CHAPITRE IV
SYMPTOMATOLOGIE — FORMES CLINIQUES
Nous venons d'indiquer dans le précédent chapitre dans quelle proportion se présentaient à notre examen les différentes formes de péricardite pseudo-rhumatismale. Sur la table d’autopsie les cas de péricardite chronique, de symphyse partielle ou généralisée s’observent le plus souvent. Mais en clinique, au lit du malade il n’en est pas ainsi et lorsque la lésion est appréciable ce sont les symptômes d’une péricardite sèche ou d’une péricardite avec épanchement que le médecin enregistre. Ces symptômes ne sont pas durables et s'ils persistent parfois, comme dans l'observation 1, dans bien des cas, en revanche, ils disparaissent, et rien ne les révèle plus à un examen même attentif. Il suffit de lire nos observations pour s'en rendre compte. Dans un premier groupe la symptomatologie de la péricardite est très nette; un second reste muet pendant la vie du malade et les lésions de la séreuse externe du cœur ne sont que des trouvailles d'autopsie (suffusions péricardiques, plaques laiteuses, adhérences). La vraie raison de cette quasi-impossibilité d'établir un diagnostic vient de ce que les symptômes sont excessivement obscurs et disparaissent même en même temps que les lésions
sd évoluent. Nous pouvons dire de la péricardite pseudorhumatismale ce que Rousseau disait de la péricardite tuberculeuse vraie : dix fois sur vingt elle reste. ignorée.
Dans les cas aigus cependant, elle peut se manifester par les symptômes bruyants ordinaires de la péricardite avec épanchement : douleur, fièvre, dyspnée, phénomènes de refoulement et de compression, dysphagie, œdèmes de la face, du cou, des membres supérieurs. Mais, nous ne croyons pas que, dans la péricardite que nous étudions, apparaissent ces vastes épanchements de 1,200 grammes et plus, qui, d’après Richard et Roger, seraient l'apanage de la péricardite tuberculeuse et détermineraient au complet tous les symptômes que nous venons d'énumérer. Le plus souvent l’évolution se fait plus simplement et l'épanchement séro-fibrineux se résorbe sans être arrivé au volume ci-dessus indiqué. Nous citerons, cependant, l'observation suivante dans laquelle le malade qui à de la péricardite et de Pendocardite présente un épanchement considérable.
OBSERVATION X (Due à l’obligeance du docteur Mandoul.)
Hôpital mixte d'Angoulême. L. ., jeune soldat au 21° d'artillerie. Sept mois de service.
Péricardite avec insuffisance mitrale.
Antécédents héréditaires. — A perdu son père de la poitrine. Mère en bonne santé. A perdu un frère en bas âge. Antécédents personnels. — N'a jamais eu de rhumatisme
articulaire aigu. Pas de maladie grave dans l'enfance.
= doi
Le malade s'enrhume facilement depuis deux ou trois ans. Il a eu la rougeole vers l’âge de 15 ans.
Pendant son séjour au régiment, il était considéré comme malingre. Il avait très souvent des douleurs articulaires.
Etat actuel. — I] va à la visite car il est pris d'une dyspnée intense; il est envoyé à l'hôpital dans le service du médecin major Achaitre le 5 juin 1904. C’est un malade pâle qui plaint d'oppression au niveau de la région précordiale.
Appareil circulatoire. — Voussure précordiale très prononcée au niveau de l'extrémité sternale des 5me, Gme, 7me espaces intercostaux. On ne peut percevoir la pointe ni le claquement sigmoïdien pulmonaire. La peau est légèrement ædémateuse à la région précordiale. La matité du cœur est très augmentée. Encoche de Sibson très nette. Traube sonore. Pas de skodisme au sommet gauche. L'auscultation permet de déterminer le maximum des bruits du cœur à quatre centimètres au dessus de lalimiteinférieure de la matité cardiaque. Les bruits sont rapides, sans arythmie et comme lointains et voilés. On note un souffle systolique de la pointe semblant se propager vers l'aisselle. Au niveau de la base, on perçoit un bruit de cuir neuf intense. Le pouls, 120, est petit.
Appareil respiratoire. — Rien dans la plèvre; mais au sommet droit, submatité. Vibrations exagérées. Obscurité respiratoire. Inspiration saccadée, expiration soufflante et prolongée. Signes de tuberculose abortive.
Rien dans les autres appareils. Rien dans le péritoine. Température, 360.
Le 5 juillet, le malade va mieux. La voussure a diminué. La paroi présente le retrait systolique de la pointe qui est dans le 6me espace. On perçoit sur toute la région précordiale un bruit de cuir neuf intense et au niveau de la pointe un souffle systolique en jet de vapeur se. propageant vers l’aisselle.
C'est un souffle d'insuffisance mitrale.
Le malade est réformé.