‹ Péricardite Inflammatoire: D'Origine Tuberculeuse: Tuberculose InflammatoireChapitre 14 sur 19 · ET ES · texte numérisé non relu

ET ES

Le malade dont nous venons de rapporter l'observation avait présenté les symptômes d'une péricardite à grand épanchement.

La manifestation toxique était donc violente bien que le foyer bacillaire fût en somme peu étendu: car il n'y avait que de faibles localisations du bacille de Koch au sommet gauche.

Dans une observation personnelle prise dans le service de M. le professeur Pic, au contraire, la symptômatologie, quoique nette, aurait échappé au clinicien si un examen complet n'avait été fait. La malade entre simplement pour bronchite consécutive à une fluxion de poitrine; on examine son cœur et on entend à l'auscultation, des frottements péricardiques sans que la malade ait jamais éprouvé les moindres symptômes du côté du cœur.

OBSERVATION XI (Recueillie dans le service de M. le professeur agrégé Pic.)

L.-A.., Aug.…., 42 ans, ménagère. Entrée à l'hôpital le 29 octobre 1904.

Antécédents héréditaires. — Père mort d'insolation. Mère en bonne santé.

Antécédents collatéraux. — Rien à signaler. Mari bien portant.

Antécédents personnels. — Etant jeune, la malade toussait tous les hivers, mais n'eut jamais de maladie grave. Après son mariage, elle eut huitenfants, dont cinq encore vivants, les trois autres sont morts en bas âge, soit de choléra, soit de méningite. Des cinq vivants, tous se portent bien, sauf le troisième qui a eu une rougeole et une bronchite tenace.

La Depuis einq ans, la malade à, chaque hiver, une bronchite qui la tient au lit pendant une quinzaine de jours environ. Elle crache beaucoup en ce moment. Dans l'intervalle, elle tousse souvent, mais vaque sans trop de fatigue à ses occupations. Le troisième dimanche d'octobre de cette année, la malade eut une grosse fièvre et fut obligée de s’aliter. Le médecin qui la soignait lui fit cesser l'allaitement. La malade éprouvait de violentes douleurs dans le dos et respirait difficilement. Elle eut, dit-elle, une fluxion de poitrine. Elle crachait des glaires visqueuses adhérentes. Elle avait, en même temps, des douleurs dans les membres et dans les articulations, surtout dans les membres supérieurs.

La malade entre à l'hôpital le 29 octobre, très fatiguée.

Elle est examinée sommairement et présente tous les symptômes d'une bronchite.

A la base gauche : râles sous-crépitants sur une grande étendue. À droite, également ràles sous-crépitants.

Au sommet droit, en arrière, la percussion donne de la matité et l’auscultation quelques râles sous-crépitants à l'inspiration. Non exagérés par les efforts de la toux, ils ont un timbre humide; l'expiration est soufflante et prolongée.

Le 4 novembre, un examen ultérieur fait par M. Pic, dénote, outre ces signes de bronchite, un frottement péricardique méso-cardiaque très net. La malade n'éprouve aucune gêne du côté du cœur.

Le 10 novembre, mêmes signes; la malade crache toujours mais se sent ioins fatiguée.

Le 15 novembre, la malade sort. Les frottements péricardiques sont toujours très nets.

M. le professeur Pic explique les frottements péricardiques par une intoxication bacillaire localisée sur la séreuse externe du cœur.

L'endopéricardite, d’ailleurs, manifestation toxique tuberculeuse, se voit plus souvent que la péricardite pure. [est naturel, en effet, que le poison tuberculeux

AT, lancé vers le cœur attaque simultanément les deux séreuses interne et externe. Les reliquats, frottements et souffles, peuvent persister après la guérison relative du malade. Mais, en général, les souffles seuls restent et les lésions anatomiques du péricarde ne se traduisent plus à l'examen clinique. Dans les deux observations suivantes, la péricardite localisée échappe à l'investigaton clinique.

OBSERVATION XII (Recueillie dans le service de M. le professeur Poncet.)

Jean-Marie-Joseph Lab..., 55 ans, né à Sail-sur-Couzan, département de la Loire, garçon de cuisine. Salle Saint- Philippe. Entré le 19 novembre. Mort le 12 mai 1904.

Antécédents héréditaires. — Père mort de fluxion de poitrine. Mère morte de (catarrhe pulmonaire », affection qui au dire du malade aurait duré fort longtemps.

Antécédents collatéraux. — Dix frères ou sœurs dont quatre sont morts d'affection indéterminée.

Sa femme a succombé à la suite d’une méningite tuberculeuse. Cinq enfants dont un mort à vingt-trois ans de phtisie galopante.

Antécédents personnels. — On note une blennorrhagie ancienne. Pas de syphilis. Ethylisme ancien peu marqué.

