Texier, Ouvrage cité, pl
5. Héron de Villefosse, Catalogue sommaire des marbres antiques, n° 2902. Le vase est gravé dans Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque, II, pl. 4, et dans Texier, ouvrage cité, II, pl. 126-127.
LES FOUILLES
mais le mutzellim s’opposa à ce qu’il l'emportât. Le vase n’entra au Louvre que sous le règne de Louis-Philippe, à qui le Sultan Mahmoud en fit cadeau.
Pour que le vœu de Choiseul-Gouffier fût réalisé, il fallait d’abord qu’un hasard heureux révélât les richesses d’art enfouies sous les décombres, il fallait ensuite qu’un homme mît au service de l’entreprise une volonté réfléchie et persévérante. Le hasard survint, et l'homme se trouva : ce fut l'ingénieur allemand Cari Humann.
l’acropole et la ville moderne. (D'après une aquarelle de M. Pontremoli.)
Le principal auteur des fouilles de Pergame a fourni une brillante carrière archéologique. Lorsqu'il mourut à Smyrne, en avril 1896, il avait attaché son nom à de nouvelles découvertes, celles d’Angora, de Nimroud-Dagh, de Sendschirli, de Magnésie; il avait, pendant longtemps, exercé en Asie Mineure, pour le compte des musées royaux de Berlin, une sorte de direction officieuse des recherches archéologiques; mais on peut dire que sa vocation s'est décidée à Pergame. Il était fort inconnu, lorsque, voyageant en Asie Mineure, en 1 865 , il visita Bergama et y fut reçu par un médecin grec, M. Nicolas Rhallis1. Il parcourut l’Acropole, abandonnée à l’exploitation des chaufourniers, et il y vit avec mélancolie, raconte-t-il,
1. Nous ne faisons que résumer ici l’histoire des premières fouilles, racontée en détail par Humann, dans le Jahrbuch der koeniglich. preussischen Sammlungen, I, 1880, p. 1 29- 1 56.
fumer les fours à chaux qui dévoraient les beaux blocs de marbre trouvés à fleur de sol. L’année suivante, il était chargé par le gouvernement turc d'étudier le tracé d'une route entre Constantinople et Smyrne, et il revenait à Bergama. Cette fois M. Rhallis lui montra un remarquable morceau de sculpture provenant de l'Acropole : c'était un fragment de haut-relief qu'il venait d'acheter, et qui représentait un personnage à tête de lion étreignant un homme entre ses bras. La trouvaille aurait sans doute passé inaperçue, si, en 1869, la bonne étoile de M. Humann ne l'avait encore ramené à Bergama. 11 venait de passer un contrat avec le gouvernement ottoman pour l'établissement d'une route dans le vilayet d’Aïdin, et il faisait de Bergama son quartier général. Un jour, en cherchant sur l’Acropole des pierres et des briques, ses ouvriers déterrèrent une nouvelle dalle de frise, de mêmes dimensions que la précédente, et montrant, sculptée en haut-relief, une figure de divinité. Il y avait décidément à faire là une riche moisson de sculptures, et l'idée d'une fouille hantait déjà l’esprit de Humann; mais ses travaux, puis une attaque de fièvre l'empêchèrent d'y donner suite.
En 1871, Ernest Curtius se trouvait à Constantinople, prêt à entreprendre en Asie Mineure le voyage où il a recueilli la matière d'un de ses ouvrages'. Humann le décide à venir à Pergame, et lui fait voir de nouveaux fragments de sculptures découverts par ses ouvriers. Les trouvailles se multipliaient; la nécessité d'entreprendre des recherches méthodiques devenait chaque jour plus manifeste. Mais la tâche dépassait les ressources d'un simple particulier, et d'autre part, en Allemagne, l’attention du public savant était absorbée par le succès croissant des fouilles d'Olympie. Les choses menaçaient de traîner en longueur, lorsque, en 1876, M. Conze, récemment nommé directeur de la galerie des sculptures antiques au musée de Berlin, reçut de Humann deux dalles de cette grande frise, dont les morceaux apparaissaient I un apres 1 autre sous la pioche des ouvriers. Avec une rare sagacité, M. Conze identifia la frise et le monument d'où elle provenait. Dans une médiocre compilation latine du troisième siècle de notre ère, œuvre d'un écrivain obscur, Ampélius, il découvrit les lignes suivantes : « A Pergame est un grand autel de marbre haut de quarante pieds, avec de très grandes sculptures; il contient une Gigantomachie » . Toutes les obscurités se dissipaient, et la question se posait nettement; il s agissait dès lors de trouver la place de cet autel monumental, désigné par Ampélius comme une des merveilles du monde, et de découvrir le reste de cette immense frise. On agit à Constantinople, et le 17 août 1879, arrivait à Smyrne un iradé autorisant les fouilles. Les travaux commencèrent le 9 septembre de la -même
1. E. Curtius, Beitraegeçur Geschichte und Topographie Kleinasiens, Berlin, 1872. La planche III reproduit un plan de l’Acropole avant les fouilles, dressé par Humann.
