‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 82 sur 140 · Diodore, V · texte numérisé non relu

Diodore, V

3. Petersen, art. cité, p. 1 34- 1 3 5, fig. 1 et 2. La tête du British Muséum est reproduite dans les Ancient Marbles, II, 23. M. Furtwaengler l’avait déjà désignée comme pouvant appartenir à l’ex-voto d’Attale. Arch. An\eiger, 1891, p. 141. Il y en a une réplique au Louvre.

LE SANCTUAIRE D'ATHÉNA POLIAS NIKÉPHOROS i33

visi. Regard farouche, bouche entrouverte, front creusé de plis, chevelure en désordre : ce sont de vraies têtes d'expression. Si l’hypothèse de M. Petersen se trouvait justifiée, nous pourrions restituer à l’ex-voto d'Attale un nombre déjà respectable de morceaux jusqu’ici désignés par des noms de fantaisie. Mais nous ne saurions insister sur des conjectures qui n’ont pas encore reçu une sanction définitive.

En résumé, le grand monument triomphal devait comprendre une assez nombreuse série de statues juxtaposées sur une longue base. Étaient-elles disposées symétriquement ? Cela paraît probable, car nous connaissons des figures debout, d’autres tombées, mais redressées à mi-corps, d’autres couchées, comme la Gauloise morte. Cette variété d’attitudes permettait de les disposer suivant le rythme d'un fronton. Nous savons en outre quel était l'esprit de la composition. L'artiste y avait accumulé des épisodes dramatiques, parlant à l'imagination et aux nerfs, scènes de déroute, de meurtre, traitées dans un style qui incline déjà au réalisme sans cesser de poursuivre la recherche de l'émotion, du pathétique, voire même de l’effet théâtral. On imagine volontiers des statues de bronze aux lignes hardiment découpées, découpant leur silhouette sombre sur le fond lumineux du ciel et des montagnes.

Outre le monument élevé après 228, d’autres rappelaient les succès plus récents d'Attale Ier et de ses successeurs. Sur de petites bases en marbre bleu, se dressaient les ex-voto dédiés par Attale après la défaite de Séleucos Callinicos en Syrie, et la mémorable bataille navale de Chios dont le résultat semble être resté indécis1. D’autres, consacrés par Eumène II ou par ses soldats, évoquaient des souvenirs encore glorieux : des batailles heureuses livrées contre Nabis, tyran de Sparte, à côté des troupes achéennes et romaines; la grande victoire de Magnésie du Sipyle, remportée sur Antiochos, et qui avait donné à Pergame une partie de l'Asie Mineure; la guerre galate de 167. Attale II avait suivi l’exemple d" Eumène, et rappelé, par la dédicace d'un monument, les résultats de sa campagne de Bithynie.

Ainsi, c’étaient les annales militaires du royaume qui se déroulaient aux yeux des visiteurs, sur la terrasse d'Athéna Polias. Devenus maîtres de Pergame, les Romains paraissent avoir respecté ces œuvres d'art qui flattaient l'orgueil de leurs anciens alliés, devenus des sujets. Au début de l'Empire, tout au moins, l'aspect du sanctuaire dut rester le même. Seulement, au milieu de la terrasse, le peuple de Pergame et la colonie romaine élevèrent à frais communs une statue colossale en bronze, représentant un empereur, sans doute Auguste2. Sur une

1. Inschriften von Pergamon, V III*, n1'* 33-37, n°‘ 5 1 -56.

2. Inschriften von Pergamon , VIII2, n° 383. Cf. Bohn, Altertümer von Pergamon , II, p. 84-85, et pl. XXXIX.

grande base circulaire, haute de im,3o et entourée de degrés dont le plus élevé supportait une série de statuettes en bronze, l'effigie impériale se dressait, dominant de toute sa hauteur les ex-voto des rois. Pourtant, Athéna Polias n’avait pas été pour cela dépossédée de son sanctuaire. C'est encore à la déesse protectrice de la ville que les Pergaméniens avaient dédié la statue d' « Auguste César, dieu, fils de dieu, qui surveille la terre et la mer. »

Page 1