç 81 ïau uev oxûX* à™ I’oXotSiv, I, 4, 6. M. Fabricius suppose que ces dépouilles étaient placées dans le pronaos et l’opisthodome du temple d’Athéna Polias. (Baumeister, Denkmaeler, article Pergamon, p. 1222). Pourtant, les fouilles ont fait connaître une dédicace gravée sur une architrave de trachyte, qui permet de supposer l’existence d’un édifice distinct. llasiXEÙç ’ATtaXoç vixijsa; TaXa-rac (?) ■/apioTrjpiov t]wv Xyi*[ôs'vt(.>]v StcXwv ’Aô^vât. Inschriften von Pergamon . VIII n" 39.
3. Pausanias, I, 4, 6. ’Ecti 5è ypasr, spyov tô îrpoç FaXira; 1/0U53.
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vait être appliquée contre la muraille Ce sont les fragments de trois inscriptions attestant qu'Attale a dédié des ex-voto à Zeus et à Athéna Niképhoros, en reconnaissance des victoires qu'il a remportées; mais il est difficile de dire ce qu'étaient ces monuments. Il paraît probable, tout au moins, que l'un d’eux consistait en une série de statues placées sur une longue base.
Ouverte sur deux côtés, au sud et à l'ouest, dominant la plaine du Caïque et la vallée du Sélinus, largement baignée d’air et de lumière, la terrasse du sanctuaire d’Athéna offrait un emplacement fait à souhait pour la foule des statues honorifiques ou votives qui s'y pressaient. Elles étaient aussi nombreuses que variées, à en juger par les bases retrouvées dans les fouilles, les unes mêlées aux débris des édifices de la terrasse, les autres encastrées dans la maçonnerie des murs turcs ou byzantins. Si les statues sont perdues, les inscriptions nous aident à en connaître la nature. Près du temple d’Athéna, dans le téménos, s’alignaient les effigies des prêtresses de la déesse, très nombreuses surtout à l'époque romaine2. Non loin de là, on voyait des ex-voto à Zeus et à Athéna, gages de la piété reconnaissante des princes pergaméniens. Sur une base qui porte le nom d’Eumène II, on distingue encore les traces d'une plaque votive qui paraît avoir été en bronze3. Une place d’honneur était réservée aux images des dynastes et des rois, à celles des membres de la. famille royale. Au temps d'Eumène II, un personnage nommé Ménogénès, remplissant des fonctions équivalant à celles de chancelier du royaume (à ètcI -rôiv ■jrpayy.xTwv), avait consacré sur une base en forme de demi-cercle toute une série de statues : c'étaient celles d’Attale Ier, le roi défunt, qualifié de dieu; celles de la reine-mère Apollonis, de la reine Stratonice, et des princes royaux, frères d’Eumène, Attale, Philétairos et AthénaioS4. Une statue d'Apollonis, dédiée par Attale II, rappelait là tendresse témoignée par la reine à ses fils5. Une grande base, qui montre encore des trous de scellement pour des statues de bronze, supportait un ex-voto érigé au temps d'Eumène II, et auquel avaient travaillé des artistes héritiers de noms illustres; la base porte les signatures de sculpteurs du second siècle qui s’appellent Myron de Thèbes, Xénocratès, Praxitèle.6
L'attention des visiteurs était surtout éveillée par les monuments dont les dédicaces rappelaient les nombreuses victoires des Attalides. Ils regardaient avec curiosité une offrande faite à Athéna par un général d’Attale Ier, Epigénès, et par
1. Inscliriften von Pergamon , VIII ', n°‘ 214-216. Cf. Bohn, Altertümer von Pergamon , II, p. 124 et suivantes.