2. « Pergamo ara marmorea magna, alla pedes quadraginta, cutn maximis sculpturis; continet autem gigantomachiam >. Ampélius, Miracula mundi, 14.
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année. Humann a raconté comment il les inaugura solennellement « au nom du prince royal d'Allemagne, du plus heureux et du plus aimé des hommes », et comment ses ouvriers ébahis crurent qu’il prononçait une formule magique. « Le plus heureux des hommes », c’était le futur empereur Frédéric III.
Vigoureusement poussée, la première campagne de fouilles dura jusqu'en mars 1880, sous ladirection de MM. Conze et Humann, avec la collaboration de M. Bohn, et le concours de MM. Stiller et Raschdorff. 1 Le déblaiement du grand autel, la découverte de quatre-vingt-quatorze plaques de la grande frise, de trente-cinq dalles d une frise plus petite, tels furent, sans parler des inscriptions et des membres d’architecture, les principaux résultats de cette exploration. Entre temps, une convention passée avec le gouvernement ottoman avait attribué aux musées royaux de Berlin la totalité des objets trouvés dans les fouilles; 462 caisses environ furent embarquées au port de Dikéli, à destination de Berlin. Une seconde campagne, d’août 1880 à décembre 1881, fut consacrée à dégager le temple d’Athéna Polias et son péribole2. Une troisième s'ouvrit en avril 1 883 , pour prendre fin en décembre 1 885 . Occupé à 1 exploration de Nimroud-Dagh, Humann ne put la suivre complètement; elle fut dirigée en grande partie par MM. Conze et Bohn, assistés de M. Fabricius. A la fin des travaux, on avait achevé de déblayer la terrasse du Trajaneum, celle du théâtre, et l’emplacement de l’agora3.
Les fouilles étaient terminées 4. Elles avaient donné, et au-delà, tout ce qu'on en pouvait attendre. Non seulement elles avaient livré les étonnantes sculptures qui ont éclairé d un jour tout nouveau une période, naguère presque ignorée, de l'histoire de l'art grec; mais on leur devait encore une autre révélation inespérée. Elles ressuscitaient une résidence royale de 1 époque hellénistique, une sorte de Versailles asiatique, et c est là, si 1 on veut bien y réfléchir, la grande originalité des découvertes de Pergame. Que savons-nous, en effet, d’Alexandrie, d'Antioche sur l Oronte, de ces grandes capitales que créaient de toutes' pièces le luxe et le caprice des successeurs d'Alexandre? Rien, ou presque rien. Pergame nous a rendu l’image vivante d une de ces capitales, moins importante il est vrai que ses somptueuses rivales d Egypte ou de Syrie, mais très admirée dans le monde grec. Loin de diminuer l'intérêt de ces découvertes, les fouilles récentes exécutées en Asie Mineure n’ont fait
1 . On en trouvera la relation dans les rapports de MM. Conze, Humann, Bohn, Stiller, Lolling, et Raschdorff; Die Ausgrabungeti %u Pergamon und ihre Ergebnisse, Jahrbuch der koenigl. preuss. Künstsammlungen , I, 1880; p. 127-224.
2. Die Ergebnisse der Ausgrabungeti \u Pergamon, 1 880-1 881, second rapport par MM. A. Conze, C. Humann, R. Bohn, Jahrbuch , III, 1882.
3. Die Ergebnisse der Ausgrabungen Pergamon, 1 883- 1 886, troisième rapport, par MM. C. Humann, R. Bohn, M. Fraenkel, Jahrbuch, IX, 1888.
4. Nous parlons ici des grands travaux. Mais M. Conze est revenu à plusieurs reprises à Pergame, avec ses collaborateurs, pour compléter ses recherches, dresser la carte de la région, diriger des fouilles partielles sur des points insuffisamment explorés. On trouvera un exposé de ces travaux complémentaires dans les Athenische Mittheilungen , XXIV, 1899; Conze et Schuchhardt : Die Arbeiten %u Pergamon , 1886-1898, p. 97-246.
PEKGAME.
qu'en augmenter la valeur, et qu'en démontrer la nouveauté. On nous permettra de rappeler ici des impressions personnelles. Au printemps de 1898, après avoir visité les ruines de Pergame, nous nous rendions à Priène, où d’importants travaux ont dégagé la ville hellénistique. Nous avions comme la sensation du contraste le plus tranché. A Priène, dans la ville opulente rebâtie vers la fin du quatrième siècle, nous retrouvions encore la cité grecque, avec sa vaste agora, où se concentrait la vie politique, ses portiques embellis par la générosité des riches citoyens. A Pergame, nous venions de voir la ville royale, créée par les dynastes et par les rois, tenant d’eux sa richesse et son décor monumental. C'était, d'une part, la cité démocratique; de l’autre, la résidence princière, chacune avec sa physionomie propre, nettement caractérisée.
