‹ Péricardite Inflammatoire: D'Origine Tuberculeuse: Tuberculose InflammatoireChapitre 5 sur 19 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

Au niveau du péricarde, comme au niveau de tous les autres organes, la tuberculose peut apparaître avec ses caractères spécifiques bien reconnaissables par l'anatomo-pathologiste. Nous voulons parler des granulations, des tubercules, de l'infiltration caséeuse. Ainsi conçue, la tuberculose a fait l'objet d’études nombreuses sur lesquelles nous n'avons pas à revenir. Celle qui nous occupe est d’un ordre tout différent.

« Elle comprend des lésions purement congestives, inflammatoires, scléreuses, complètement assimilables en un mot à celles des séreuses articulaires. De telles lésions représentent la plus faible réaction apparente qu'opposent les tissus à l'infection bacillaire. » Nous savons, en effet, qu'à côté des manifestations aiguës et très virulentes du bacille de Koch sur les articulations (tumeur blanche), il en est qui sont l'indice d’une tuberculose mitigée, moins grave, essentiellement phlegmasique.

Si les granulations, les tubercules du pémicarde, sont bien connus ; si on à examiné avec soin les réactions de défense qu'ils provoquent sur cette enveloppe sé-

TV reuse, en revanche, on à méconnu l'influence indirecte que pouvait avoir sur le péricarde la présence d’un foyer éloigné de tuberculose ou l'existence d’un rhumatisme bacillaire.

Dans sa communication à l’Académie de Médecine (23 juillet 1901), M. le professeur Poncet étudie la pathogénie des lésions tuberculeuses atténuées.

« Nous sommes loin, dit-il, de l’époque cependant encore rapprochée où, avec Bonnet, Nélaton, etc., la granulution milaire, mais surtout la fongosité, l’abcès froid avec son pus parfois d'aspect assez particulier, étaient considérés comme les éléments indispensables, caractéristiques de lésions spéciales, carie osseuse, * tumeur blanche, qui devaient plus tard être reconnues comme appartenant à une seule cause ef à une seule maladie : la Tuberculose. »

Ne doit-on pas admettre des lésions atténuées déterminées par la toxine tuberculeuse. Cette toxine, lancée dans le torrent circulatoire, vient se fixer sur différents organes : le plus souvent les articulations et les séreuses du cœur.

Hanot, d’ailleurs, avait pressenti ce rôle toxique du bacille de Koch, lorsqu'il réclamait, en faveur de la tuberculose, le bénéfice d’une véritable intoxicalion au même titre que toutes les autres maladies infectieuses. Certains symptômes, certaines lésions, ne peuvent s’expliquer par l’action directe du bacille, mais semblent au contraire dériver nettement d'une intoxication et, dans certains cas où les lésions tuberculeuses sont diffuses, l’intoxication tuberculeuse par la toxine bacillaire est du moins très plausible. Il est donc naturel

Ti d'admettre que des péricardites ont été produites par un poison irritatif autre que l’action directe du bacille. En un mot, des péricardites toxiques par toxines tuberculeuses seraient assimilables, jusqu'à un certain point, à celles qui s'observent au cours du mal de Bright ou du rhumatisme franc et qui semblent indiscutablement liées à l’intoxication.

Le fait que nous émettons d’ailleurs n'est pas une hypothèse. Il à été expérimentalement vérifié par M. Dor, qui fit, avec des végétations endocarditiques, ce qu'il eût été tout aussi aisé de faire avec des membranes péricardiques. Sur un sujet mort de tuberculose pulmonaire, il prit, au niveau de la valvule mitrale, des végétations papilleuses absolument dépourvues de granulations miliaires. Il en injecta un fragment à la cuisse d'un cobaye. Sacrifié quelques semaines après l'animal présentait de nombreux tubercules dans différents organes, et, chose curieuse, des lésions valvulaires semblables à celles du sujet autopsié.

Apparemment, cependant, rien ne différenciait la végétation endocarditique des végétations habituellement constatées au cours des endocardites ; rien dans sa structure ne pouvait faire admettre qu'elle était bacillaire : pas de granulations, pas de tubercules. Il fallait l'attestation irréfutable d'une inoculation positive pour témoigner de son origine et de sa véritable nature.

Les produits fibrineux et plastiques observés dans une péricardite peuvent, eux aussi, être de souche bacillaire chez un tuberculeux sans que rien les différencie cependant de produits semblables recueillis sur

en -le péricarde d'un brightique. Et, de fait, les deux sortes de lésions sont identiques. Toutes deux sont engendrées par une intoxication due à des microbes différents. Mais c’est là le fait d’un processus tuberculeux bénin. Il semble que les bacilles n'aient pas voulu se déplacer (du moins en grand nombre) pour porter leur atteinte directe sur le péricarde, atteinte d’ailleurs excessivement nocive. Ils détachent simplement le poison qu'ils fabriquent au niveau d'un foyer tuberculeux pour aller frapper la séreuse; mais qu'ils viennent à se déplacer en grand nombre, que par contiguité, par exemple, dans un cas de ganglion tuberculeux au médiastin, ils attaquent le péricarde, qu'ils s'installent en maitres sur cette membrane, leurs effets deviennent alors redoutables. Ils agrandissent sans cesse le domaine qu'ils viennent d'envahir. La granulation fait place au tubercule, les tubercules aux masses caséifiées, et nous assistons alors à un véritable processus tuberculeux dont il ne nous est plus possible de méconnaître la nature. Nous sommes en présence d'une péricardite tuberculeuse typique qui nous présentera, en dernière analyse, un épanchement ou une des formes sèche ou adhésive.

Ilse produit en réalité au péricarde ce qui se produit dans les articulations d’un animal soumis à une inJection d’exsudats tuberculeux. Plusieurs articulations sont prises, mais, tandis que, dans l’une, tous les phénomènes d’une tumeur blanche éclatent, dans les autres, c’est à peine si lon voit apparaître une faible quantité de liquide séreux et quelques douleurs.

Nous avons, sans aucun doute, affaire, dans ce der-

Ar nier cas, à une lésion tubereuleuse qui ne se révèle cependant pas par les signes ordinaires de la tuberculose.

Nous admettrons done que la tuberculose peut agir de deux facons sur le péricarde :

1° Par son microbe, pour donner une lésion typique : la granulation miliaire, et elle peut être alors primitive el rester isolée jusqu'au bout comme détermination unique de la tuberculose, ou bien secondaire et se développer chez des individus déjà atteints de tuberculose pleurale, pulmonaire ou même osseuse.

2° Par sa toxine, pour donner une tuberculose atténuée, analogue à celle qui frappe les séreuses articulaires (rhumatisme tuberculeux).

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