Le malade fut atteint à vingt et un ans d’une affection aiguë dont il ne peut préciser la nature. A vingt-sept ans il eut une bronchite qui depuis cette époque devint chronique. En 1895: sciatique qui parut s'atténuer pendant quelque temps pour reparaître double cinq ans plus tard. Le malade se remit pour un instant de sa sciatique et put reprendre son travail bien que ses jambes fussent très faible. En 1900, son état empira avec sa faiblesse et lui inter-

: rUiq dit la moindre fatigue. Depuis ce moment le malade passe d'hôpital en hôpital à Paris, à Lyon.

Il entre à l'Hôtel Dieu parce qu'il ne peut plus marcher et parce qu'il tousse. Le malade se plaint d'avoir eu à plusieurs reprises des douleurs rhumatismales.

Etat actuel. — Le malade présente tous les signes d’une rétraction de l’'aponévrose palmaire. En outre, l'examen de la colonne vertébrale dénote une gibbosité peu volumineuse, surtout accentuée vers la huitième et la neuvième vertèbres dorsales, douloureuse à la palpation. Les troubles moteurs, l'hyperesthésie des membres inférieurs, l'exagération des réflexes rotuliens, les troubles sphinctériens passagers, perte des urines et des matières de temps en temps : tout cela est l'indice vraisemblable d’un mal de Pott dorsal.

Aux poumons. — À l'inspection : Aspect amaigri, très notable surtout au-dessus et au-dessous de la clavicule.

A la palpation. — Submatité à gauche.

A l’auscultation. — Diminution de la respiration et retentissement de la toux à gauche. Nombreux râles ronflants et sibilants. Expectoration muco-purulente.

La température oscille entre 380 et 390.

Un peu d'albumine dans les urines.

1er mai 1904. — Aggravation de l'état général. Teinte bronzée des téguments.

6 mai. — Pouls à 110, respiration entrecoupée de hoquets, râles trachéaux. La température monte jusqu'à 3908.

10 mai. — Coloration de plus en plus foncée de la face. Voix éteinte. Cachexie considérable.

12 mai 1904. — Mort.

Autopsie. — Poumons : Lésions tuberculeuses manifestes, prédominant aux sommets. Le poumon gauche est le plus atteint. Infiltration granuleuse confluente.

Sclérose. Gros tubercules de la dimention d'une noisette, caséifiés. Pas de cavernes. Plèvres indemnes sans liquide épanché.

4." ee Cœur et vaisseaux. — Plaques blanchâtres sur le péricarde viscéral. Pas de liquide. Lésions valvulaires très marquées, valvule mitrale insuffisante et retrécie. Plaques d'athérome sur l'aorte.

Capsules surrénales. — Des deux côtés molles, diffluentes. Masse pulpeuse demi-fluide constituant un magma formé

par des grumeaux grisâtres ressemblant à de la substance caséifiée.

Rein. — Lésions de néphrite interstitielle (gros rein blanc).

Rate. — Congestionnée.

Colonne vertébrale. — Au niveau de la gibbosité, tissu

spongieux plus rouge, coloration lie de vin. Ce tissu est d'apparence grenue, il se laisse facilement couper au couteau et présente les lésions typiques de l'ostéite raréfiante. On ne note cependant pas ni cavernes tuberculeuses, ni noyaux de caséification intra-osseux.

En somme, on ne trouve des lésions tuberculeuses vraies, au sens anatomo-pathologique du mot, que dans les poumons. Du côté des autres organes, et du cœur qui nous occupe particulièrement on voit des lésions paratubercu leuses sans-tuberculinisation vraie.

OBSERVATION XIII (Étienne. Archices de Médecine expérimentale, 1898).

Tuberculose pulmonaire. Péricardite avec Endocardite M. N.-C..., 20 ans.

Antécédents héréditaires. — Mère morte diabétique.

Antécédents personnels. — Bronchite à l'âge de ÿ ans.

État actuel. — Appareil respiratoire: Craquements humides.

Au cœur, léger soufle systolique et présystolique à la pointe, mort un mois après à la suite d'épitaxis très abondantes.

re

Autopsie. — Poumons : adhérences pleurales. Deux cavernes au poumon droit, une au sommet, une à la base. Congestion et infarctus dans le poumon gauche.

Cœur : Suflusions hémorragiques sous-péricardiques, surtout à la face antérieure du ventricule droit. Sur la valvule mitrale végétations ayant le volume d’un pois, constituées par des amas de fibrine appliqués à la face ventri-

culaire.

Examen bactériologique. — Sur diverses coupes qu'on a examinées, on n’a pas trouvé de bacilles de Koch.

La marche de la péricardite pseudo-rhumatismale est variable; elle est subordonnée surtout à l'affection dominante puisqu'elle est presque toujours secondaire. Souvent elle a une évolution lente et chronique. Son début est insidieux et latent. Les symptômes, nous le répétons, se perdent dans ceux de la lésion endocardique prédominante ou de la maladie générale. Les troubles nutritifs et circulatoires dus au cœur se combinent à la dénutrition et aux troubles respiratoires de la tuberculose : la cachexie cardiaque s'ajoute à la cachexie tuberculeuse.

Page 1