Les découvertes de Pergame ont déjà fait l'objet de nombreux travaux. Les sculptures ont pris place dans l'histoire de l'art, et nous signalerons plus loin les études auxquelles elles ont donné lieu. Quant aux résultats généraux des fouilles, nous ne pouvons mentionner ici tous les articles, tous les travaux de vulgarisation qui les ont portés à la connaissance du public '. Nous avons déjà cité les plus importants, à savoir les rapports préliminaires de MM. Conze et Humann et de leurs collaborateurs; au cours de cet ouvrage, nous rappellerons les monographies de détail où MM. Conze et Bohn ont élucidé les questions d’histoire, de topographie, d'architecture, que soulève l’étude des monuments 1 2. La publication générale des fouilles se poursuit actuellement dans un grand ouvrage de luxe, édité sous les auspices des musées royaux de Berlin. Outre le recueil complet des inscriptions, dù à M. Max Fraenkel, trois volumes de texte, accompagnés chacun d'un bel atlas de planches in-folio, ont déjà paru sous la signature de MM. Bohn, Hans Droysen, Stiller et Raschdorff 3. Il est à peine besoin d'ajouter que les résultats des fouilles y sont exposés avec toute l’ampleur et la précision que peuvent souhaiter les érudits. Nous devons enfin signaler un travail d'ensemble, publié en 1897 à Copenhague, par le
1. Nous signalerons surtout l’article Pergamon, de Fabricius et Trendelenburg, dans les Denkmaeler des klassischen Alterthums , de Baumeister, II, p. 1206-1287, et Pct*t guide des fouilles, édité par la direction des musées : Fiihrer durch die Ruinen von Pergamon (Berlin, 1 885). En 1 883 , M. Thiersch a publié une étude sommaire, accompagnée d’une restauration d’un goût contestable : Die Koenigsburg von Pergamon, Stuttgart, chez Engelmann. La récente brochure de M. Conze, Pro Pergamo (Berlin, Reimer, 1898 , contient un résumé très agréable et très vivant des principaux résultats des fouilles.
2. Principalement dans les Sit^ungsberichte de l’Académie des sciences de Berlin.
3. L’ouvrage paraît sous le titre de Altertümer von Pergamon, Berlin, chez Speemann. Les volumes déjà publiés sont les suivants : T. Il, Das Heiligthum der Athéna Polias Nikephoros, von Richard Bohn, mit einem Beitrage von Hans Droysen, 1 885. — T. IV. Die Theater-Terrasse, von Richard Bohn, 1896. — T. V\ Das Trajaneum, von Hermann Stiller, mit einem Beitrage von Otto Raschdorff, 1895. — T. VIII’ et VIIF. Die Inschriften von Pergamon, unterMitwirkung von Ernst Fabricius und Cari Schuchhardt herausgegeben von Max Fraenkel, 1890-1895.
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savant professeur J. -L. Ussing Ce livre, écrit en danois, est heureusement devenu, grâce à une traduction allemande, plus accessible à la majorité des lecteurs curieux de s’informer des découvertes pergaméniennes.
A côté de ces travaux, il reste, croyons-nous une place pour une étude destinée au public de lettrés et d’artistes qu’intéressent les découvertes de l’archéologie. La restauration que nous publions est le résultat de longues recherches, poursuivies sur 1 Acropole de Pergame et au musée de Berlin. Les éléments en ont été recueillis en 1894, c’est-à-dire après le complet achèvement des fouilles; elle était terminée en 1897, et elle a figuré, cette même année, au salon des Champs Élysées. Le titre de notre ouvrage indique suffisamment ce que s’est proposé l’auteur de la restauration; c’est l'Acropole grecque qu’il a restituée, et que nous décrirons. S'il y a fait figurer un temple romain, le Trajaneum, c’est que cette partie de l’Acropole, profondément remaniée sous l'Empire, ne laisse pas deviner ce qu’elle pouvait être au temps des Attalides. Ceux qui ont vu, de leurs yeux, sur la terrasse supérieure, la silhouette si accentuée des ruines du Trajaneum, comprendront qu'on ne pouvait en omettre la restauration, sans découronner l'Acropole d'un de ses monuments les plus imposants.
1. J.-L. Ussing, Pergamos , dens Historié og Monumenter, Copenhague, 1897. La traduction allemande a paru sous le titre de : Pergamos, seine Geschichte und Monumente, Berlin et Stuttgart, Speemann, 1899. C’est à cette traduction que nous renverrons en citant le travail de Ussing.
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